Le premier tour des élections municipales a rebattu les cartes à Toulouse. Arrivé en tête, le maire sortant Jean-Luc Moudenc devra affronter au second tour une gauche finalement unie derrière François Piquemal. Pour le politologue David Gouard, tout se jouera désormais sur un facteur décisif : le comportement des électeurs socialistes.
Dimanche 15 mars 2026, les électeurs toulousains ont livré un premier verdict. Le maire sortant Jean-Luc Moudenc est arrivé en tête du scrutin avec 37,23 % des suffrages, devant le candidat de La France insoumise François Piquemal (27,56 %) et le socialiste François Briançon (24,99 %), selon les résultats définitifs publiés dans la nuit par le ministère de l’Intérieur.
À l’issue du dépouillement, les têtes de liste de “Demain Toulouse” et “Vivre mieux” ont annoncé la fusion de leurs équipes en vue du second tour. Cette alliance ouvre la voie à un duel inédit face au maire sortant et rebattent les cartes politiques dans la Ville rose. Pour David Gouard, politologue et maître de conférences à l’université Toulouse-Jean Jaurès, ce premier tour a déjà livré plusieurs enseignements inattendus.
Une surprise dans l’ordre d’arrivée à gauche
Premier point marquant : la hiérarchie entre les deux principales listes de gauche. « C’est un résultat plutôt inattendu, parce qu’on imaginait plus facilement que ce soit la liste de François Briançon qui arrive devant la liste de François Piquemal », analyse le politologue. Plusieurs sondages réalisés avant le premier tour plaçaient en effet le candidat socialiste légèrement devant l’insoumis. Mais l’écart final s’est inversé dans les urnes.
Selon David Gouard, ces décalages ne sont pas si rares lors d’élections locales. « Les sondages municipaux sont souvent moins fiables que ceux réalisés pour des élections nationales », explique le maître de conférence. « Ils sont souvent réalisés sur des échantillons plus faibles, autour de 500 personnes, ce qui augmente mécaniquement les marges d’erreur. » À cela s’ajoute une autre difficulté : anticiper la participation. « Beaucoup d’électeurs prennent leur décision dans les derniers jours de campagne et il est toujours difficile de savoir précisément qui va voter ou non », souligne le co-auteur de “Les élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024 en Occitanie” publié dans la revue Pôle Sud.
Une union de la gauche qui change la donne
Ce lundi, François Piquemal et François Briançon ont annoncé la fusion de leurs listes. Celle-ci reposerait notamment sur une répartition des responsabilités : en cas de victoire, François Piquemal deviendrait maire de Toulouse tandis que François Briançon prendrait la présidence de Toulouse Métropole. Pour David Gouard, ce compromis est logique. « Pour La France insoumise, l’objectif est de gagner une grande ville, ce qui donnerait une visibilité nationale importante », analyse-t-il. « Et du côté du Parti socialiste, récupérer la présidence de la métropole permettrait de conserver un réseau d’élus et un rôle politique central. » La stratégie est donc claire : transformer la division du premier tour en dynamique de rassemblement.
Mais malgré cette union, rien n’est joué. Pour le spécialiste de la politique locale, le résultat du second tour dépendra d’un électorat précis. « Les socialistes ont les clés du scrutin », affirme David Gouard. Sur le papier, l’arithmétique électorale semble favorable à la gauche. « Si le report de voix est parfait, la gauche doit gagner », estime-t-il. Mais la réalité électorale est souvent plus complexe. « Les rapports sont parfois très difficiles entre les électeurs socialistes et ceux de La France insoumise », observe le politologue, avant d’ajouter : « Je ne suis pas sûr, loin de là, que tous les électeurs socialistes se reportent automatiquement sur la liste de François Piquemal. » Certains pourraient choisir l’abstention, le vote blanc… ou se tourner vers Jean-Luc Moudenc.
Un socle solide mais peu de réserves pour Moudenc
Le maire sortant reste malgré tout en position de force à l’issue du premier tour. « Moudenc réalise un bon résultat avec 37 % », reconnaît David Gouard. Ce score correspond à la base électorale que le maire sortant est parvenu à construire depuis son arrivée au Capitole en 2014. Mais ce socle pourrait être insuffisant. « Il a très peu de réserves de voix », souligne le politologue. En dehors des électeurs de droite et du centre déjà mobilisés au premier tour, Jean-Luc Moudenc devra donc désormais tenter d’élargir son électorat.
Autre élément à surveiller : la participation. Selon les chiffre du ministère de l’Intérieur, le premier tour a enregistré 56,50 % de participation à Toulouse, un niveau relativement élevé pour une grande métropole. Pour David Gouard, cette mobilisation pourrait encore évoluer au second tour. « Lorsqu’un enjeu important apparaît, on observe souvent un regain de participation électorale », explique-t-il. Cette mobilisation supplémentaire pourrait venir de certains segments de l’électorat. « Les jeunes et les quartiers populaires votent souvent de manière plus intermittente. Mais lorsqu’ils se mobilisent, ils votent majoritairement à gauche. » Une dynamique qui pourrait jouer en faveur de la liste d’union menée par François Piquemal. Dans ce contexte, tout dépendra de la capacité des deux camps à mobiliser leurs électeurs au second tour.


















