C’est la dernière ligne droite avant l’échéance politique tant attendue des Municipales. À Toulouse, 10 listes ont été déposées en préfecture actant la candidature de 10 prétendants au Capitole. Parmi eux, François Piquemal. Le député de la 4e circonscription de Haute-Garonne est à la tête d’une liste soutenue par son parti, La France Insoumise. À quatre jours du premier tour, il fait un retour sur sa campagne, et celle de ses principaux adversaires, il répond aux injonctions du Parti Socialiste et évoque déjà ses intentions pour le second tour. Interview.
François Piquemal, quel regard portez-vous sur cette campagne électorale des Municipales 2026 ?Nous avons fait une campagne dynamique, heureuse, antifasciste, populaire, comme nous souhaitions la faire. Énormément de personnes nous ont rejoints, nous avons senti un engouement derrière notre candidature. D’ailleurs, les sondages montrent que nous sommes la seule liste en dynamique, toutes les autres baissent. Mais, c’est la participation qui sera la clé de ce scrutin. Et si cette dernière est haute, alors il y aura une surprise à Toulouse : nous serons en tête ce dimanche, au premier tour.Quant à la campagne de mes adversaires : celle de Jean-Luc Moudenc est assez fidèle à ses habitudes,celle d’une droite radicalisée, où le maire sortant essaie de se donner une image d’homme non encarté, non placé politiquement. Mais je pense qu’aujourd’hui, les Toulousains ne sont plus dupes, il est le candidat des Emmanuel Macron, Bruno Retailleau et autres, qu’ils ont dû subir. Donc, une campagne plutôt classique, un peu émoussée par la lassitude des Toulousains vis-à-vis du personnage. François Briançon lui, a commencé à faire campagne très tardivement. Une campagne d’appareils politiques, obligée de la part des militants. Je n’y sens pas d’enthousiasme, pas d’espoir ou de renouveau. Leur seul argument de dynamique est celui d’avoir réuni 11 partis politiques. Ils n’ont pas de mesures qui tranchent vraiment. Ils ont repris pas mal de nos éléments programmatiques, souvent de manière moins ambitieuse. C’est finalement une campagne assez plate de leur part.
« Une volonté du peuple de gauche toulousain d’avoir une gauche solide sur ses appuis »
C’est la première fois que la France Insoumise se présente seule (liste autonome) aux Municipales de Toulouse. Pensez-vous qu’il existe maintenant à Toulouse une place pour « une gauche de rupture » comme vous la qualifiez ?D’abord, je veux préciser que Jean-Christophe Sellin s’était présenté pour le Parti de gauche en 2014, qui était l’ancienne version de la gauche de rupture. Il avait fait 5%. Puis, lors des dernières élections municipales (2020), nous avions fait le choix de soutenir la candidature d’Antoine Maurice dans le cadre de la liste Archipel Citoyen. Nous étions donc investi dans ces Municipales-là quand même. Et là, nous ne faisons pas campagne seuls, puisque notre liste regroupe pas moins de cinq autres composantes (l’Assemblée des Quartiers, Tous pour Toulouse, le NPA-L’Anticapitaliste et des Écologistes et des Archipéliens qui ne souhaitaient pas se ranger derrière François Briançon). Donc c’est une liste plus large que la seule France Insoumise. Désormais, nous observons clairement une volonté du peuple de gauche toulousain d’avoir une gauche solide sur ses appuis. Nous faisons maintenant jeu égal, voire davantage, qu’une coalition de vieux partis. Il y a deux gauches : celle que l’on connaît, la gauche de la social-démocratie, et une nouvelle gauche. Pour preuve, la composition de nos listes. La nôtre n’est pas composée d’élus du Conseil départemental ou régional qui vont être en plus conseillers municipaux, mais de gens qui incarnent le renouveau, qui incarnent la ville. Notre liste a intégré tous les quartiers de Toulouse, y compris les quartiers populaires, ce que n’ont pas fait les autres.
Vous revendiquez représenter la gauche de rupture. Estimez-vous alors que celle François Briançon est trop conventionnelle ?C’est une liste d’appareils politiques où sur les 20 premiers colistiers, 12 sont déjà élus. Où la première personne racisée n’est qu’à la 23e place. Elle n’est pas à l’image de la ville. C’est une liste de professionnels de la politique. Beaucoup sont d’ailleurs d’anciens adjoints de Pierre Cohen.
