Déjà un parfum de foire d’empoigne. À l’occasion de la première séance du Conseil municipal de Toulouse, ce vendredi 27 mars 2026, cinq jours après le second tour des élections municipales qui s’est soldé par une nouvelle victoire du maire sortant (53,87 %), les retrouvailles ont tourné au règlement de comptes, devant un public venu nombreux pour assister aux premières escarmouches opposant le premier magistrat Jean-Luc Moudenc (DVD) au député et désormais chef de file de l’opposition, François Piquemal (LFI).
« Mettre la division de côté, apaiser »…
Tout avait pourtant bien commencé. « J’espère que la symbolique de cette maison vous inspirera », a lancé Jean-Luc Moudenc en préambule, quelques instants après avoir enfilé l’écharpe de maire des mains de Jean-Paul Bouche, doyen de l’assemblée. Car « après la bataille, il faut mettre la division de côté, apaiser », a soufflé le locataire du Capitole. Rappelant que sur le porche d’entrée de l’Hôtel de Ville « cohabitent pacifiquement le symbole de la République et les armoiries du royaume de France », il s’est adressé aux élus qui venaient de traverser la cour Henri IV, et passer devant le buste de cet « homme de réconciliation après une guerre de religion d’une violence inouïe » qui avait tant divisé le pays : « La leçon d’Henri de Bourbon, c’est de respecter les différences ».
Il n’y a pas de démocratie sans opposition, sans débat. Et comme nous sommes à Toulouse où même les mémés aiment la castagne, il faut accepter que ce débat soit vif.
« Les élections sont passées », a évacué le maire réélu, affichant sa volonté de se « mettre au service de tous les Toulousains ». S’adressant spécifiquement aux électeurs de François Piquemal, il a ajouté : « Nous serons à votre service pareillement ».
Une victoire sur les « minables arrangements politiciens nocturnes »
Mais le ton du vainqueur de la course au Capitole a vite changé. « La France entière nous a regardés et le peuple toulousain a parlé », a-t-il enchaîné, faisant allusion à un entre-deux tours sous les feux des projecteurs dans la Ville rose. « Une fois encore et c’est heureux, la démocratie toulousaine a triomphé avec une participation record que nous n’avions pas vue depuis un quart de siècle », ce qui confère à ses yeux une vraie « légitimité » à ce conseil. Puis il a asséné :
Une fois encore, le peuple toulousain a imposé sa liberté par rapport aux minables arrangements politiciens nocturnes, dont le but était de piétiner les convictions pour se répartir les sièges.
Moudenc se targue du meilleur score des 11 plus grandes villes de France
« La vérité de ces résultats » du second tour des Municipales, a soulevé Jean-Luc Moudenc ce vendredi, « c’est que dans les 11 villes les plus importantes de France, celles de plus de 200 000 habitants, c’est la liste Protégeons l’avenir de Toulouse qui réalise le meilleur score, malgré une sociologie qui aurait dû la placer en bas de ce tableau… ». Les 92 152 voix qui se sont portées sur son nom (contre 78 925 pour François Piquemal) font dire au maire réélu que « dans l’histoire des scrutins municipaux, jamais une liste n’a obtenu autant de suffrages. C’est dû aux mérites des uns et des autres, mais aussi, reconnaissons-le, à la croissance démographique ».
« Quel soulagement, nous l’avons échappé belle »
« Quel soulagement, nous l’avons échappé belle », s’est ensuite épanché Jean-Luc Moudenc : « Le triste et inquiétant spectacle de maires ou élus insoumis aux commandes d’un certain nombre de villes montre ce qu’il se serait passé dans notre ville et que nous avons empêché ». Il a notamment évoqué la situation de Saint-Denis, 2e commune d’Île-de-France, qui s’apprêterait selon ses dires à devenir « un Eldorado de la délinquance », le nouveau maire (LFI) Bally Bagayoko ayant annoncé dès son élection le désarmement progressif des policiers municipaux.
« Nous combattrons le Mélenchonisme » a claironné Jean-Luc Moudenc
« Lorsque les insoumis prennent une ville, l’équipe sortante part sous les huées, les quolibets, l’irrespect », a embrayé Jean-Luc Moudenc. « La France insoumise n’est pas un parti comme les autres, c’est un parti antidémocratique », a-t-il tonné, appelant à « faire barrage à toutes les élections à cette force ô combien dangereuse ».
Les Toulousains ont eu la lucidité de ne pas tomber dans un tel précipice.
« Nous combattrons le Mélenchonisme et ceux qui se sont soumis aux insoumis », a-t-il tonné, plus incisif que jamais à l’issue de sa troisième victoire consécutive aux Municipales : « Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores ».
