Alors que le forum des métiers de l’agriculture fait son retour au Marché-Gare de Montauban ce mardi 19 mai, les exploitants du Tarn-et-Garonne peinent toujours à recruter. Conditions de travail difficiles, image vieillissante du métier, salaires jugés insuffisants : le monde agricole fait face à une crise de vocation silencieuse.

Tractoristes, ouvriers polyvalents, saisonniers, techniciens agricoles : les offres d’emploi se multiplient autour de Montauban, mais les candidats, eux, se font rares. Pour tenter d’attirer de nouveaux profils, le forum des métiers agricoles revient ce mardi 19 mai à la salle des fêtes du Marché-Gare de Montauban. Organisé par le Grand Montauban, France Travail et l’Anefa (agence de promotions des métiers et de l’emploi en production agricole), l’événement doit réunir entreprises, organismes de formation et demandeurs d’emploi autour d’un secteur qui peine à séduire. Car derrière les stands et les démonstrations de métiers de l’agriculture, la réalité du terrain inquiète.
« On cherche depuis des mois »
Dans le département, plusieurs exploitations diffusent actuellement des annonces pour recruter des tractoristes ou des ouvriers agricoles. Certaines proposent même des formations en interne pour des débutants, faute de candidats expérimentés. « Avant, on recevait facilement une dizaine de candidatures. Aujourd’hui, parfois, personne ne répond », souffle Baptiste Luidji, arboriculteur dans le Montalbanais. Le constat est général : les jeunes générations désertent progressivement les métiers agricoles.
En cause, d’abord, la pénibilité du travail. À l’unanimité, agriculteurs et organisateurs du forum évoquent les horaires décalés, le travail en extérieur soumis aux aléas climatiques, la saisonnalité, les tâches physiques… Le quotidien agricole peine à rivaliser avec d’autres secteurs jugés plus stables ou plus confortables.
À cela, s’ajoutent des salaires peu attractifs. En effet, « certaines offres locales affichent des contrats saisonniers autour de 12€ brut de l’heure, avec des compétences techniques pourtant importantes : conduite d’engins, traitements phytosanitaires, irrigation ou suivi des cultures. Alors, forcément, les jeunes boudent le secteur », explique Michel, un agriculteur qui peine à recruter.
Une image de l’agriculture qui colle à la peau
D’autant plus que l’agriculture souffre d’une image vieillissante. « Les jeunes imaginent encore un métier uniquement physique, difficile et mal payé », regrette Véronique Soupa, conseillère en évolution professionnelle à la chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne, qui témoigne d’une évolution profonde, ces dernières années, dans les exploitations.
Dans les vergers ou les exploitations maraîchères autour de Montauban, les recruteurs recherchent désormais des profils capables de manier des outils technologiques, de piloter des machines de précision ou de suivre des données agricoles. Drones, irrigation intelligente, outils numériques : l’agriculture moderne devient de plus en plus technique. Un paradoxe qui complique le recrutement : les métiers demandent davantage de compétences, mais restent associés à une image ancienne.

« Les jeunes sont à la recherche de sens »
Le secteur de l’agriculture se heurte aussi à un changement plus profond du rapport au travail. De nombreux employeurs constatent que les jeunes recherchent davantage d’équilibre de vie, des horaires fixes et une meilleure rémunération. Des attentes parfois difficiles à concilier avec les contraintes agricoles et climatiques.
Pour autant, certains continuent de franchir le pas. Sur les réseaux sociaux ou dans les centres de formation, les projets de reconversion vers le maraîchage, l’horticulture ou l’agriculture durable se multiplient. Plusieurs personnes en reconversion évoquent la recherche d’un métier « utile » ou « plus proche de la nature ». Reste que ces profils motivés demeurent insuffisants pour répondre aux besoins du terrain.
Un enjeu majeur pour le territoire
Dans un département fortement tourné vers l’arboriculture et le maraîchage, la question du recrutement devient stratégique. Sans main-d’œuvre suffisante, certaines exploitations craignent déjà de réduire leur production ou d’abandonner certaines cultures.
Le forum des métiers agricoles espère donc créer des vocations et casser certains clichés autour du secteur. Des ateliers, rencontres et démonstrations seront proposés tout au long de l’après-midi au Marché-Gare de Montauban. Car derrière les difficultés du recrutement, c’est aussi l’avenir de toute une filière locale qui se joue.
Inès Grimaud