Clair-obscur
Au premier tour, les composantes de la liste “Vivre Mieux” affirment qu’une union totale de la gauche n’a pu se faire parce vous la conditionniez à votre nom en tête de liste. Quelle est votre version de cet épisode ?C’est totalement faux ! Nous avions proposé de se rencontrer tous, toutes les composantes qui ont signé le programme du Nouveau Front Populaire, pour voir si nous étions d’accord pour faire une candidature commune autour du programme du NFP, qui serait décliné localement. Et les Socialistes, le 10 juin, dans plusieurs articles de presse, ont dit qu’il n’y aurait pas d’alliance avec LFI, quoi qu’il en soit, au premier tour. Donc le désaccord, pour eux, a été d’abord programmatique. Ils ont clairement refusé de s’aligner sur le programme du Nouveau Front Populaire. Ce n’était donc pas une question de tête de liste, contrairement à ce qu’ils affirment, c’était une question de programme. Ce sont les Socialistes qui ont fermé la porte à toute union de la gauche au premier tour. A partir de là, deux centralités se sont formées, une autour du Parti Socialiste et une autour de La France Insoumise. Et les autres composantes étant moins fortes électoralement, se sont rangées petit à petit, non sans difficulté parfois, soit derrière le Parti Socialiste, soit derrière la France Insoumise. C’est ce qui s’est passé !De mon côté, je prétendais à la tête de liste de l’union de la gauche, tout comme François Briançon, Régis Godec, Isabelle Hardy et Maxime Le Texier. Tout le monde voulait avoir la tête de liste. Sauf qu’avant de trancher cette question-là, il fallait se mettre d’accord sur un programme.
« Je ne vais rien clarifier ni rien condamner du tout »
Quel est alors votre principal adversaire dans ces Municipales 2026 ?C’est Jean-Luc Moudenc ! C’est lui que nous voulons remplacer. Il est de toute façon le principal adversaire de toutes les listes qui se présentent.
Lui, comme François Briançon, vous demandent de clarifier votre position vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. Cautionnez-vous ou condamnez-vous ses propos récents, jugés antisémites ?Ils ne sont pas les maîtres de la bienséance et de la bien-pensance. Je ne vais rien clarifier ni rien condamner du tout. Jean-Luc Mélenchon s’est expliqué sur ses propos. Il s’est excusé auprès des personnes que cela avait pu blesser. Je pense que son tweet est très clair. Lui, au moins, a l’honnêteté de reconnaître quand il fait une erreur.
Jean-Luc Moudenc et François Briançon veulent nationaliser à tout prix l’élection. Mais moi, ce qui m’intéresse, c’est l’intérêt des Toulousains à court terme. Et pour cela, il faut faire l’union de la gauche, pour battre le maire sortant.
Hypothèses de second tour
Au premier tour, cette union n’a pas été possible. Au second tour, François Briançon la conditionne à votre prise de distance vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. Êtes-vous prêt à l’envisager ?Moi, je peux aussi conditionner une alliance au fait que Mr Briançon condamne l’introduction de la déchéance de nationalité par François Hollande, ou au fait que son parti ait voté le budget austéritaire et anti-écologique de Sébastien Lecornu… On peut aller loin comme cela ! Tout ce que je sais, c’est qu’un responsable de gauche, qui arrive en tête au premier tour, doit créer les conditions du rassemblement de toute la gauche. C’est ce que je vais faire dimanche. Le reste ne m’intéresse pas ! Les seules conditions d’alliance, c’est de vouloir changer le destin de notre ville. C’est ce que je veux. Pour cela, je ferai l’union avec tout le monde sur une base programmatique claire, celle du Nouveau Front Populaire.
« Au seconde tour, il faudra qu’il y ait une union à la hauteur du score de chacun »
Dans ce contexte, François Briançon a émis l’hypothèse de retirer sa liste si vous étiez devant lui à l’issue du premier tour. Si aucune alliance n’est possible, pourriez-vous en faire de même ? Pourriez-vous retirer votre liste s’il se positionne en première force de gauche ?Et ce serait refaire ce qu’avait fait tristement le Parti Socialiste il y a 6 ans, en sabordant leur propre liste et en permettant la réélection de Jean-Luc Moudenc. Il faut être raisonnable et rationnel. Moi, je veux être maire de Toulouse. Je pense que nous serons en tête au premier tour et je rassemblerai alors l’ensemble de la gauche car, je souhaite que toutes ses composantes, au regard du score du premier tour, soient représentées au Capitole pour gouverner avec nous. Si jamais nous sommes second, j’appellerai également à l’union, car ce sera la responsabilité de la liste arrivée en tête à gauche de créer les conditions d’un rassemblement. Et dans le cas où nous serions troisième au soir du premier tour, je n’envisage pas de retirer ma liste parce qu’il faut que le vote des Toulousains soit respecté. Au seconde tour, il faudra qu’il y ait une union à la hauteur du score de chacun, car si une des deux listes se désiste, elle contribue à la victoire de Jean-Luc Moudenc.
