Depuis le 9 août 1922, les gorges de la Save, au sud de la Haute-Garonne, sont associées à la célèbre Vénus de Lespugue. C’est dans une grotte de ce défilé de 2,3 kilomètres, creusé par la rivière dans un massif calcaire et dominé par le village de Lespugue, que la petite statuette gravettienne en ivoire de mammouth a été découverte.
Conservée au Musée de l’Homme, à Paris, cette sculpture datée d’environ – 25 000 ans, est l’une des représentations féminines les plus connues de l’art préhistorique. La présence, dans ses gorges étroites au patrimoine naturel remarquable, de nombreux abris et cavités occupés depuis le Paléolithique, ont valu au site d’être inscrit et classé au titre des Monuments historiques.
C’est dans ce contexte que le conseil départemental de la Haute-Garonne a entamé le 19 janvier des travaux de sécurisation en vue de la réouverture partielle du site, dès le printemps, aux piétons et aux cyclistes. Les gorges de la Save ont en effet été interdites à la circulation automobile en 2015 et aux promeneurs, en 2018, en raison de risques de chutes de pierres et de glissements de terrain.
Leur fermeture s’est matérialisée à l’été 2024 par la pose de barrières et d’un muret en béton pour en bloquer les deux entrées. Riverains, élus et habitants des villages de Lespugue et Montmaurin se sont aussitôt mobilisés pour demander la réouverture du site et la requalification de la route en sentier de randonnée.
Rendre le sentier accessible aux piétons
Mais alors que le Département vient de lancer un chantier de 260 000 euros pour sécuriser un premier tronçon de 600 mètres et le rendre de nouveau accessible aux piétons, la colère de certains ne faiblit pas. Le collectif de Sauvegarde des gorges de la Save dénonce des « travaux surdimensionnés et destructeurs » qui vont, selon lui, « défigurer » le site protégé.
Le collectif s’appuie sur le rapport d’un expert-judiciaire spécialisé dans la gestion des risques naturels, qui pointe des « biais de méthode » dans les études sur lesquelles s’appuie le Département pour les travaux et une « surestimation significative du niveau de risque lié aux aléas rocheux ».
« Une réserve archéologique pour les générations futures »
Pour sa présidente, la préhistorienne Nathalie Rouquerol, co-auteure d’un ouvrage et d’un documentaire sur la Vénus de Lespugue, « la réouverture ne peut se faire au prix d’un saccage écologique, patrimonial, paysager et archéologique ». « Ces gorges sont un lieu de nature rare et fragile, une perle environnementale et une réserve archéologique pour les générations futures. Des dizaines de cavités ont révélé des vestiges remontant à 35 000 ans jusqu’au Moyen Âge. D’autres sites masqués pourraient être endommagés par les travaux », alerte Nathalie Rouquerol.
La préhistorienne met en cause les opérations de déroctage et aussi la pose d’une centaine de boulonnages sur les falaises pour fixer les filets et grillages métalliques. « Quelques purges manuelles suffiraient. Il aurait surtout fallu que le Département entretienne le site, ce qu’il n’a pas fait depuis 2006 », affirme Nathalie Rouquerol qui en appelle aux services du patrimoine de l’État.
De son côté, la collectivité justifie les travaux engagés, qui ont obtenu, souligne-t-elle dans un communiqué de presse, « toutes les autorisations administratives dont une autorisation spéciale ministérielle ». « Ouvrir le site sans travaux de sécurisation serait irresponsable et engagerait la responsabilité des collectivités locales en cas d’accident », maintient le Département sur la base des études réalisées à partir « de méthodologies d’analyse conformes aux normes en vigueur ». En réponse aux inquiétudes du collectif, il précise que les parcelles sur lesquelles se situent les travaux « ne figurent pas dans une zone de prescriptions archéologiques ».























