Instauré après les événements du 17 octobre, le couvre-feu nocturne a commencé ce jeudi 22 octobre dans plusieurs rues du centre-ville de Toulouse. Les fêtards étaient encore nombreux quelques minutes avant minuit, puis le dispositif policier s’est progressivement déployé. Cette mesure inédite se met peu à peu en place et demande encore un peu d’adaptation. Reportage.
« Je pars moi, pour ne pas être dans l’illégalité ». Tout juste avant minuit, ce jeudi 22 octobre, les conversations changent dans les rues de l’hypercentre de Toulouse. Certains commencent à regarder leur montre, d’autres plaisantent sur les risques encourus par le couvre-feu instauré dans la Ville rose suite aux débordements du 17 octobre. « Va peut-être falloir sprinter pour ne pas payer 750 euros d’amende », lance un passant.
Quelques heures plus tôt, rien ne distinguait ce jeudi soir des précédents. Les 12 °C et le couvre-feu annoncé ne semblaient pas avoir découragé les plus fêtards. À 22 h 30, la rue de la Colombette ou encore le boulevard Lazare-Carnot étaient très animés, à l’image des jeudi soir toulousains. À la terrasse de La Cale Sèche, à quelques pas du Capitole, certains fêtaient même un anniversaire. Aucune présence policière n’était visible.

« C’est une situation inquiétante et inacceptable »
Dans le secteur, tous n’avaient pas anticipé l’entrée en vigueur de cette mesure. Place du Capitole, Sophie, 42 ans, promène son chien lorsqu’elle apprend le couvre-feu qui va démarrer d’ici quelques minutes. « Je ne savais pas que c’était ce soir ? Je n’ai pas le droit d’être là ? » s’affole-t-elle.
Louis et Jade, 25 et 26 ans, sont, eux, venus faire du repérage pour samedi soir. « On se demande à quel point le périmètre est inaccessible ». Ils ne s’attendaient pas à voir la mesure appliquée à Toulouse. « On a la sensation de revivre comme en 2020 », confie Louis avant d’ajouter : « dans le pays des droits de l’Homme, c’est inacceptable ». Mélanie, elle, comprend le principe, mais redoute les effets : « ça va surtout réveiller l’esprit de contradiction et de révolte ».
23 h 59, le dispositif se met en place
À 23 h 59, heure officielle d’entrée en vigueur du dispositif, l’ambiance bascule rapidement. Les rues concernées deviennent plus calmes. Encore très fréquentée quelques minutes auparavant, la place du Capitole est désormais vide à l’exception de deux ou trois passants. Pour ce premier soir de couvre-feu, les forces de l’ordre aussi se mettent en place. Vers 0 h 30, les équipes de police municipale et nationale sont installées aux différents coins de rues et des rubalises délimitent le périmètre.
Anaïs et Cédric, venus de Paris pour le travail, n’étaient pas au courant. « Je vais montrer ma réservation d’hôtel », explique Cédric. Même situation pour Elrick qui sort du cinéma et découvre les barrières en voulant rejoindre sa voiture au parking du Capitole. Heureusement, son ticket lui a permis de justifier son passage. Ceux qui souhaitent simplement traverser le centre-ville sont contraints de faire le détour : « Au lieu de 200 mètres, ils font 2 km », explique l’un des policiers.

« Souplesse et discernement »
Sur le terrain, les policiers privilégient la pédagogie pour ce premier soir. « Beaucoup l’ignorent. On leur demande gentiment de quitter le périmètre ». Les justificatifs ne sont pas systématiquement demandés. « On fait surtout du discernement », précise l’un des policiers. Il indique le chemin à ceux qui ne savent pas comment contourner la « zone interdite ». Plus loin, en revanche, la fête continue dans les bars ouverts.
Tous ne repartent toutefois pas sans sanction. La soirée aura coûté cher pour une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle a été verbalisée d’une amende de 750 euros en refusant de respecter les consignes des policiers à proximité de la rue Saint-Rome vers 1 h.


















