Avec un salaire moyen autour de 2 540 euros nets par mois, Toulouse se situe légèrement en dessous de la moyenne nationale du secteur privé, établie à 2 733 euros selon les dernières données de l’INSEE. Un écart qui s’explique par la diversité du tissu économique local : des ingénieurs aéronautiques très bien payés côtoient des soignants à bout de souffle, des enseignants dont le pouvoir d’achat s’érode et des serveurs payés au plus près du SMIC.
Ces moyennes masquent pourtant des réalités très contrastées. Voici notre tour d’horizon complet, secteur par secteur.
Aéronautique et spatial : les salaires qui tirent la ville vers le haut
C’est le secteur phare de Toulouse. Airbus, Safran, Thales, Collins Aerospace : l’écosystème aéronautique concentre des dizaines de milliers d’emplois qualifiés dans l’agglomération, et les rémunérations sont à la hauteur.
Un technicien de maintenance qualifié perçoit entre 2 300 et 2 700 euros bruts par mois. Un ingénieur études et développement avec quelques années d’expérience évolue entre 3 500 et 4 500 euros bruts, et les profils seniors en architecture système ou gestion de programme dépassent couramment 5 000 euros bruts mensuels. Les data scientists et ingénieurs cloud très recherchés en interne atteignent des niveaux similaires, tandis que les cadres dirigeants évoluent bien au-delà de 7 000 euros bruts.
Revers de la médaille : les jeunes diplômés de moins de 27 ans subissent une décote salariale inscrite dans la grille Airbus, représentant 200 à 400 euros de moins par mois qu’un collègue plus âgé à poste équivalent, une pratique régulièrement dénoncée par les syndicats.
Hôpitaux et santé : des soignants mal récompensés malgré le Ségur
Le CHU de Toulouse, quatrième hôpital de France en activité, emploie près de 16 000 personnes et reste l’un des premiers employeurs de la région. Pourtant, les rémunérations du secteur public hospitalier restent décevantes au regard de l’engagement exigé.
Un infirmier diplômé d’État en début de carrière perçoit environ 1 990 euros nets par mois. Avec les primes de nuit, de dimanche et de week-end, ce montant peut atteindre 2 400 à 2 600 euros nets en milieu de carrière. Les aides-soignants débutent autour de 1 650 euros nets. La revalorisation issue du Ségur de la Santé, soit 180 euros nets supplémentaires par mois, n’a pas suffi à compenser l’inflation cumulée de ces dernières années. Le secteur privé, via les cliniques toulousaines, propose des rémunérations légèrement supérieures grâce à des conventions collectives plus avantageuses. Du côté des praticiens hospitaliers, la fourchette est bien plus élevée : entre 5 000 et 6 000 euros nets en tenant compte des gardes pour un médecin confirmé.
Numérique et tech : Toulouse monte en puissance
Entre les ESN, les startups de la French Tech Toulouse et les centres R&D des grands groupes industriels, les profils numériques sont très recherchés. Les salaires progressent, même si la ville reste 9 à 12 % en retrait des niveaux parisiens.
Un développeur web junior démarre entre 2 400 et 2 700 euros bruts mensuels. Les profils seniors atteignent 3 800 à 4 500 euros bruts, voire davantage pour les architectes logiciels. Les experts DevOps et cloud (AWS, Azure, Google Cloud) dépassent couramment 55 000 euros bruts annuels pour six ans d’expérience. Les data scientists et ingénieurs IA, très courtisés depuis l’essor de l’intelligence artificielle générative, évoluent de 42 000 euros bruts annuels pour un junior à plus de 65 000 euros pour un senior. Les spécialistes en cybersécurité, rares sur le marché local, négocient facilement au-delà de 50 000 euros bruts annuels dès quelques années de pratique.
Éducation nationale : un point d’indice gelé qui pèse lourd
Les enseignants toulousains subissent la même réalité que leurs collègues partout en France : le point d’indice est figé depuis juillet 2023 à 4,92 euros bruts, et aucune revalorisation n’est attendue pour 2026 dans un contexte de rigueur budgétaire nationale.
