L’affaire Lyhanna provoque le réexamen de milliers de plaintes par la justice en France : le témoignage bouleversant d’une Toulousaine, victime présumée de son beau-père lorsqu’elle était enfant, refait surface. Son combat relance la question du traitement judiciaire des violences sexuelles.
L’affaire Lyhanna et le scandale judiciaire qui s’ensuit ont rappelé à Jennifer les démons de son passé. Alors que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, entend réexaminer 70 000 plaintes pour des faits pédocriminels, elle veut aujourd’hui que la justice reprenne son dossier à zéro. Pour cette mère de famille de 38 ans, le silence a trop longtemps été une prison. C’est en septembre 2020, à la faveur d’une thérapie, que les digues de sa mémoire ont commencé à céder.
Violée par son beau-père
Tout a commencé après la séparation de sa mère, lorsque cette dernière s’est mise en ménage avec son nouveau compagnon sur la côte atlantique. Jennifer grandit et relate que des comportements incestueux auraient débuté alors qu’elle avait dix ans.

D’abord père de substitution, l’homme se serait mué en agresseur : « L’homme qui incarnait la sécurité est devenu celui qui a détruit mes repères. Je me souviens de ma mère endormie sur le canapé et de lui qui se masturbait alors que j’étais à côté. » L’artisan amène parfois sa belle-fille sur les chantiers où il intervient : « Il se collait dans mon dos, son sexe en érection contre moi. » Les agressions vont crescendo : « Il glissait sa main dans mon pantalon, me rejoignait dans ma chambre. » Jennifer est en classe de 4e lorsqu’il la force à une fellation. C’est le début d’une descente aux enfers : l’adolescente redouble, se scarifie, effectue plusieurs séjours en psychiatrie à Bordeaux, elle est placée en famille d’accueil de quatorze à dix-huit ans : « Mon beau-père insistait pour que je revienne au domicile. » Enceinte à quinze ans, elle sombre dans la toxicomanie.
« Tu l’as cherché »
Un tournant majeur survient en avril 2022, après que les traumatismes de l’enfance ont refait surface. Jennifer décide de confronter son agresseur présumé. La réponse du beau-père est glaçante : « Tu l’as cherché », lui aurait-il rétorqué, avant d’admettre avoir lui-même été victime d’abus dans sa jeunesse. La Toulousaine doit faire face à une autre pression, de sa propre mère cette fois, qui veut la voir revenir sur ses déclarations.
Le 13 décembre 2023, Jennifer dépose plainte auprès du procureur de la République de Bordeaux. L’affaire est transmise à Périgueux le 5 janvier 2024. Depuis, la mère de famille suit le parcours complexe de la procédure pénale. Elle a été entendue par la police le 2 octobre 2024 et a dû se soumettre à une expertise psychologique. En avril 2026, son avocate, Me Elsa Correia-Barberis, a de nouveau sollicité le parquet pour connaître les suites de l’enquête. En vain. Aujourd’hui, Jennifer ne se contente pas de demander réparation pour elle-même, « aussi pour mes nièces qui vivent encore aux côtés de mon agresseur… »















