L’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) va interrompre sa production pendant deux semaines à partir du 15 mars. Officiellement temporaire, cette pause intervient dans un contexte de pénurie de bois, de tensions financières et de négociations avec l’État pour tenter de sauver ce site industriel majeur du Comminges.
L’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens est sur la sellette depuis plusieurs semaines. Le spectre d’une fermeture plane sur ce site industriel emblématique du Comminges. La mobilisation locale en témoigne. Environ 1 400 personnes ont manifesté dans les rues de Saint-Gaudens le 31 janvier dernier pour dénoncer la possible fermeture de l’usine et défendre les emplois liés à la filière bois. Salariés, élus, habitants et acteurs économiques s’étaient alors réunis pour alerter les pouvoirs publics sur l’importance stratégique de ce site pour l’économie locale. C’est dans ce contexte déjà très tendu qu’une nouvelle décision vient renforcer les inquiétudes : l’arrêt temporaire de la production pendant deux semaines, annoncé par l’entreprise.
Une production stoppée faute de bois
Depuis plusieurs jours déjà, la production tournait au ralenti sur le site de Saint-Gaudens. Mais la direction a finalement décidé de suspendre totalement l’activité du 15 au 30 mars. La principale raison est simple : le manque de matière première. Pour fonctionner normalement, l’usine doit disposer d’un stock minimum d’environ 40 000 tonnes de bois. Or les réserves sont aujourd’hui passées sous ce seuil. Dans un communiqué relayé par plusieurs médias régionaux, l’entreprise explique que « le stock de bois disponible de l’usine est actuellement trop faible et ne permet pas de continuer la production en toute sécurité ».
Les intempéries de ces dernières semaines dans le Sud-Ouest ont notamment perturbé l’exploitation forestière et ralenti les livraisons de bois. Face à cette situation, la direction a choisi de mettre les machines à l’arrêt plutôt que de continuer à produire à perte avec trop peu de matière première. Pendant cette pause, des opérations de maintenance, de nettoyage et des sessions de formation pour les salariés doivent être organisées.
La méfiance des fournisseurs complique la situation
Mais les difficultés d’approvisionnement ne s’expliquent pas uniquement par la météo. Selon les syndicats, certains fournisseurs de bois hésitent désormais à livrer l’usine. En cause : la crainte de ne pas être payés dans un contexte financier devenu incertain. « On manque de matières premières parce que nos fournisseurs ont peur de ne pas être payés, ce qui est compréhensible », explique Sébastien Oustric, délégué syndical CGT à Fibre Excellence Saint-Gaudens, cité par France Bleu.
Dans la filière bois, les paiements interviennent généralement à 45 jours, ce qui peut renforcer l’inquiétude des marchands lorsque la situation financière d’une entreprise se fragilise. Cette perte de confiance complique encore davantage l’approvisionnement du site industriel.
Une piste avec le bois tombé lors de la tempête Nils
Une piste pourrait toutefois permettre de relancer l’activité de l’usine. Lors d’une réunion organisée avec le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, la question du bois tombé lors de la tempête Nils dans l’Aude et le Roussillon a été évoquée. Ces arbres, renversés par les intempéries, représentent un volume important de matière première susceptible d’être rapidement mobilisé pour alimenter le site industriel de Saint-Gaudens.
Selon les syndicats, près de 300 000 tonnes de bois pourraient être orientées vers l’usine afin de reconstituer les stocks. « Le ministre nous a assuré que ce bois serait dédié uniquement à Fibre Excellence pour essayer de sauver l’activité. C’est un bois qu’on va toucher à un prix raisonnable et situé à une courte distance. Donc c’est quand même une bonne nouvelle si cette promesse est tenue », explique Sébastien Oustric, délégué syndical CGT, au micro de France Bleu.
Un pilier industriel pour la filière bois
L’enjeu dépasse largement la seule usine de Saint-Gaudens. Fibre Excellence est aujourd’hui l’un des principaux producteurs français de pâte à papier marchande, une matière utilisée pour fabriquer des cahiers, des emballages, des mouchoirs ou encore de l’essuie-tout. Le site emploie environ 350 salariés dans le Comminges, mais son impact économique est bien plus large.
Selon les représentants syndicaux, plusieurs milliers d’emplois indirects dépendent également de l’activité du site, notamment dans l’exploitation forestière, le transport ou les scieries. « C’est la fin d’une usine et la mort d’un bassin », alerte Aline Gentilhomme, secrétaire CGT du CSE, citée par France 3 Régions. « Si l’usine de Saint-Gaudens ferme, la ville deviendra un dortoir. » La filière bois régionale dépend en effet de cette usine pour valoriser les résidus de bois comme les copeaux ou la sciure.
Un modèle économique fragilisé
La crise actuelle s’explique aussi par des difficultés financières importantes. En plus de produire de la pâte à papier, l’usine génère de l’électricité à partir de biomasse, revendue ensuite sur le marché. Mais cette activité est aujourd’hui déficitaire. Selon des estimations évoquées par la mairie de Saint-Gaudens, l’électricité produite serait vendue environ 120 euros le mégawattheure, alors qu’elle coûterait près de 180 euros à produire, générant près de 30 millions d’euros de pertes en 2025. Cette situation pèse lourdement sur la trésorerie du groupe.
Face à l’urgence, les discussions se multiplient entre l’entreprise, les syndicats et les pouvoirs publics. Une réunion s’est notamment tenue au ministère de l’Industrie pour tenter de trouver une solution. À l’issue de cette table ronde, l’État s’est engagé à rechercher une enveloppe de 5 millions d’euros pour soutenir la trésorerie de l’entreprise, selon La Dépêche du Midi.
Une pause qui inquiète tout un territoire
Officiellement, l’arrêt de production doit durer deux semaines. Mais pour les salariés, les élus locaux et les acteurs économiques de la filière bois, l’inquiétude reste forte. L’usine de Saint-Gaudens constitue l’un des derniers sites français capables de produire de la pâte à papier marchande, une activité stratégique pour de nombreux secteurs industriels. La CGT demande désormais une intervention forte de l’État, allant jusqu’à évoquer la possibilité d’une nationalisation temporaire afin de sécuriser l’avenir du site.
Dans le Comminges, beaucoup redoutent qu’un arrêt prolongé ne fragilise durablement l’activité industrielle du territoire. L’usine fait vivre plusieurs centaines de salariés et irrigue toute une filière économique régionale, du transport du bois aux scieries. Les prochaines semaines seront donc décisives. Entre soutien financier de l’État, approvisionnement en bois et engagement de l’actionnaire, plusieurs conditions devront être réunies pour espérer relancer durablement la production à Saint-Gaudens.


















