SÉRIE (7/7). Un homme disparu, un corps jamais retrouvé et une famille qui finit par livrer ses secrets. Derrière les murs de l’auberge du Tail, à Aucamville, les gendarmes ont découvert l’une des affaires criminelles les plus glaçantes du Tarn-et-Garonne.
« Ils baissaient les yeux quand elle les regardait ». Plus de vingt ans après, cette scène est encore gravée dans la mémoire du directeur d’enquête. Lors des auditions, les fils et le gendre d’Altobella Cappelleri, des hommes pourtant imposants, n’osent pas soutenir le regard de cette petite femme qui semble tenir tous les siens sous son emprise. Ils viennent pourtant de raconter l’impensable.
En août 2003, Christophe Sarda n’est encore qu’un jeune chef adjoint de la brigade de Verdun-sur-Garonne. Arrivé récemment dans le secteur, il reçoit une information troublante d’un collègue : un proche de la famille Cappelleri aurait entendu parler d’un meurtre à l’auberge du Tail, à Aucamville.

« On avait une identité, mais c’était seulement phonétique », se souvient le gendarme. Les premières vérifications mènent à la Poste du village. Des retraits effectués au nom de la personne recherchée démontrent qu’elle continue d’apparaître dans les registres, bien après sa disparition supposée. Cette piste conduit les enquêteurs à élargir leurs investigations. Ils finissent par retrouver un ancien livret ouvert à la Caisse d’épargne de Nîmes. Dix francs y avaient été déposés en 1976. Ce document leur permet enfin d’obtenir l’état civil du défunt : un dénommé Georges Hourdin.
Les enquêteurs découvrent alors le parcours chaotique d’un homme d’une soixantaine d’années. Petit, très maigre, SDF, alcoolique et isolé, il a fait son service militaire avant de connaître une vie marquée par l’errance, avec plusieurs passages dans des hôpitaux à travers la France. Selon Christophe Sarda, c’est à Toulouse qu’Altobella Cappelleri l’aurait rencontré et récupéré, avant de l’amener à l’Auberge du Tail. Elle lui aurait proposé le gîte et le couvert en échange de travaux.
Une auberge fouillée de fond en comble
En mai 2004, après des mois d’enquête, une trentaine de gendarmes investissent les lieux. La vaste propriété est passée au peigne fin. Ils fouillent les bâtiments, les dépendances, les champs et le petit bois voisin. Des chiens spécialisés dans la recherche de restes humains sont dépêchés, des plongeurs inspectent également le puits et les points d’eau. En vain. « On a tout retourné », résume Christophe Sarda. Le corps reste introuvable.
Mais au fil des auditions, les langues se délient. À l’exception de la gérante des lieux, Altobella Cappelleri, tous finissent par parler. Son mari, ses fils, son gendre et son amant, décrivent un homme vulnérable devenu le souffre-douleur de la famille. Les enquêteurs mettent au jour un quotidien fait de coups, d’humiliations, de viols, de séquestration et de sévices. Une photographie retrouvée montre notamment Georges Hourdin avec le lobe d’une oreille sectionné. « C’est elle qui lui avait coupé », affirme Christophe Sarda.
Un corps brûlé dans la cheminée
Reste une question essentielle : comment a-t-il trouvé la mort ? Le mystère demeure mais les témoignages recueillis permettent de reconstituer une partie du scénario. Après son décès, survenu à la suite d’un excès de violence, Altobella Cappelleri aurait demandé à ses proches de déplacer la dépouille jusqu’à l’enclos des cochons. Les animaux ne l’ayant pas dévorée, elle aurait été mise dans un puits, avant d’être finalement brûlée dans la cheminée.

Un détail matériel va toutefois permettre de dater les faits avec précision. L’un des fils de la gérante a expliqué avoir utilisé une C15 pour transporter les cendres. Or, ce véhicule venait d’être acheté, la carte grise situant l’acquisition au printemps 1994. Un élément décisif alors que les faits auraient pu être prescrits à quelques mois près.
20 ans de réclusion criminelle
Malgré l’absence de corps, les enquêteurs disposent alors d’un faisceau d’éléments suffisamment solide pour renvoyer Altobella Cappelleri devant la justice. En 2009, elle est jugée devant la cour d’assises de Montauban pour séquestration ayant entraîné la mort de Georges Hourdin et condamnée à quinze ans de réclusion criminelle. Le second procès se tient devant la cour d’appel de Toulouse. Le 29 septembre 2010, la peine est alourdie à vingt ans.
Aujourd’hui encore, l’affaire reste dans toutes les mémoires à Aucamville. Dans un café du village, Denis accepte de replonger dans ses souvenirs. Il a connu l’auberge du Tail avant que son nom ne soit associé à ce dossier judiciaire. À l’époque, celui qui est désormais à la retraite s’y rendait régulièrement et garde le souvenir d’une femme en apparence ordinaire. « C’était Madame Tout-le-Monde », raconte-t-il. Un constat partagé par l’ancienne pharmacienne du village, qui se souvient elle aussi d’une cliente sans histoire.
Après un incendie, l’établissement a été racheté et fait aujourd’hui l’objet de travaux. Une nouvelle histoire tente de s’écrire derrière les murs d’un lieu qui reste associé à l’un des faits divers les plus marquants du Tarn-et-Garonne.















