Tractage sur les marchés, discussions à la sortie du métro, porte-à-porte dans les quartiers. À deux jours du premier tour des municipales à Toulouse, la mobilisation se joue aussi sur le terrain. Trois militants engagés dans des partis différents racontent leur campagne et ce qu’ils entendent dans les rues de la Ville rose.
Dix listes sont en lice pour les municipales du 15 mars à Toulouse, avec des projets et des positionnements politiques très contrastés. Un sondage Cluster17 réalisé du 4 au 6 mars auprès de 649 habitants de la ville, dont 590 inscrits sur les listes électorales, donne un premier aperçu du rapport de forces. Le maire sortant Jean-Luc Moudenc arrive en tête avec 33 % des intentions de vote, devant François Briançon (30 %) et François Piquemal (23 %). À quelques jours du premier tour, la participation pourrait encore rebattre les cartes.
Dans ce contexte, les militants jouent un rôle central. Sur les marchés, dans les stations de métro ou au pied des immeubles, ce sont souvent eux que les électeurs rencontrent en premier. Trois d’entre eux — engagés dans trois partis différents — racontent leur expérience et la manière dont ils vivent ces dernières semaines de campagne.
Des parcours différents, un même engagement
Parmi les soutiens de Jean-Luc Moudenc figure Julie Nicosia. À 22 ans, cette étudiante en master de communication, Toulousaine « depuis toujours », dit s’être engagée par attachement à sa ville. « J’ai un amour pour ma ville qui est énorme », confie la jeune femme. Avoir grandi sous les mandats du maire sortant Jean-Luc Moudenc, qui conduit la liste “Protégeons l’avenir de Toulouse”, a aussi façonné son regard sur la politique locale. « Jean-Luc Moudenc, c’est le premier maire dont je me souviens », raconte l’étudiante. Son engagement s’est progressivement construit au fil de ses études et de son intérêt pour la communication politique. Julie Nicosia explique avoir d’abord participé à plusieurs événements organisés par l’équipe municipale avant de s’impliquer plus activement dans la campagne des municipales.
Manon Sardin s’est engagée plus récemment dans la vie politique locale. À 26 ans, cette vidéaste en auto-entreprise milite pour la liste “Vivre Mieux” menée par François Briançon. L’origine de cet engagement remonte aux élections législatives de 2024, qui ont constitué pour elle un déclic. « Je me rends compte que le vote a toute son importance », explique la jeune femme. La campagne municipale prolonge cet engagement. Manon Sardin dit avoir été convaincue par l’union de la gauche autour du candidat socialiste. « C’est le seul qui a réuni 11 organisations politiques », souligne la militante. Elle insiste également sur la place accordée aux jeunes dans la liste par le chef de file de « Vivre mieux », qui compte candidats de moins de 30 ans.
Pour Abdelaziz Ziane, l’engagement dans cette campagne municipale repose avant tout sur des enjeux très concrets. À 36 ans, ce chargé de veille pour un sous-traitant du CNES milite aujourd’hui pour la liste “Demain Toulouse” conduite par François Piquemal. « Les élections municipales sont assez mésestimées, mais elles touchent très fortement au quotidien des citoyens », explique-t-il. Installé à Toulouse depuis 2019, après avoir grandi dans la Drôme, le militant voit dans ce scrutin une occasion d’agir sur des questions locales, notamment dans les quartiers populaires où il s’investit. Son engagement s’est également renforcé lors des législatives anticipées de 2024, dans un contexte politique national qu’il juge préoccupant.
Une mobilisation au contact des habitants
Dans les trois partis, les actions de terrain se ressemblent : tractage, marchés, réunions publiques et porte-à-porte. La campagne se joue largement dans ces échanges directs avec les habitants. Abdelaziz Ziane évoque un engagement régulier dans les quartiers où il s’investit. « C’est l’action la plus efficace pour aller chercher les gens et discuter avec eux », explique le militant. Au fil des actions, ces rencontres lui apportent aussi un sentiment d’utilité et de partage. « Le fait de s’engager et de militer donne de l’espoir face aux temps moroses », souligne-t-il.
