Partie pour les vacances de février en Israël avec sa fille autiste, Emmanuelle, conseillère d’éducation au collège Léonard de Vinci de Tournefeuille, s’est retrouvée piégée par la guerre à Tel Aviv. Son vol de retour annulé, elle attend, depuis, un rapatriement alors que l’état d’urgence a été prolongé. Un cauchemar sans fin.
Ce devait être des vacances de rêve, au soleil de la Méditerranée, mais le séjour à Tel Aviv qu’Emmanuelle avait soigneusement préparé pour sa fille Parker a tourné au cauchemar. « Nous sommes arrivés le 21 février. Je souhaitais découvrir la fête de Pourim et fêter aussi mon 49ᵉ anniversaire, raconte-t-elle. J’avais décidé d’embarquer ma fille de 19 ans dans cette aventure, pour lui changer les idées en lui vantant la vitalité de cette ville réputée pour être gaie et festive. Je n’imaginais pas que tout allait basculer brutalement ». Pendant une semaine, descendues au Wom Beach Hôtel, sur le front de mer, Emmanuelle et Parker profitent des douceurs orientales. Avant que l’enfer ne s’abatte sur elles, quand les sirènes les réveillent dans la nuit du 27 au 28 février. Le début de la guerre et des répliques iraniennes.

« Jusqu’au dimanche soir nous avons vécu un calvaire. Les alertes s’enchaînaient sur nos téléphones, un bruit strident, violent, pour nous demander de nous mettre à l’abri au sous-sol de l’hôtel ». Avec l’impression de plonger dans un puits sans fond. « Monter, descendre, monter, descendre… Pleurer, paniquer, se calmer, pleurer à nouveau, s’effondrer… C’est le chaos, confie Emmanuelle. Depuis 10 jours nous vivons au rythme des interceptions de missiles. On dort habillé, avec nos papiers autour du cou, parfois on descend pieds nus, en peignoir… Plus ou moins endormies, terrorisées par la déflagration des roquettes et le bruit des drones qui sont fort heureusement neutralisés par le dôme de fer… Notre abri anti-aérien est solide, mais quasiment rempli à chaque alerte : bruit, cris, pleurs, prières, chants… ma fille a perdu tous ses repères en quelques heures ».
« C’est une torture, mais je n’ai pas le choix »
La conseillère d’éducation du collège Léonard de Vinci de Tournefeuille n’est pas au bout de ses peines. L’avion du retour qu’elle devait prendre avec sa fille Parker, le 5 mars, est annulé. Les compagnies aériennes européennes ayant suspendu toute liaison avec Israël. Les rares avions qui décollent sont complets et les alternatives trop compliquées à mettre en œuvre. « Ma fille est autiste sévère et les événements l’ont plongée dans la terreur, témoigne Emmanuelle. Je suis moi-même malvoyante, suivie à Purpan pour un kératocône bilatéral. En temps normal, nous vivons plutôt bien avec nos troubles et handicaps, mais nous ne pouvons pas nous engager dans un périple vers l’Égypte qui assure les seuls vols de rapatriement disponibles ». Un trajet à travers le désert que même les Israéliens déconseillent de faire à deux femmes seules et handicapées.

» C’est impossible à envisager avec l’instabilité émotionnelle de ma fille. Je suis donc obligée de refuser ces propositions, c’est une torture, mais je n’ai pas le choix. Cette traversée jusqu’à Eilat est très dangereuse pour nous deux ». En contact avec le consulat général de France, Emmanuelle n’a pour l’heure aucune autre solution de repli, juste celle d’attendre dans son hôtel. Car il est impossible pour elle de payer des billets d’avion à des prix exorbitants pour quitter le territoire.
L’appel aux autorités
Avec l’état d’urgence qui a été prolongé, les perspectives restent sombres. « Nous n’arrivons pas à manger tellement nous sommes fatiguées et angoissées. Le sommeil est devenu un mirage dans lequel nous errons entre deux alertes, sanglote Emmanuelle. Ma fille a besoin de soins adaptés, elle a fait une crise suicidaire en début de semaine, je l’ai signalé à la cellule de crise, mais il n’y a pas de réponse vraiment rassurante. Je lui donne donc régulièrement du Xanax. Je pense que la France fait ce qu’elle peut, très sincèrement, mais les personnes vulnérables ne sont pas prises en charge, c’est clair. D’habitude, je suis le moral de ma fille et elle est mes yeux… Aujourd’hui nous n’arrivons plus à nous soutenir, nos forces s’amenuisent et nous perdons tout espoir de rentrer. Nous pleurons quand nous entendons que certains rentrent de Dubaï ».
Dans sa détresse Emmanuelle peut quand même compter sur « un directeur d’hôtel formidable », qui prend soin d’elle. À Toulouse, le rectorat s’est mobilisé et suit la situation de près, comme sa famille et ses amis qui la réconfortent au téléphone. « Ce soutien nous est précieux, souffle la conseillère d’éducation. Aujourd’hui, nous attendons une délivrance qui ne vient pas. Ma fille n’a plus d’espoir et je peine à lui en donner n’en ayant presque plus moi-même ». Tous les jours, ses proches appellent le consulat de France, envoient des mails aux autorités pour les alerter sur son sort. En vain pour l’instant. Un cauchemar sans fin.



















