Depuis un an et demi, des militaires blessés psychiques sont accueillis dans une maison Athos de la région du Lauragais, au sud de Toulouse. C’est l’une des six maisons Athos de France. ICI Occitanie a visité ce lieu dédié à l’accompagnement et la réhabilitation et rencontré des soldats blessés.
Il en existe six en France, des maisons Athos, dont l’une d’elles est située au sud de Toulouse. Elle accueille depuis septembre 2024 des militaires blessés psychiques. La blessure psychique est une blessure invisible, dont on ne guérit jamais totalement mais on apprend à vivre avec. ICI Occitanie avait couvert l’inauguration, il y a un an, par le ministère des armées de cette maison Athos. Depuis son ouverture, 85 blessés psychiques ont été accueillis. Nous avons pu y retourner, en exclusivité, pour cette fois visiter le lieu, comprendre son fonctionnement et y rencontrer des blessés.
Des soldats victimes de stress post-traumatique
La maison Athos prend en charge les soldats qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique. Chaque maison est pensée comme un lieu d’écoute, déchanges, d’accompagnement. Non médicalisée, la structure permet, en parallèle d’un parcours de soins, de reprendre confiance, retrouver une vie sociale, reprendre le contrôle de sa vie. Le blessé peut séjourner à la journée, à la semaine dans cette maison de jour ouverte du lundi au vendredi.
Entre 5 et 15 blessés sont accueillis chaque jour dans la maison Athos du Lauragais. De nombreuses activités collectives et un accompagnement individuel leur sont proposées et des personnes ressources, comme des assistantes sociales, viennent les rencontrer et les aider.
« On veut que cela ressemble à une maison de famille »
Bertrand D., ancien officier de l’armée de terre qui préfère ne pas donner son nom de famille, dirige la maison Athos du Lauragais. Il nous accueille et nous fait visiter le lieu : un grand salon, une cuisine avec îlot central, sept chambres à l’heure actuelle, une salle de réunion, une salle détente avec billard, babyfoot, instruments de musique, bibliothèque « dans laquelle des blessés se retrouvent le soir« , une salle de musculation pensée et aménagée par les blessés eux-mêmes. A l’extérieur, un jardin divisé en plusieurs parcelles, des tonnelles, des bancs, « si un blessé a besoin de calme, de s’isoler un moment, il existe de multiples recoins pour se mettre à l’abri de l’agitation. On travaille sur le relationnel, la reconnexion aux autres mais parfois cela prend du temps » explique Bertrand.
La blessure psychique est attestée par un psychiatre de l’armée, elle survient parfois des années après une mission, avec tous les symptômes divers et variés qui l’accompagnent : hypervigilance, stress, état de veille permanent, cauchemars, perte de sommeil, addictions, etc. Le blessé est alors accompagné médicalement et une fois son état stabilisé, il peut accéder à une maison Athos, afin de se remobiliser, reconstruire un projet de vie.
« Le blessé est en état de deuil, il fait son deuil de sa vie de militaire, il a tout à reconstruire. Son rôle d’homme, de femme, de conjoint(e), de parent. C’est un renoncement à ce que vous avez été pour une nouvelle vie compliquée à imaginer » analyse Bertrand, le directeur. « Les institutions régaliennes qui amènent des gens à prendre des risques au service de leur concitoyens ne peuvent tenir que si les concitoyens s’engagent à prendre soin de ces gens quand ils reviennent abimés », ajoute-t-il.
« on accompagne, on réconforte, on remobilise »
Le directeur de la maison Athos est notamment assisté d’une directrice adjointe qui elle n’est pas issue du monde militaire, c’est une professionnelle de la réhabilitation psycho-sociale, « c’est cette alliance entre le monde civil et militaire qui fait la force de la structure » souligne Bertrand D. « Nous sommes là pour qu’un blessé reprenne son autonomie donc on accompagne, on réconforte, on mobilise. Mais c’est le blessé qui est maître de son rétablissement, du rythme auquel il arrive à reprendre une vie sociale. Parfois, rien que partager un petit déjeuner, un café c’est quelque chose qu’ils ne font plus du tout. On essaie de créer un esprit de cohésion, d’entraide. Un blessé psychique vient quand il veut, la maison lui est toujours ouverte. »
Des activités collectives sont proposées aux blessés psychiques accueillis, en lien avec des associations, des accompagnateurs : « on peut faire du tir à l’arc, aller au cinéma, à la salle de sport, à la piscine, on a un projet de faire de la voile sur la Méditerrané. On emmène aussi parfois les blessés à la montagne dans les Pyrénées. On travaille sur la maitrise de soi, le retour au calme, la reconnexion à la nature, l’objectif est de dépasser certaines peurs, de se réapproprier son corps aussi » détaille Bertrand D., le directeur, « de retrouver une aptitude à vivre dans la société qui nous entoure« .