« M. Moudenc, vous vous êtes soumis vous aussi au mouvement Reconquête d’Éric Zemmour », lui rappellera quelques instants plus tard François Piquemal, au moment de sonner la réplique.
« Vous avez vite relancé la bataille », sourit François Piquemal
« Après avoir dit que la guerre était finie, vous avez vite relancé la bataille », a feint de s’étonner François Piquemal en retour. « Votre victoire est plus fragile qu’elle n’en a l’air, car elle n’a pas été bâtie sur un programme, mais sur la peur, les fake news », a pointé le désormais chef de file de l’opposition insoumise, avant de regretter : « Nous avons atteint un nouveau seuil de violences lors des cérémonies en hommage aux victimes des attentats du 19 mars dernier », où le candidat Piquemal, deux autres députés insoumis et leurs alliés socialistes ont été invectivés et sèchement pris à partie (et ils ont porté plainte depuis, NDLR). « Quand on va à une commémoration d’un événement comme ça, après avoir porté pendant des mois la voix de Jean-Luc Mélenchon, on ne peut pas s’étonner », rétorquera Sacha Briand, porte-parole de la majorité.
« Notre opposition sera force de proposition »
« Un élan et un espoir sont nés dans cette campagne », a par ailleurs soulevé François Piquemal ce vendredi, juste avant de demander à Jean-Luc Moudenc s’il tiendrait ses promesses, et s’il reprendrait… quelques engagements phares de sa liste Demain Toulouse : « Allez-vous mettre en place la gratuité des transports pour les moins de 26 ans et encadrement des loyers ? » a-t-il questionné. « Notre opposition sera force de proposition » pour la Ville rose. « Une telle grossièreté, un tel vol moral, je ne m’y résoudrai pas », ripostera Jean-Luc Moudenc, qui n’entend sans surprise « passer outre la volonté des Toulousains qui ont choisi autre chose ».
« Nous reviendrons », conclut François Piquemal
Le député insoumis a terminé son intervention en citant Jean Jaurès (qui avant d’être député socialiste, avait été élu dans ce même conseil municipal de Toulouse entre 1890 et 1893, NDLR) :
L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir.
Et de conclure : « Nous reviendrons ».

« J’ai agi sans renier mes convictions », dit François Briançon
Accusé par Jean-Luc Moudenc d’avoir « fait le choix » de « la défaite dans le déshonneur », le socialiste François Briançon, 3e homme du scrutin et qui s’est allié à l’insoumis au lendemain du premier tour, s’est pour sa part tenu relativement à l’écart de cette première bataille verbale.
« J’ai agi sans renier mes convictions », a-t-il simplement défendu, « au nom des huit élus de la Gauche unie », du nom de sa liste au premier tour : « Je forme le vœu que vous sachiez prendre soin des Toulousaines et des Toulousains ».
« L’ambulance » Briançon et le carburant à énergie Piquemal ?
« Deux listes se constituent (dans l’opposition, NDLR), c’est la preuve que cette union, qui était un mariage de la carpe et du lapin, n’aurait pas tenu », a attaqué le porte-parole de la majorité Sacha Briand. S’il s’est refusé à « tirer sur l’ambulance » Briançon, le porte-parole de la majorité a surpris en remerciant le candidat Piquemal : « Grâce à vous, nous avons retrouvé de l’énergie », a-t-il soufflé, au sortir de « la plus intense des trois campagnes municipales » qu’il a menées avec la droite locale.
« Cette campagne m’a fait beaucoup de bien », a renchéri Jean-Luc Moudenc lui-même. « Cela m’a permis de me remettre en question et de redémarrer sur de meilleures bases ».
« Ça s’est effectivement très bien passé », s’amuse Jean-Luc Moudenc
« Votre vœu a été réalisé au-delà de toute espérance, ça s’est effectivement très bien passé », a enfin lancé le maire à l’endroit de François Piquemal, citant une interview accordée par son rival à Actu Toulouse à l’avant-veille du second tour, dans laquelle ce dernier assurait « Je tiens à apaiser M. Moudenc : ça va bien se passer ».
Évoquant un autre entretien réalisé à l’issue du scrutin, le maire a rempilé : « Chacun voit bien que vous vous victimisez, que vous estimez que votre défaite n’est pas liée à un rejet de vos propositions et à une adhésion aux nôtres… Quel mépris », a soupiré Jean-Luc Moudenc : « Je vous invite à abandonner les habits du mauvais perdant que vous êtes ».
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