Cent ans chacun et soixante-quatorze années de vie commune. Ce vendredi 6 mars, dans le hall de leur immeuble du sud de Toulouse, Bernard et Geneviève Saxel ont célébré un double centenaire entourés de leurs voisins. L’histoire d’un couple que la vie a mené de Saïgon à la Ville rose.
Les conversations s’interrompent un instant. Au fond du hall aux murs habillés de lambris, Bernard et Geneviève apparaissent bras dessus bras dessous. Lui, costume beige impeccablement ajusté. Elle, manteau rouge vif et foulard rose autour du cou, avance avec un sourire amusé. Les applaudissements résonnent dans cet immeuble des années 1960 de la résidence du Parc de Gounon, à Toulouse.
Ce vendredi, une trentaine de personnes se sont rassemblées à la tombée du jour dans cet espace transformé pour l’occasion en petite salle de réception improvisée pour célébrer les époux Saxel : cent ans chacun et soixante-quatorze années de mariage.
Trois ballons multicolores, gonflés à l’hélium, dessinent le nombre « 100 » sur le mur. À côté, une petite table dressée pour deux attend les invités d’honneur, avec sa bougie allumée. Le couple s’installe face aux convives.
Leur histoire commence pourtant très loin d’ici. En 1951, à Saïgon. Bernard, jeune réalisateur pour la radio, enregistre des pièces de théâtre. Geneviève, professeure d’anglais originaire d’Auch, vient d’arriver avec une troupe de comédiens. Ils se croisent d’abord au théâtre, puis se retrouvent au restaurant, à des tables différentes. « Ce soir-là, mon chien lui a pissé sur le pied », s’amuse encore Bernard. Deux mois et demi plus tard, ils se marient.
Depuis, leur vie a traversé plusieurs continents : l’Indochine, le Cameroun, la Tunisie, Djibouti, l’Arabie saoudite. Bernard fera carrière dans la radio publique, de la Radiodiffusion française à l’ORTF puis à Radio France. Geneviève enseigne l’anglais.
« C’est un couple fusionnel… »
Le couple traverse aussi des épreuves. Leur fille Marianne, née en 1964, est victime enfant d’une fièvre très grave qui lui laissera d’importantes séquelles. Bernard et Geneviève consacreront une grande partie de leur vie à s’occuper d’elle.
Leur fils, Jean-Bernard, résume ainsi leur relation : « Ce sont deux personnes très attachées l’une à l’autre. Un couple fusionnel. Dans ma jeunesse, j’ai vu autour de moi des couples qui rencontraient des difficultés. Eux les ont toujours surmontées. Ils sont indétachables. »
Installés à Toulouse depuis 1998, ils continuent à mener une vie étonnamment active. Le centenaire est un habitué du marché des Carmes. Bernard suit toujours attentivement l’actualité, même si l’état des choses le préoccupe. Le couple lit chaque jour Le Monde sur écran. « En très, très gros caractères », précise en souriant Janine, leur voisine. « Ils sont restés curieux et ouverts. C’est peut-être cela, l’art de bien vieillir », glisse-t-elle.
Bernard, lui, résume plus simplement le secret de leur longévité : « Il faut avoir une solide dose d’autodérision. Et pour qu’un couple dure, il faut accepter les défauts. J’ai les miens, elle a ses manies. Il suffit de les admettre et ça marche. » Sur les coups de 20 heures, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, est venu leur remettre deux médailles : celle des centenaires et celle célébrant leur long mariage. Dans le hall désormais animé de discussions et de verres levés, les convives célèbrent un siècle de vie et une fidélité qui aura traversé le temps et les continents.





