Andrea, 26 ans d’armée, blessée psychique, témoigne
Accueillie le jour de notre visite à la maison Athos, présente pour la semaine, Andrea, 45 ans, dont 26 ans passés dans l’armée accepte de témoigner au micro d’ICI Occitanie. Elle a œuvré en Afghanistan, au Mali, en Côte d’Ivoire, en Guyane, et souffre d’une blessure « invisible » dit-elle, depuis une opération au Mali en 2016 où son campement a été attaqué à plusieurs reprises. « Je viens régulièrement à la maison Athos depuis un an, échanger avec des frères et des sœurs d’arme, j’étais une des premières accueillies dans la maison » nous confie-t-elle.
Elle a été reconnue blessée psychique par un psychiatre militaire et rappariée sanitairement en France : « ça a été très dur à vivre, je ne voulais pas que mon cerveau puisse conditionner ma carrière. Je me suis écroulée psychiquement. On passe d’une personne citée en exemple, à zéro, rien du tout. L’armée c’était un métier passion, mais je n’y arrivais plus ».
Andrea s’est mise à vivre comme une ermite, repliée chez elle, incapable d’aller faire ses courses. Après plusieurs séjours dans un hôpital psychiatrique de l’armée, son état s’est stabilisé et elle se dit prête désormais à « reprendre les rennes de sa vie. »
Faire la paix avec son corps et sa tête
Andrea explique avoir trouvé un réel soutien à la maison Athos. « Venir ici, ça m’a remis en selle. Je sors de chez moi, je reprends goût à la vie. J’ai même des projets de reconversion professionnelle. Je suis enfin dans l’acceptation. » Andrea n’arrivait plus à conduire sa voiture, à cuisiner. A la maison Athos, on fait les courses et on prépare les repas ensemble, des gestes de la vie quotidienne : « on définit les menus ensemble, chez moi je mange beaucoup de sandwichs, de plats préparés. Cela me redonne le goût de manger équilibré, je retrouve du plaisir à bien m’alimenter.«
La quarantenaire se rend ce jour-là à la salle de sport, avec une accompagnatrice de la maison Athos, pour courir sur un tapis, faire un peu de musculation. La pratique du sport la renvoie à ses performances passées, elle qui participait aux championnats de France interarmées en cross country : »je suis devenue sédentaire, avec le traitement médicamenteux j’ai pris du poids, je n’avais plus envie de bouger alors que je courais beaucoup. Aujourd’hui je suis plus douce avec moi-même, je m’y remets doucement, avec moins d’exigence mais j’ai retrouvé le goût de l’effort. Le sport détend et permet d’évacuer la colère en nous. Quand on est blessé psychique, on ne s’aime plus, le sport aide aussi à se reconstruire. »
La reconstruction d’Andrea passe aussi par son rapport affectif avec les animaux, ses deux chats qui lui rappellent « pourquoi il est important de se lever le matin« . Grâce à la maison Athos, elle a aussi pu monter à cheval pour la première fois : « une belle activité qui permet de diminuer le stress. » Andréa a a pour projet de se reconvertir en tant que fleuriste, elle est accompagnée en ce moment pour réaliser un stage de réinsertion par la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre : « j’aimerais continuer d’exercer un métier passion, j’aime la nature, les fleurs, faire des bouquets, c’est un réel plaisir. »
Le directeur, Bertrand D. se veut optimiste : « certains militaires blessés psychiques retrouvent un équilibre dans leur couple, leur famille, reprennent un métier. Pour d’autres, ils ne pourront pas retravailler et retrouverons un autre équilibre dans la vie en s’appuyant notamment sur leur pension militaire d’invalidité. Ceux qui ont l’âge de la retraite aspirent seulement à passer des moments agréables qui leurs permettent de panser leurs blessures ».
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555



















