L’affaire du vice-bâtonnier de Toulouse, accusé de viol par sa stagiaire, soulève des questions complexes. Sylvain Laspalles démissionne, clamant son innocence. Des SMS entre les deux amants que « La Dépêche » a pu consulter, semblent écarter la thèse de l’agression sexuelle ainsi que de l’emprise.
L’affaire secoue le barreau de Toulouse : quelle était la nature exacte de la relation entre le vice-bâtonnier et sa stagiaire ? Visé par une plainte de cette dernière pour viol et agression sexuelle, le vice-bâtonnier de l’ordre des avocats de Toulouse, Me Sylvain Laspalles, a annoncé sa démission tout en se proclamant « totalement innocent ». La plaignante, Adeline*, élève de l’École de formation des avocats (EFA) de Toulouse, affirme avoir été violée par le professionnel, dans la soirée du 3 décembre. Les faits se seraient, selon elle, déroulés durant son stage de six mois au sein de l’Ordre des avocats, dans le cadre de son Parcours personnel individualisé (PPI).
Une démission pour protéger l’institution ordinale
Sylvain Laspalles a pris la parole au côté de son avocat Me Laurent De Caunes, ce lundi : « Une forte relation sentimentale est née entre cette jeune femme et moi, nous avons eu tort d’y succomber », a-t-il déclaré. « J’en assume la responsabilité à titre personnel, et pour l’Ordre que j’ai mis dans l’embarras, raison pour laquelle j’ai démissionné de mes fonctions », ajoute l’ancien responsable adjoint des avocats toulousains. Me Sylvain Laspalles affirme avoir mis un terme à la relation, estimant que cette situation « ne justifiait pas un dépôt de plainte » doublé d’une « exposition médiatique ».
Des textos corroborent la version de l’ex-bâtonnier
Selon la plaignante, les agissements auraient eu lieu entre la mi-2025 et décembre 2025. Elle décrit des comportements inappropriés, des pressions déguisées et des allusions embarrassantes qui se seraient multipliés. Elle affirme également avoir subi un viol courant décembre, dans les locaux professionnels de l’avocat, évoquant une forme d’emprise. Sauf que la version de l’ex-vice-bâtonnier, qui diffère radicalement, est documentée. Pour Me Laurent De Caunes, les échanges avec Adeline ne laissent transparaître aucune notion d’emprise, mais plutôt une relation « réciproque et respectueuse ». Des textos entre l’avocat et sa stagiaire, que la Dépêche a pu consulter, semblent témoigner d’une relation amoureuse naissante : « Je crois que je veux bien être votre amoureuse », écrit la jeune femme le 4 décembre, au lendemain donc de la prétendue agression. « Il n’y a aucun rapport de force entre nous. Je t’aime parce que tu es toi », dit-elle encore quelques jours plus tard. « Moi aussi, tu es une belle personne, une belle histoire », répond l’avocat. Selon nos informations, l’idylle aurait en réalité débuté en octobre 2025 lorsque la plaignante a accroché un « émoji cœur » à une conversation avec Me Laspalles.
Un cadeau de remerciement le 16 décembre
Les échanges suggèrent une relation passionnelle qui a pu troubler le jugement professionnel de l’ancien vice-bâtonnier. La plaignante aurait même offert un cadeau à ce dernier, accompagné d’une citation, le 16 décembre, peu avant la fin de son stage. Ce n’est qu’après cette période que l’avocat déclare avoir senti « le vent tourner » : les relations si douces avec son ancienne stagiaire se sont considérablement refroidies. Laurent De Caunes, qui a voulu que son client prenne la parole pour « faire retomber l’émotion médiatique », déplore « une reconstruction de la réalité a posteriori » par la plaignante, « dérive qui est dans l’air du temps ».
Contactés par notre rédaction, ni la plaignante ni son conseil n’ont souhaité répondre à nos sollicitations. La plainte reçue par le parquet ne vise que Me Laspalles, s’agissant de l’inaction présumée de l’ordre des avocats dans cette affaire, « aucune infraction n’est expressément visée par l’avocat de la plaignante » précise le procureur de la République de Toulouse. David Charmatz qui a saisi le parquet général ce lundi d’une demande de dépaysement, compte tenu « des relations professionnelles régulières » que la juridiction toulousaine entretient avec le désormais ex-vice-bâtonnier. Le parquet compétent va-t-il classer sans suite ou ouvrir une information judiciaire, considérant qu’il y a assez d’éléments pour poursuivre l’avocat ? À ce stade, Me Sylvain Laspalles est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés.
Le bâtonnier de Toulouse a bien ouvert une enquête déontologique
Dans un communiqué, Me Sophie Coq, bâtonnier de l’ordre des avocats de Toulouse, précise que dans cette affaire, « les premiers éléments portés à sa connaissance l’ont seulement été le 16 janvier 2026. Dès le 19 janvier 2026, elle a souhaité rencontrer cette élève-avocate. Cet entretien a eu lieu le 26 janvier 2026. Dans les suites immédiates de cet entretien […] une enquête déontologique à l’encontre du vice-bâtonnier a été ouverte, enquête confiée à un ancien bâtonnier du barreau de Toulouse ». Me Sophie Coq « tient à rappeler fermement que la lutte contre les violences faites aux femmes, la prise en compte de la parole des victimes, le respect de la présomption d’innocence sont au cœur de ses valeurs et de celles du barreau de Toulouse ».


