De son côté, Manon Sardin décrit un rythme soutenu entre actions de terrain et communication. « On peut partir sur une vingtaine d’heures d’action par semaine », détaille la jeune femme. La campagne est aussi, dit-elle, l’occasion de multiplier les rencontres avec les habitants. « On rencontre beaucoup de monde et c’est riche de défendre quelque chose auquel on croit », confie la vidéaste.
Quant à Julie Nicosia, elle s’investit surtout dans la communication de la campagne, en réalisant photos, vidéos ou publications sur les réseaux sociaux. L’étudiante en master de communication participe aussi ponctuellement à certaines actions de terrain, notamment des distributions de tracts dans les quartiers. « On fait ça vraiment avec le cœur et avec les convictions qu’on a », confie la jeune femme. Ces échanges avec les habitants permettent aussi, raconte Julie Nicosia, de mesurer l’attachement de nombreux Toulousains à leur ville.
Les préoccupations qui remontent du terrain
Sur les marchés ou dans les cages d’escalier, les discussions font souvent émerger des préoccupations très concrètes. Manon Sardin observe d’abord la question de la sécurité dans ses échanges avec les habitants. « Ce qui revient beaucoup, c’est la sécurité », explique la Toulousaine. Les questions de transport et de climat sont également évoquées. « L’été, à Toulouse, on dit qu’on en crève », ajoute-t-elle.
Dans les quartiers où il s’investit, Abdelaziz Ziane évoque régulièrement la question du logement. « C’est un sujet qui revient beaucoup », précise le militant. L’accès aux services publics apparaît aussi dans les discussions, notamment la difficulté à trouver un médecin. « Moi par exemple, pas de médecin depuis sept ans à Toulouse », poursuit-il.
Julie Nicosia retrouve elle aussi certains thèmes récurrents dans les discussions. « On parle beaucoup de sécurité et de transports », explique l’étudiante, qui cite notamment la future ligne C du métro. Pour la jeune militante, ces échanges rappellent aussi l’attachement des habitants à leur ville. « Toulouse est une ville qui vit, il se passe toujours quelque chose », ajoute-t-elle.
Trois visions politiques de Toulouse
Au fil des discussions émergent aussi trois visions différentes de la ville et du rôle de la municipalité. Julie Nicosia met en avant la continuité des politiques menées depuis plusieurs années et le rôle que peuvent jouer les citoyens. « On peut tous s’impliquer, surtout au niveau local », explique-t-elle. Côté LFI, Abdelaziz Ziane inscrit son action dans le projet défendu par François Piquemal, qu’il présente comme un candidat proche du terrain et attentif aux quartiers populaires. « On a envie d’autre chose pour Toulouse », explique le chargé de veille. Manon Sardin soutient pour sa part la candidature de François Briançon, qu’elle voit comme une alternative capable de rassembler la gauche. « On veut faire de Toulouse une ville qui bouillonne », affirme la .
À deux jours du scrutin, chacun tente aussi de convaincre les électeurs encore hésitants. Julie Nicosia défend la poursuite de l’action municipale. « Quand on a un bon maire comme Jean-Luc Moudenc, on le garde », affirme l’étudiante. Abdelaziz Ziane rappelle, lui, que soutenir François Piquemal, c’est aussi défendre un projet de transformation locale. « Le vote est un levier important de changement politique, surtout à l’échelle d’une commune », explique le militant. Manon Sardin insiste sur l’idée d’une alternance : « Voter Briançon, c’est voter utile pour faire barrage à Moudenc et permettre à Toulouse de changer de cap. » D’ici le premier tour, les militants continueront de sillonner la ville pour convaincre les derniers indécis. Dimanche, la réponse se jouera dans les urnes.
















