En déplacement à Toulouse ce lundi 22 juin, l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne visite les usines d’Airbus avant de rencontrer des chefs d’entreprise locaux en soirée.
Vous intervenez auprès des entrepreneurs toulousains sur la souveraineté industrielle à un moment où la réindustrialisation ralentit. La dynamique est-elle stoppée ?
Je pense que nous avons porté des politiques structurelles salutaires pour réindustrialiser la France : baisse des impôts de production, loi Industrie verte pour faciliter l’installation d’usines, réformes de l’apprentissage… Les fondamentaux sont là. La conjoncture actuelle, affectée par les conflits internationaux, ralentit le rythme, mais ce qui se passe à Toulouse avec l’aviation durable illustre que les bases sont posées pour redévelopper l’industrie.
Comment l’Europe peut-elle faire face au dumping industriel de la Chine qui met à mal toute la filière automobile européenne ?
À l’échelle européenne, on a fait preuve d’une certaine naïveté. Le Covid a sonné comme un réveil ; l’Europe assume enfin de protéger son industrie, par exemple avec le Chips Act. Mais il faut aller plus loin face à la surproduction chinoise. L’Europe applique 35 % de droits de douane sans imposer de contenu européen, pendant que les États-Unis imposent 100 % de droits et 30 % de contenu américain. Il faut continuer à plaider pour une protection contre le dumping.
La lenteur de la Commission européenne à se protéger s’explique-t-elle par les divisions entre États membres ?
Le temps européen dépend des États. Les industries allemandes réalisent une partie importante de leur chiffre d’affaires en Chine et jouent leur intérêt de court terme plutôt que l’intérêt de moyen terme de l’industrie européenne. Sur les décisions importantes, il faut accepter d’avancer à quelques pays via des coopérations renforcées, par exemple sur l’union des marchés de capitaux pour financer l’innovation.
La compétitivité de nos entreprises est alourdie par notre modèle social. Ce dernier reste-t-il financièrement soutenable face à l’endettement public ?
Il n’y a pas de doute que nous avons des cotisations salariales plus élevées qu’ailleurs et des impôts de production élevés. Nous les avons toutefois fortement baissés comme cela n’avait jamais été fait jusqu’à présent. On compte environ 41 milliards d’euros de baisse d’impôts sur les entreprises depuis 2017. Mais il faut aller plus loin. C’est un débat majeur pour les prochaines élections présidentielles : nous devons contenir le coût de notre modèle social pour pouvoir à la fois continuer à baisser les impôts de production qui pénalisent nos entreprises face à la concurrence, et en même temps investir dans les secteurs d’avenir, l’innovation, la recherche, l’éducation et la formation.
Quel regard portez-vous sur le détricotage de la réforme des retraites que vous avez menée jusqu’au bout ?
Cela me désole que le groupe socialiste ait fait de la suspension de la réforme des retraites la condition de sa non-censure a priori du gouvernement. Je rappelle que, dans notre réforme, quatre Français sur dix n’avaient pas à travailler jusqu’à 64 ans. Face à l’augmentation de l’espérance de vie, vouloir laisser penser qu’on ne doit pas travailler un peu plus longtemps, alors que tous nos voisins le font, c’est mentir aux Français.
Dans votre livre Réveillons-nous, vous appelez au rassemblement du bloc central. Pourquoi ?
Face aux crises, les extrêmes proposent de fausses solutions dangereuses. La multiplication des candidatures au centre nous expose au risque d’un second tour entre LFI et le RN. Je ne veux pas de cela pour mon pays. C’est pourquoi j’ai créé ma structure (NDLR : « Bâtissons ensemble ») pour proposer des réponses concrètes au-delà des partis, sans logique d’homme providentiel, en réformant nos institutions grâce à une dose de proportionnelle pour favoriser l’émergence de coalitions au Parlement.