Justement, François Briançon estime avoir créé, pour les Législatives, les conditions propices à votre élection en demandant au candidat socialiste de se retirer pour que vous soyez seul en lice pour la NUPES. Vous n’êtes donc pas dans l’optique de lui “renvoyer l’ascenseur” ?Alors, je lui rappelle que celui qui a créé les conditions de l’union aux Législatives, et qui a permis aux Socialistes d’avoir un groupe parlementaire, il a un nom et il s’appelle Jean-Luc Mélenchon. C’est Jean-Luc Mélenchon qui a accepté de faire l’union, qui a décidé, parce que c’est un homme politique responsable, de rassembler toute la gauche, y compris le Parti Socialiste. Si les Socialistes ont des députés Haut-Garonnais (Arnaud Simion, Joël Aviragnet et Jacques Oberti, NDLR), c’est grâce à Jean-Luc Mélenchon. J’estime donc que je ne dois rien au PS. Par contre, c’est grâce à moi que François Briançon est conseiller municipal aujourd’hui. C’est moi qui, au nom de l’union, lui ai laissé ma place.
Ces tractations et préoccupations nationales ont-elles biaisé, voire pollué, votre campagne locale ?Non, je ne pense pas. Tout ce qui se passe nationalement, bien sûr, a des répercussions locales, du contexte international avec les guerres au budget austéritaire Lecornu, en passant par les prises de positions de l’État et des autres. Évidemment que ça peut avoir des répercussions, mais sur le terrain, je n’ai pas eu ce sentiment-là en tout cas. Moi je suis concentré sur le programme et la vision pour les Toulousains.
Quelle gauche ?
Concernant votre programme, pourriez-vous revenir sur vos principales mesures ?La gratuité des transports pour les moins de 26 ans, l’encadrement des loyers, la création de centres de santé, la création d’un service public communal de l’enfance et la jeunesse avec le recrutement par groupe scolaire d’une Atsem supplémentaire, d’un enseignant en EPS, d’un enseignant en matière culturelle, et le plan grand parc et piscine.
« Nous ne voulons pas faire du “moudenquisme de gauche” »
Beaucoup de ces mesures se rapprochent, voire sont les mêmes que celles de François Briançon. Qu’est-ce qui différencie vos deux listes ?C’est vrai ! Et et je suis très content que Mr Briançon ait repris à son compte plusieurs de nos propositions… Parce que nous avions un programme depuis décembre déjà, quand le leur est arrivé quelques mois plus tard. Il y a plusieurs différences. La première c’est que nous, nous sommes pour l’union de la gauche et nous sommes les seuls à le dire clairement aujourd’hui. Deuxièmement, nous sommes opposés aux projets écocides, comme l’A69 et la LGV. Différence importante en termes de conséquences écologiques. Troisièmement, d’un point de vue du pouvoir d’achat, nos mesures sont mieux-disantes. Dernière chose, nous, nous n’avons pas laissé passer les budgets d’austérité d’Emmanuel Macron. Car cela a des répercussions localement : dans l’éducation par exemple, c’est 178 postes en moins dans l’académie de Toulouse, grâce au refus du PS de voter la censure. Et pour finir, je pense que, dans la période que l’on vit, il est important qu’à la tête de la troisième ville de France, il y ait une gauche solide sur ses appuis, fidèle au programme du Nouveau Front Populaire, qui puisse tenir tête si nécessaire.
En quoi seriez-vous la meilleure alternative à Jean-Luc Moudenc ?Parce que nous sommes clairement une liste qui propose une réelle rupture avec Jean-Luc Moudenc. Nous, nous ne voulons pas faire du “moudenquisme de gauche”, mais du “Demain Toulouse“. C’est-à-dire apporter au Capitole une équipe qui ressemble à la Ville rose d’un point de vue générationnel, sociologique, de parité femmes-hommes, et qui mène des mesures visant à améliorer concrètement la vie des gens. Notre vision s’organise autour de deux piliers : la planification écologique et l’humain d’abord. Une ligne que nous tiendrons et qui ne se retrouve nulle part ailleurs.


















