À Caylus, en Tarn-et-Garonne, l’adjudant-chef Franck Herpin prépare avec son ami Lenny Ferrer un ultratrail de 310 km entre Toulouse et le Pic du Midi de Bigorre. Une épreuve de quatre jours destinée à récolter des fonds pour les militaires blessés et leurs familles. En 2011, son meilleur ami Walter, qui officiait à l’époque pour le 1er RCP de Pamiers, avait été sauvagement attaqué en Afghanistan.
Quinze ans après, il a encore parfois un peu de mal à refouler son émotion. Au 11e régiment parachutiste d’instruction et d’entraînement (11e RPIE), à Caylus, l’adjudant-chef Franck Herpin s’apprête à relever un défi sportif et solidaire hors normes, intitulé « De la violette aux étoiles », afin de récolter des fonds au profit des blessés de guerre et de leurs familles. Du 1er au 4 octobre, aux côtés de son ami Lenny Ferrer, cadre de santé à Toulouse, Franck Herpin participera à un ultratrail qui le conduira jusqu’au Pic du Midi de Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Soit la bagatelle de 310 km pour un dénivelé de 12 500 mètres. Et le calendrier ne doit rien au hasard puisque les deux hommes profiteront des festivités de la Saint-Michel, le saint patron des « paras », pour s’élancer du palais Niel qui abrite l’hôtel de commandement de la 11e brigade parachutiste, à Toulouse.
« Je vais courir jour et nuit mais le dépassement de soi fait partie de mon métier. Rien n’est jamais diffusé ou publié sur les blessés de guerre et leur famille. Alors partager la souffrance qui sera la nôtre tout au long de notre parcours, c’est important pour eux. Ce qu’on aura récolté grâce à ce projet sera partagé à toute l’armée de terre », signale l’adjudant-chef Herpin.
Répercussions à retardement
Il ne le dira jamais ainsi mais lui aussi a été meurtri dans sa chair lorsqu’en septembre 2011, il a appris que son meilleur ami, Walter, venait d’être grièvement blessé lors d’une attaque orchestrée par des insurgés afghans. « Il remplaçait justement un soldat du 1er RCP de Pamiers qui venait d’être tué. Il avait été envoyé sur place en août, juste après mon anniversaire. Onze jours après son arrivée, c’était son tour. »
Une fois rapatrié en France, Walter est confié aux médecins de l’hôpital d’instruction des armées de Percy. Service des grands brûlés. « J’ai dû attendre deux mois pour être autorisé à le voir. Il a perdu un rein, la rate et il a dû se lancer dans une rééducation interminable. J’ai suivi tout son parcours de soins et aujourd’hui encore, il doit passer des examens. C’est pour cela qu’il ne pourra pas être là le jour de l’arrivée », explique l’adjudant-chef.
« Je veux leur montrer qu’ils ne sont pas seuls, même des années après. Certaines répercussions se font ressentir à retardement. Et les conséquences de blessures au front n’engagent pas que les militaires mais aussi, leurs proches. Au retour, c’est un changement de vie et ils doivent assumer beaucoup de dommages collatéraux. Il faut instaurer un vrai suivi pour eux et l’armée est la seule institution à pouvoir les soutenir ainsi », poursuit-il. Alors non, transpirer jour et nuit pour la bonne cause ne l’effraie pas.
En base arrière, Franck Herpin et Lenny Ferrer pourront compter sur un véhicule de ravitaillement pour les accompagner dans leur traversée. Mais, pour l’adjudant-chef, l’épreuve sportive résonne surtout avec le parcours de ceux qu’il veut soutenir. « Se dépasser dans un ultratrail, c’est un peu le parcours d’un blessé de guerre : il faut ouvrir des portes pour puiser dans des ressources insoupçonnées. »
* En partenariat avec l’ONaCVG, Terre Fraternité-ADO, Les Gueules Cassées, l’Entraide Parachutiste, l’AGPM et le site du Pic du Midi.Cagnotte en ligne de 5 000 € sur le site Ulule, page « Projet sportif et solidaire ‘De la Violette aux Etoiles’».
De Pamiers à Montauban, le destin brisé d’un parachutiste en Afghanistan

En 2011, Walter, parachutiste du 1er RCP de Pamiers, rejoint l’Afghanistan alors que son régiment vient de perdre quatre hommes en quelques semaines. Le 7 septembre, dans la vallée de Tagab, il est grièvement blessé lors d’une attaque qui coûte la vie au lieutenant Valéry Tholy, du 17e RGP de Montauban. Deux ans plus tard, il retrouvera le 3e RPIMa à Carcassonne.
En 2011, le 1er régiment de chasseurs parachutistes (1er RCP) de Pamiers, unité de la 11e brigade parachutiste (11e BP), est engagé en Afghanistan au sein du « Battle Group Raptor », déployé dans la province de Kapisa. Le régiment appaméen va payer un lourd tribut : quatre de ses militaires sont tués en quelques semaines. Le caporal Florian Morillon meurt le 18 juin, puis le caporal-chef Cyrille Hugodot le 25 juin. Le 13 juillet, l’attentat de Joybar coûte encore la vie au capitaine Thomas Gauvin et à l’adjudant Laurent Marsol, tous deux du 1er RCP.
C’est dans ce contexte de pertes successives et de relève des effectifs que Walter, lui aussi parachutiste du 1er RCP, arrive en Afghanistan en août 2011. Quelques jours plus tard, le 7 septembre, il se retrouve engagé dans une nouvelle opération dans la vallée de Tagab, au village de Mobayan. Le dispositif français comprend notamment des soldats du 1er RCP et du 17e régiment du génie parachutiste (17e RGP) de Montauban, au sein du « Battle Group Raptor ».
« Ma première vision est Walter blessé »
Ce 7 septembre, les militaires français sont violemment pris à partie par des insurgés afghans. Probablement des talibans. Le lieutenant Valéry Tholy, du 17e RGP de Montauban, est mortellement touché au cours des combats. Plusieurs autres militaires sont blessés, dont Walter. Des années plus tard, Kévin, ancien du 1er RCP et membre du groupe commando engagé ce jour-là, a livré son témoignage sur LinkedIn. Il raconte l’explosion d’une grenade au milieu du groupe : « Ma première vision est Walter blessé. » À quelques mètres, écrit-il, le Montalbanais Valéry Tholy gît au sol.
Grièvement blessé, Walter devra attendre deux ans avant de rejoindre le 3e RPIMa de Carcassonne. Une nouvelle étape dans le parcours de ce parachutiste, marqué par les combats de Kapisa et par cette journée du 7 septembre 2011 à Mobayan.













