Devant le tribunal de Toulouse, un ex-responsable syndical de la BNP Paribas Occitanie doit faire face à ses victimes. Entre harcèlement moral et lettres de corbeau, ce responsable syndical aurait transformé les bureaux en zone de non-droit. Le choc est total.
Harcèlement moral et mécanique du corbeau : était-ce la norme au sein d’une section syndicale de la BNP Paribas Occitanie ? Gilles C., ex-responsable syndical, comparaît devant le tribunal correctionnel de Toulouse ce jeudi. L’homme de 56 ans va devoir s’expliquer devant la justice. Sous couvert de son mandat syndical SNB/CFE-CGC, il aurait exercé une emprise constante sur ses collègues syndicalistes, transformant, selon l’accusation, les locaux professionnels en véritable zone de non-droit.
Harcèlement et propos dégradants
Les prémices de l’affaire remontent à mai 2019, lors d’un séminaire dans un camping de Quillan, dans l’Aude. Gilles C. y aurait proféré des propos de nature sexuelle en public avant de s’introduire de nuit dans la chambre de sa collègue, Marie*, en répétant des obscénités. Une étape supplémentaire aurait été franchie en avril 2023 à Toulouse, lors d’une soirée au Puerto Habana. Le syndicaliste se serait collé à la quadragénaire de manière explicite, et lui aurait lancé le lendemain : « Si on était seuls, je te violerais ». Si la notion d’agression sexuelle n’a pas été retenue par le parquet pour l’audience de jeudi, une plainte avec constitution de partie civile a été déposée.
Le prévenu aurait coalisé la section syndicale contre les victimes, multiplié les humiliations, affirmant notamment que « Marie se ferait bien bouffer la fève pour l’Épiphanie ». L’exploitation des échanges sur un groupe WhatsApp révèle un sexisme débridé. Gilles C. y écrivait : « On est entourés de p… moches » ; ou encore : « Si elle s’est pas fait b… ou si elle a ses règles, tant pis, je l’enc… ! ». Illustrant son sentiment d’impunité, il aurait prétendu être « au-dessus des lois et de la Constitution ». Poussée à bout lors d’une réunion le 24 mai 2023, une des femmes va finir par craquer et hurler son désespoir, avant d’être placée en arrêt maladie pendant quatre mois.
Un mystérieux corbeau et ses lettres anonymes
L’enquête mettra aussi en exergue une campagne de délation. Des envois de courriers anonymes débutent en mars 2024. Le corbeau vise Marie, et deux autres salariées, Ludivine et Sandrine. Qui a voulu les déstabiliser et pourquoi ? Les attaques ciblent la vie privée et la probité. Marie est accusée d’avoir eu des relations sexuelles avec plusieurs collègues. Pour Sandrine c’est le coup de la relation extra-conjugale : « À ton avis qui se régale de parler de ta nuit d’amour », questionne le corbeau. Ludivine est pointée du doigt pour une présumée fraude à l’arrêt maladie.
Mais l’auteur malintentionné a manqué de prudence. Les lettres, utilisant le papier recyclé de la banque, contenaient des photos privées issues d’Instagram. Auditionnée pour « atteinte à l’intimité de la vie privée par transmission d’image », une employée a reconnu que ces clichés provenaient de son téléphone, mais elle a nié être l’auteur des lettres diffamatoires.
Le prévenu conteste
À la suite de ces signalements, une enquête interne a été diligentée par le syndicat SNB/CFE-CGC. Gilles C. a depuis été exclu de l’organisation et mis à la disposition des ressources humaines de la BNP Paribas, avec interdiction d’accéder aux locaux toulousains. BNP Paribas « condamne fermement ces agissements qui vont à l’encontre des valeurs du groupe. S’agissant d’une procédure judiciaire en cours, nous ne pouvons pas commenter davantage. »
« Mes clientes espèrent que la justice reconnaîtra ce qu’elles ont subi, elles ont été confrontées à un climat de travail qu’elles décrivent comme profondément violent et dégradant » avance Me Myriam Guedj Benayoun, l’avocate des victimes. « Cette situation a eu des conséquences particulièrement graves sur leur santé et elles indiquent que le syndicat n’a rien mis en place afin de les protéger alors même que la médecine du travail et l’inspection du travail ont reconnu la gravité des faits » ajoute-t-elle. Gilles C. conteste l’intégralité des faits. Son avocat, Me Nicolas Nassier, confirme qu’il plaidera la relaxe totale de son client.


















