Le coût de la ligne C du métro de Toulouse fait de nouveau débat. Estimé à 2,6 milliards d’euros en 2017, le projet atteint désormais 3,7 milliards d’euros. Si pour l’opposition métropolitaine, il s’agit là d’un dérapage financier, la majorité et Tisséo se justifient et avancent une toute autre interprétation de cette hausse. Explications.
« Le coût de la future ligne C du métro de Toulouse explose », estiment les élus de l’opposition métropolitaine. Lors du conseil de Toulouse Métropole du 18 juin dernier, consacré notamment au vote du compte administratif 2025 et du budget supplémentaire 2026, plusieurs d’entre eux ont ainsi pointé l’augmentation du montant consacré à ce chantier majeur des mobilités toulousaines.
L’opposition dénonce une facture alourdie
Pour les élus écologistes, l’évolution du coût du projet soulève des interrogations sur sa trajectoire financière. « En 2016, vous aviez annoncé un coût de 2,6 milliards d’euros. Aujourd’hui, nous constatons que le montant du projet se monte à plus de 3,7 milliards d’euros », a ainsi souligné Sophie Boubidi, élue du groupe Métropole Écologiste. Soit plus d’un milliard de plus à mettre dans l’enveloppe dédiée au financement de ce projet.
Cette augmentation intervient alors que la ligne C constitue déjà le plus important investissement de l’histoire de Toulouse Métropole en matière de transports. Le projet, porté depuis son origine par le maire de la Ville rose et président de la Métropole, Jean-Luc Moudenc, représente l’axe central de la stratégie de développement des mobilités sur le territoire.
Au-delà du coût global du chantier, certains élus de la Métropole s’inquiètent également de son impact sur les finances de la collectivité. Marc Péré, maire de L’Union, a notamment mis en avant la progression de la contribution financière versée par Toulouse Métropole à Tisséo pour absorber le surcoût : « En quelques années, le financement de la troisième ligne de métro a fait exploser la contribution versée par la collectivité à Tisséo : 173 millions d’euros en 2026, 190 millions en 2027 et plus de 200 millions d’euros en 2028 ». À titre de comparaison, cette participation s’élevait à 104 millions d’euros seulement quatre ans auparavant.
La majorité invoque l’inflation et l’évolution du projet
Face aux critiques, la majorité métropolitaine assume l’augmentation de l’enveloppe financière tout en contestant l’idée d’un dérapage budgétaire. Pour Vincent Terrail-Novès, maire de Balma et membre du groupe Métropole d’Avenir, le contexte économique des dix dernières années explique largement cette évolution. « Nous avons subi la flambée du coût des matériaux, le retour de l’inflation après plusieurs années de stabilité ainsi que la hausse des taux d’intérêt », énumère-t-il.
Jean-Luc Moudenc a lui aussi défendu cette analyse lors du conseil métropolitain. Selon le président de Toulouse Métropole, les conditions économiques ont profondément changé depuis le lancement du projet, rendant inévitable une réévaluation financière.
La majorité souligne également que le projet a considérablement évolué depuis sa conception initiale. « Au début, ce métro ne devait concerner que Toulouse. Désormais, il est métropolitain (la ligne desservira les villes de Colomiers, Blagnac et Labège, NDLR) ce qui a doublé le linéaire », rappelle Jean-Luc Moudenc, portant son tracé à 27 kilomètres. Selon Jean-Luc Moudenc, cet élargissement du périmètre explique une partie significative de l’augmentation des coûts observée depuis les premières estimations.
Tisséo distingue coût de référence et coût actualisé
Pour répondre aux interrogations, Tisséo a tenu à clarifier les chiffres avancés dans le débat public. Le gestionnaire des transports de l’agglomération toulousaine indique que le coût de référence du projet était évalué à 2,6 milliards d’euros en valeur 2017, lors des premières études. Après l’enquête publique et la prise en compte de plusieurs évolutions techniques et réglementaires, le comité syndical de Tisséo a validé en février 2023 une augmentation de l’enveloppe financière. Le coût de référence du projet a alors été fixé à 3,151 milliards d’euros hors inflation, un montant qui, selon Tisséo, demeure stable depuis cette date malgré l’avancement des travaux.
L’organisme insiste sur la différence entre cette valeur de référence et le montant de 3,7 milliards d’euros régulièrement évoqué. Ce dernier correspond à une actualisation financière tenant compte de l’évolution des prix depuis 2017 et des prévisions d’inflation jusqu’à la livraison de l’infrastructure. Autrement dit, selon Tisséo, il ne s’agit pas d’un nouveau surcoût lié à une modification du projet mais « d’une traduction du même investissement en euros 2026 ».
Tisséo compare cette méthode à celle utilisée pour d’autres grands projets d’infrastructures en France, comme le Grand Paris Express ou les futurs Services express régionaux métropolitains (SERM), dont les coûts sont eux aussi exprimés selon différentes bases de calcul.
Un financement présenté comme sécurisé
Malgré les interrogations sur son coût, la ligne C reste le projet phare des mobilités dans l’agglomération toulousaine. Tisséo assure que près de « 75% des emprunts nécessaires à son financement ont déjà été sécurisés auprès des établissements bancaires et des investisseurs ». L’organisme affirme également suivre de près l’évolution des taux d’intérêt et de l’inflation afin de préserver l’équilibre financier de l’opération.
Reste que le débat sur le coût réel de la troisième ligne de métro devrait continuer d’alimenter les échanges politiques jusqu’à sa mise en service, prévue à l’horizon 2028, tant l’investissement engagé demeure inédit pour l’agglomération toulousaine.










