Le 9 mars 2024, l’immeuble du 4 rue Saint-Rome dans le centre historique de Toulouse s’écroulait, sans faire de victime. Dominique Boussuge, experte en sécurité bâtimentaire, explique pourquoi les diagnostics structurels ne sont pas encore généralisés et comment la législation évolue.
Deux ans après l’effondrement d’un immeuble à deux pas de la place du Capitole toulousain, la sécurité des centres-villes français reste une préoccupation majeure. Les experts alertent sur l’absence de diagnostics structurels obligatoires pour les bâtiments existants, un vide qui expose les habitants à des risques d’effondrement fréquents, comme en témoignent les interventions hebdomadaires des pompiers.
Bien qu’un décret d’août 2025 impose aux maires de déclarer les secteurs dégradés pour rendre ces diagnostics obligatoires dans les copropriétés, cette mesure est jugée insuffisante par les professionnels, qui militent depuis des décennies pour une approche plus systématique et plus contraignante. Dominique Boussuge est experte en risque bâtimentaire et présidente de l’Institut international des experts : « On a toutes sortes de diagnostics en France, le diagnostic thermique, le diagnostic amiante, etc mais la structure du bâti, il n’y a aucun diagnostic qui est fait actuellement« , déplore t-elle.
« À Toulouse, le maire a vraiment anticipé la loi, c’est une mairie qui est très réactive », applaudit-elle. Mais la nécessité pour les maires de déclarer officiellement les secteurs dégradés avant de pouvoir imposer des diagnostics structurels aux copropriétés ralentit le processus. De plus, la prise de conscience sur cette législation récente est loin d’être généralisée. Le diagnostic lui-même, qui implique l’accès aux parties communes et l’identification de signes avant-coureurs d’effondrement comme les fissures ou les infiltrations, s’avère être une tâche longue et coûteuse.
L’épineuse question des moyens et des responsabilités
La question des moyens financiers et des responsabilités dans la gestion de la sécurité des bâtiments anciens est centrale. Si des villes comme Toulouse montrent une réactivité exemplaire, le maire ne peut contraindre directement les copropriétaires à effectuer des expertises structurelles. La loi, telle qu’elle est actuellement conçue, repose sur la décision du maire de désigner un secteur dégradé pour activer l’obligation de diagnostic. Le rôle des syndics de copropriété est donc crucial, mais il n’existe pas de mécanisme pour les obliger à initier ces démarches préventives, laissant une marge d’incertitude quant à la rapidité de mise en sécurité de l’ensemble du parc immobilier concerné.
L’exemple de la reconstruction de l’immeuble du 4 rue Saint-Rome à Toulouse illustre la complexité et la durée des procédures post-effondrement. La reconstruction elle-même est soumise à des contraintes strictes, notamment l’obligation de refaire la façade à l’identique pour préserver le patrimoine architectural du centre-ville. L’utilisation de matériaux actuels pour les murs intérieurs sera néanmoins autorisée. L’ensemble de ce processus, depuis l’expertise jusqu’à la fin des travaux, est estimé à un minimum de deux ans, soulignant l’ampleur des défis logistiques et financiers liés à de tels sinistres. « Ce qu’a relevé l’expert judiciaire, c’était des travaux qui avaient été réalisés dans les combles, dans les années 2010, il me semble, et c’est ce qui aurait fragilisé la structure« , note Dominique Boussuge.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555



















