En Occitanie, le tourisme évolue : entre 2012 et 2024, la fréquentation des hôtels et résidences recule tandis que les campings et les séjours printaniers progressent. Les visiteurs adaptent leurs destinations face aux aléas climatiques, aux nouvelles pratiques et aux locations en ligne, transformant la saisonnalité et les habitudes de voyage.
L’Occitanie reste une destination incontournable pour les vacanciers, mais les habitudes évoluent. Sur la période 2012-2024, la fréquentation touristique progresse moins vite que dans le reste du pays, révélant des transformations profondes dans la manière de voyager.
Selon l’Institut national de statistiques (Insee), qui vient de publier une enquête sur le tourisme en Occitanie, avec 55 millions de nuitées enregistrées en 2024, la région se maintient parmi les plus fréquentées de France. Mais la hausse reste contenue : +4,5% en douze ans, contre +11% au niveau national. Un écart qui s’explique par des changements à la fois climatiques, économiques et sociétaux.
Le camping tire la fréquentation, les hôtels reculent
Dans le détail, tous les hébergements ne suivent pas la même trajectoire. Les campings enregistrent une nette progression, avec près de +20% de nuitées depuis 2012. À l’inverse, les hôtels reculent (-4,7%) et les autres structures collectives, comme les résidences de tourisme, accusent une baisse encore plus marquée (-12,6%).
Le camping s’impose désormais comme un pilier du tourisme régional. Il représente environ la moitié des nuitées en Occitanie, avec une forte concentration sur le littoral méditerranéen, qui capte à lui seul près des deux tiers de la fréquentation.
Cette dynamique s’explique aussi par une montée en gamme des campings. Les mobil-homes et autres hébergements équipés séduisent davantage : ils représentent aujourd’hui 50% des emplacements, contre 33% en 2012. À l’inverse, les emplacements nus reculent, en particulier en plein été, période durant laquelle ils souffrent davantage des fortes chaleurs.
Une saison touristique qui s’étale
Autre évolution notable : la répartition des séjours dans l’année change progressivement. Si l’été reste central, avec une fréquentation trois fois plus élevée en juillet-août qu’en hiver, son poids diminue légèrement.
Le printemps et l’arrière-saison attirent de plus en plus de visiteurs. Le mois de mai, à lui seul, concentre plus de la moitié de la hausse de fréquentation observée depuis 2012. Juin et septembre suivent la même tendance, ce dernier représentant environ 20% de la progression globale.
Dans les campings, cette évolution est encore plus visible. Les mois d’avril à juin pèsent désormais 25% de la fréquentation, contre 18% il y a une dizaine d’années. Avec septembre, ces périodes dites “ailes de saison” rivalisent désormais avec les mois de pleine saison.
Le climat et les nouvelles habitudes en toile de fond
Ces changements ne doivent rien au hasard. Les épisodes de fortes chaleurs, de plus en plus fréquents, incitent certains touristes à éviter le pic estival dans le Sud. D’autres préfèrent se tourner vers des régions plus au Nord ou sur la façade atlantique, où la fréquentation progresse davantage.
En parallèle, les pratiques évoluent. Les locations de courte durée via Internet gagnent du terrain et concurrencent directement les hébergements traditionnels. Le vieillissement de la population joue aussi un rôle : les retraités voyagent davantage hors vacances scolaires, contribuant à lisser la fréquentation sur l’année.
Lourdes et l’hôtellerie en difficulté
Le secteur hôtelier est particulièrement touché. L’Occitanie est même la seule région française où la fréquentation des hôtels diminue sur la période. Une baisse d’environ 5%, qui s’explique en partie par la situation de Lourdes.
La ville a subi plusieurs chocs successifs : les inondations dues à la crue du Gave de Pau en 2013, puis la crise sanitaire liée à la Covid-19. Cette dernière a fortement réduit la clientèle étrangère, essentielle pour l’économie locale. Plus largement, le tourisme d’affaires recule, la généralisation des réunions à distance et les politiques de réduction des déplacements professionnels expliquant en grande partie cette évolution. : il représentait 42% des nuitées hôtelières en 2019, contre 32% en 2024.
Dans le même temps, les séjours de loisirs progressent dans les hôtels, notamment dans les grandes villes comme Toulouse, où ils ont fortement augmenté ces dernières années.
Les résidences de tourisme sous pression
Les autres hébergements collectifs, comme les villages vacances ou les résidences de tourisme, sont eux aussi en recul. Depuis 2019, leur fréquentation a chuté de 12% en Occitanie, avec des baisses particulièrement marquées dans les Pyrénées (-30%) et sur le littoral.
En cause notamment : la concurrence des locations saisonnières en ligne. L’Insee souligne que « les résidences de tourisme sont les hébergements dont les caractéristiques sont les plus proches des logements mis en location saisonnière » sur les plateformes Internet.
Au final, le tourisme en Occitanie ne recule pas, mais il se transforme. Moins concentré sur l’été, davantage tourné vers le plein air et confronté à de nouveaux concurrents, il reflète des évolutions plus larges des comportements des voyageurs. Un défi pour les acteurs locaux, qui doivent s’adapter à ces nouvelles attentes.

















