EXCLUSIF. Piercing dans le nez, tatouage et sourire. Un an et demi après son retour en Angleterre, Alex Batty s’est totalement reconstruit. Il avait été enlevé par sa mère et élevé dans des communautés situées dans l’Aude puis en Ariège. Le 13 décembre 2024, l’Anglais Alex Batty, alors âgé de 17 ans, a décidé de partir. Il a traversé plusieurs départements avant d’arriver à Revel. Quelques jours plus tard, l’adolescent a enfin pu retrouver sa grand-mère en Angleterre. Désormais père de famille, Alex Batty a accordé une interview exclusive à La Dépêche du Midi, la seule à un média français.
Bonjour Alex, combien de temps avez-vous vécu en France ? Et quel souvenir en gardez-vous ?
Je garde énormément de bons souvenirs. J’ai vécu en France pendant quatre ans. J’ai vraiment aimé ce pays, notamment parce que j’ai découvert la beauté des marchés locaux. Il y en avait beaucoup à l’endroit où je vivais. J’adorais rencontrer de nouvelles personnes et aller constamment dans tous ces petits villages. J’ai essayé d’apprendre à parler français, mais c’est très difficile.
Que faisiez-vous de vos journées ?
Mon Dieu… J’étais dans une montagne, donc la météo était très différente. Nous avons passé plusieurs mois à travailler. Je travaillais pour mon grand-père ou à la Bastide, un Airbnb géré par une dame qui s’appelait Ingrid. Avec mon grand-père, c’était de la construction et de l’entretien de bâtiments. À la Bastide, j’étais commis de cuisine : je cuisinais et faisais le ménage quand il y avait beaucoup de clients en été. En hiver, il y avait plus de construction. J’étais aussi chargé des livraisons de bois pour chauffer le bâtiment, car il était très ancien. Quand je n’étais pas occupé à la Bastide, je parcourais les montagnes avec mon grand-père pour travailler pour lui. Après quelques années, j’ai pu commencer à étudier.
Saviez-vous que votre mère vous avait enlevé ?
Oui, je le savais. Ça a commencé par une semaine de vacances en Espagne, et après quelques jours, ma mère m’a dit que nous ne rentrerions pas.
Avez-vous subi des violences ?
Non. Aucune forme d’abus. Mais je me suis surtout senti négligé par ma mère, pas par mon grand-père. Mon grand-père m’aimait énormément et aurait tout fait pour moi. Mais ma mère me disait qu’elle m’aimait sans jamais le montrer. Elle priorisait ses propres intérêts, me faisant travailler à sa place, par exemple.
C’était difficile d’être coupé de la société ?
C’était moins le fait d’être coupé de la société que d’être coupé des gens de mon âge. Je n’avais aucun ami de mon âge, aucune communication constante avec eux. Il n’y avait que des gens plus vieux, plus matures, alors que je voulais juste m’amuser, être un enfant et ne pas avoir à « faire du cinéma » en agissant de manière mature, ce que je devais faire très souvent.
Est-ce pour cela que vous avez décidé de quitter votre mère ? Quel a été l’élément clé ?
C’est surtout parce qu’un jour, je me suis posé pour réfléchir à mon avenir. Mon futur avec ma mère, c’était le travail, personne de mon âge, pas de pièce d’identité, pas de passeport, rien de normal. En rentrant en Angleterre, je pouvais avoir mes papiers et aller à l’université. Il semblait y avoir beaucoup plus d’opportunités là-bas que de rester coincé dans une montagne pour le reste de ma vie.
Vous aviez un plan ou vous êtes parti sur un coup de tête ?
J’y ai pensé pendant des années, je le fantasmais à travers les films. Mais au moment de partir, je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Je me suis dit : « J’ai évité la police pendant six ans, le mieux à faire est d’aller vers eux ». Je suis parti dans la direction d’un commissariat en espérant que ça marche.
Vous êtes parti sans rien dans les poches ?
Je suis parti avec 50 €, un manteau, mon sac à dos et mon skateboard. J’ai laissé tout le reste, même mon ordinateur. J’ai pris mon skateboard pour m’en servir comme siège pour ne pas m’asseoir par terre, et j’ai même dormi dessus à un moment.
Quand vous vous êtes retrouvé, c’est la folie médiatique. Comment avez-vous vécu ça ?
Quand j’étais dans un foyer après avoir parlé à la police, le personnel m’a dit qu’on ne pouvait pas se promener dehors à cause des médias. Je pensais que c’étaient des bêtises. Mais quand nous sommes montés en voiture et qu’on a allumé la radio, j’ai entendu mon nom, « Alex Batty ». C’est là que j’ai compris. Je les ai fuis pendant deux mois, puis je me suis dit que si je faisais quelques interviews, ils s’arrêteraient. Ils étaient partout, même devant la maison.
Comment s’est passé le retour en Angleterre ?
C’était un flou total. Tout était nouveau, même entendre des sirènes de police ou entendre les gens parler anglais dans la rue. C’était étrange.
Avez-vous retrouvé une vie normale ?
Oui, j’ai retrouvé mes marques. J’ai fait tout ce que je voulais : l’université a été géniale, ça m’a fait me sentir normal. J’ai rencontré un ami qui m’a emmené partout, m’a présenté à ses amis et m’a fait découvrir un centre pour jeunes. Ça m’a vraiment apaisé. J’ai aussi rencontré une femme formidable avec qui j’ai eu un enfant. Je rêvais d’être père depuis l’âge de cinq ans.
Êtes-vous toujours en contact avec votre mère et votre grand-père ?
Pas vraiment. Je ne peux pas parler à mon grand-père. Avec ma mère, nous avons de très rares communications par téléphone, c’est très épisodique.
Quels sont vos projets désormais ?
Je cherche un travail. C’est si dur en Angleterre ! Je vais probablement travailler dans la construction, car j’y suis habitué. Peu importe, tant que je gagne de l’argent pour subvenir aux besoins de ma famille.