Un professeur des écoles nouvellement titularisé touche environ 2 100 euros nets par mois, primes incluses. Ce montant avoisine les 2 500 euros nets en milieu de carrière, avant d’atteindre près de 3 500 euros nets en fin de parcours. Les professeurs certifiés du second degré démarrent à un niveau similaire, autour de 2 000 euros nets. Les agrégés bénéficient d’un avantage structurel de 600 à 900 euros nets par mois par rapport aux certifiés en milieu et fin de carrière. Le Pacte enseignant, dispositif facultatif, permet de percevoir jusqu’à 245 euros nets supplémentaires par mois en échange de missions additionnelles, un levier réel mais jugé insuffisant par beaucoup au regard de la charge de travail induite.
BTP : la pénurie pousse les salaires à la hausse
Face au manque structurel de main-d’œuvre, les entreprises du bâtiment revalorisent leurs offres. En Occitanie, les négociations de l’automne 2025 ont abouti à des hausses notables, supérieures à la moyenne nationale.
Le SMIC est fixé à 1 823 euros bruts mensuels au 1er janvier 2026, mais les minima conventionnels du secteur le dépassent dès les premiers niveaux de qualification. Un ouvrier qualifié (maçon, électricien, plombier) perçoit entre 2 000 et 2 400 euros bruts par mois, hors indemnités de déplacement et panier repas. Un chef de chantier expérimenté atteint 2 800 à 3 500 euros bruts, et un conducteur de travaux évolue entre 3 500 et 5 000 euros bruts. Proposer uniquement les minima conventionnels ne suffit plus à recruter sur le bassin toulousain.
Hôtellerie-restauration : des fiches de paie encore serrées
Toulouse est à la fois une ville étudiante et touristique, ce qui entretient une forte demande dans la restauration et l’hébergement. Mais la pénurie de personnel y est chronique. La convention collective HCR fixe un minimum à 12 euros bruts de l’heure, soit environ 1 609 euros nets mensuels pour un temps plein à 39 heures.
Un serveur confirmé gagne entre 1 700 et 2 000 euros nets, un cuisinier qualifié entre 2 000 et 2 800 euros nets. Un chef de partie dans un restaurant gastronomique peut dépasser 3 000 euros nets. Côté hébergement, un réceptionniste en CDI perçoit environ 1 750 euros bruts, et un directeur d’hôtel dans un établissement de groupe atteint 3 000 à 3 300 euros nets. Pour fidéliser leurs équipes, de nombreux établissements complètent désormais les salaires avec logement, repas et primes de fidélisation.
Commerce : le secteur où le SMIC reste la norme
Les employés de caisse et vendeurs débutent au SMIC, soit 1 426 euros nets mensuels. Un employé commercial confirmé peut atteindre 1 600 à 1 750 euros nets après quelques années. Un responsable de rayon perçoit entre 1 900 et 2 400 euros bruts, et un directeur de magasin entre 3 500 et 5 000 euros bruts selon la taille de l’enseigne.
Dans le commerce spécialisé, les primes et commissions sur vente permettent à certains conseillers d’atteindre 2 000 à 2 500 euros nets tout compris. Face à la désaffection des candidats, plusieurs enseignes toulousaines ont commencé à revaloriser les postes d’encadrement.
Ce que le salaire ne dit pas : l’avantage Toulouse
Un même salaire ne pèse pas pareil à Toulouse et à Paris. Avec un loyer médian autour de 15 euros par mètre carré en centre-ville contre plus de 30 euros dans la capitale, la différence représente souvent 600 à 800 euros par mois en moins à débourser pour un logement équivalent. Un Toulousain gagnant 2 800 euros nets dispose d’un pouvoir d’achat réel souvent supérieur à bien des Parisiens mieux payés sur le papier.
C’est précisément cet équilibre entre dynamisme économique et qualité de vie préservée qui attire de plus en plus de profils qualifiés vers la ville rose. Ce que les chiffres bruts ne révèlent jamais, c’est ce qu’il reste à la fin du mois.












