Trente ans après sa disparition à Agen, à sa sortie de l’école le 14 novembre 1996, l’enquête sur Marion Wagon continue de mobiliser la justice. Transféré au pôle « cold case » de Nanterre, le dossier a été repris à zéro par la juge d’instruction Sabine Khéris. Des pistes s’éloignent, notamment celle du tueur en série Michel Fourniret, d’autres, plus locales, apparaissent. « Un vrai travail de fond », se réjouit Me Robin Senié-Delon, conseil des parents de la jeune fille. Explications.
Une histoire sans fin mais un espoir enfin ravivé. En chemin vers son domicile pour déjeuner le jeudi 14 novembre 1996, à Agen, Marion Wagon, 10 ans, a disparu entre son école et sa résidence. Ce crime, probable, peut-il encore être élucidé ? Après plus de 26 ans d’errance, de querelles police-gendarmerie et d’échecs successifs, les investigations progressent à nouveau.
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La saisine du pôle « cold case » de Nanterre en septembre 2022 a remis les investigations dans l’ordre. Avec une juge d’instruction, Sabine Khéris, qui propose une approche différente. Et pas seulement dans le dossier.
Une nouvelle juge très à l’écoute
« Au printemps 2023, j’ai reçu un coup de téléphone. Au bout du fil, la juge d’instruction, raconte Me Robin Senié-Delon, l’avocat toulousain de la famille de l’enfant. Elle m’annonce qu’elle veut rencontrer les parents de Marion. Je pense à un rendez-vous, à Nanterre, dans son cabinet. Non, elle a débarqué à Agen avec sa greffière ! »
Une visite non pas pour entendre les parents. « Juste les écouter. Elle avait déjà une connaissance pointue du dossier et, avant le rendez-vous, elle avait pris le temps de parcourir le chemin emprunté par Marion à la sortie de l’école Sembel », confie l’avocat de la famille, présent avec Georges Catala à ce rendez-vous informel. « Lors de cette première rencontre, avec sa greffière, elles nous ont soufflés », admet Me Senié-Delon.
Juge d’instruction et greffière, duo indissociable « et très complémentaire », estime Me Georges Catala, sont revenues voilà un peu plus d’un an sur les lieux du crime. Nouvelle visite chez les Wagon, en périphérie d’Agen. « Toujours avec la même attention, la même patience pour les aider à se confier », se souvient leur avocat.
Ce cri d’enfant sorti du silence
Un art de l’écoute, et du silence, qui a permis une confidence surprenante de Françoise, la maman. « Elle a évoqué un cri de sa fille entendu ce matin-là… » Un détail sorti de sa mémoire profonde qui accrédite une nouvelle hypothèse. Celle d’un jeune homme, qui résidait aux « Pradines » où Marion grandissait. Un homme accusé de viol sur mineur un an après la disparition de l’enfant, et qui s’est suicidé en 1998.
« Les trois chiens qui ont été amenés à suivre la piste de Marion, depuis sa sortie de l’école, se sont tous arrêtés devant le même local de la résidence », rappelle le conseil. Le ravisseur se tenait-il là, à l’affût ? Et si c’était ce jeune homme ? La juge refuse de manquer la moindre opportunité. « Des prélèvements ont été réalisés dans ce lieu », confirme Me Senié-Delon. Une opération menée discrètement avant l’été. Ils sont en cours d’analyse.

L’ADN de Marion reconstitué et disponible
Ces analyses sont rendues possibles par une autre mission menée par la juge de Nanterre. Confrontée à la disparition de l’ADN de Marion, mal conservé et inexploitable au fil des années (!), elle fondait des espoirs sur des nouveaux prélèvements réalisés avant sa saisine par les gendarmes. « Ils avaient récupéré, chez les parents, un cahier et une flûte à bec », explique Me Senié-Delon. Échec des recherches scientifiques.
Pas découragée, la juge a alors passé une deuxième vitesse et saisi le laboratoire bordelais du professeur Doutremepuich, spécialiste des traces génétiques. Eux ne se sont pas contentés de deux essais. « Ils ont récupéré les cinq cartons où les parents conservaient les affaires de Marion. Avec 800 prélèvements (!) et de la patience, ils ont réussi à reconstituer l’ADN ! », savoure l’avocat de la famille. Un point important, intervenu en février 2025, 29 ans après la disparition de Marion.
Cette trace génétique, avancée majeure, permet désormais de réaliser des comparaisons. Notamment avec les ADN inconnus qui ont été retrouvés, par exemple, dans le fourgon de Michel Fourniret, auteur de douze crimes d’enfants. Une piste toujours active mais qui s’éloignerait. Parce qu’à l’automne 1996, le tueur des Ardennes ne se trouvait pas en Aquitaine et en Lot-et-Garonne selon l’historique de son parcours. Alors qui ?
« La piste du voisin est devenue la priorité », confie Me Senié-Delon. Vers une solution ? « On n’ose le dire, et même l’espérer », prévient l’avocat. « Les progrès techniques sur la génétique ouvrent des opportunités nouvelles », veut croire le conseil. Et la juge, toujours aussi déterminée, ne laisse rien de côté.
Surtout pas ce suspect au profil inquiétant, entendu au début des investigations, puis oublié. Et même d’autres pistes plus aléatoires, voire loufoques. Avec l’espoir, enfin, d’apporter une réponse aux parents de Marion, à sa grande sœur et à son frère qui l’attendent depuis trente ans.
















