Au sud de Toulouse, à Clermont-le-Fort, au milieu des champs de blé, Beatriz et Patrice Marin se sont lancés dans un chantier au long cours : restaurer un château du XIXe siècle. Entre l’apprentissage des techniques sur YouTube, le recours à l’intelligence artificielle et le soutien actif d’une communauté de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, leur aventure humaine et architecturale est devenue une thérapie par l’action face au départ de leurs filles du foyer. Chaque brique restaurée leur permet de réinventer l’avenir de leur couple et de se passionner pour le patrimoine. Rencontre.
Pour anticiper le départ « du nid » de leurs filles, des jumelles aujourd’hui âgées de 18 ans, et la mélancolie qu’il aurait pu provoquer, Beatriz et Patrice Marin ont décidé de se lancer dans un projet fou : acheter et restaurer un château de 1850. « On a préféré remplacer le vide et le silence à venir de notre maison par le bruit des travaux », annonce Patrice.
Un décor de cinéma
Pour ce couple de cadres, dans l’aéronautique pour lui, dans l’énergie pour elle, l’acte s’est concrétisé en 2022, au sortir du Covid, par l’acquisition d’une immense bâtisse sur les hauteurs de Toulouse, du côté de Clermont-le-Fort, au milieu des champs de blé blondissants. Ce qui, au départ, n’était qu’ « une bouse aux façades ternes », comme la décrit avec exagération Patrice sur les réseaux sociaux, s’est déjà transformé, quatre ans après, en une somptueuse demeure.
Sa façade en terre cuite, ornée de deux tours, sa piscine, son parc de 2 hectares à la pelouse impeccablement tondue et ombragée de chênes, séquoias et cèdres, avec la chaîne des Pyrénées qui s’étire de tout son long à l’horizon, composent un décor de cinéma. Et, dès les premiers coups de pelle de cet immense chantier de restauration, Beatriz et Patrice n’ont pas fait de la figuration.

« Le bonheur est dans le chemin »
Grands sportifs, habitués à l’effort, « on fait beaucoup de vélo, on court », le couple s’est aussitôt retroussé les manches pour s’engager dans un projet sur dix à quinze ans, avec philosophie. « Je suis plutôt du côté de Spinoza qui dit que le bonheur est dans le chemin, plus que dans la réalisation finale », confirme le quinquagénaire.
Le temps de trouver des artisans pour refaire la toiture, les tours, les façades, le couple s’affaire d’abord à l’extérieur : élagage des arbres, nettoyage de la piscine, démontage d’abris de fortune… Puis, il reconstruit : une terrasse en bois, des murets, une clôture, avant de s’attaquer à l’intérieur. « On met une limite entre le vrai savoir-faire des artisans et ce que nous, modestement, on peut réaliser », tient à préciser Patrice, qui pourtant en connaît un rayon en matière de bricolage.
« Ça permet d’avancer très vite »
À chaque étape, le couple partage l’état d’avancement des travaux avec sa communauté sur les réseaux sociaux. Ainsi, pour une des salles de bains, les followers insistent pour qu’il conserve le carrelage mural zellige vert pâle. « Ils m’ont dit qu’avec du bois cela irait très bien », se souvient-il. Ils avaient raison.
Patrice ne boude pas ces partages. « L’intelligence collective, c’est quelque chose d’énorme. On arrive toujours à une maturité des idées qui est inconcevable quand on est un ou deux. Toutes ne sont pas bonnes, mais quand vous avez deux, trois personnes qui ont vu le truc, des spécialistes en général, ça me permet d’avancer très vite », reconnaît-il.

Sa démarche inspire beaucoup. « J’apprends en apprenant, en regardant des tutos sur YouTube, en utilisant l’IA, c’est le message principal que je veux faire passer. » Certains porteurs de projets amateurs le contactent même pour obtenir son avis sur des bâtisses : « En général, je motive les gens, surtout, j’évite de les envoyer au casse-pipe », glisse Patrice.
« 500 balles max » pour la cuisine des Beckham
Le couple rénove son château sur son temps libre. « À chaque fois, on se donne des défis à réaliser, qu’ils soient grands ou petits. On y va mur après mur, pièce après pièce. Cela peut paraître dérisoire car le chantier est immense, mais quand, à la fin du week-end, on atteint notre but, ça nous fait la semaine », assure Patrice.

Et si leur rénovation se fait en privilégiant la récupération, leur bonheur est décuplé. Par exemple, le couple s’était fixé « 500 balles max » pour transformer leur cuisine qu’il jugeait déprimante. Ils ont tenu le pari en réagençant les meubles, en suspendant des casseroles en cuivre sur un plateau en bois et en recouvrant les murs d’un vert ombre fougère. « On s’est inspiré de la cuisine des Beckham », s’amuse Patrice.
« Beaucoup d’idées farfelues au départ »
Au terme de milliers de journées de labeur, ce château qui leur ressemble est à présent leur résidence secondaire. À l’étage, chacune des jumelles dispose d’une chambre identique avec sa salle de bains dans la tour. À force de travailler sur la bâtisse, Patrice a même l’impression que c’est elle « qui nous a choisis ».

« Au départ, on voulait tout modifier, on avait beaucoup d’idées farfelues comme déplacer la cuisine. Avec le temps, on a tout simplement appris à respecter l’histoire de la bâtisse, son ADN, à la comprendre, en la réparant, en la peignant, en découvrant ses murs de brique, et à la laisser comme elle était. On a donc mûri sur ce qu’elle est, et sur qui nous sommes à l’intérieur de cette bâtisse », conclut, avec sagesse, Patrice.
Une métamorphose architecturale doublée d’un renouvellement pour le couple, désormais prêt à braver sereinement le silence du nid vide.













