Il allait prendre son service de nuit lorsqu’il a été chargé au dépôt par un animal tapi dans les herbes hautes. Chauffeur de bus chez Tisséo, Frank, 56 ans, a vécu « une grosse frayeur ». L’histoire.
« Ça fait 35 ans que je fais ce métier, mais c’est clairement ma plus grosse frayeur professionnelle ». Avec ses milliers de kilomètres au compteur, Frank Delpérier a tout vécu ou presque au volant de son bus Tisséo.
« Je dessers les quartiers sensibles, de nuit »
« Depuis onze ans, je dessers les quartiers sensibles, de nuit. Je m’attends à tout. Me faire insulter, ça m’est déjà arrivé. On passe près de points de deal. Je ne me suis jamais fait agresser, même si j’y pense tous les jours. Mais alors ça… ».
Le syndicaliste de 56 ans arrivait au travail, vendredi soir. « J’attaque à 18 h 42. C’est le service huit du Linéo 1 », relate-t-il. Au volant de son véhicule personnel, il se gare vers 18 heures sur le parking du personnel, au dépôt de Colomiers, près de Toulouse. « J’emprunte le chemin piétonnier où je badge et là j’entends des bruits sourds et répétés, comme un outil qu’on passerait sur une grille en fer ».
« Il a baissé la tête et m’a foncé dessus »
Dans ce recoin où se nichent bâtiments syndicaux et transformateur électrique, « l’herbe monte à un mètre du sol ». Soudain, un animal lui fonce dessus. « Je ne l’ai vu que lorsqu’il s’est trouvé à un mètre de moi. Je lui ai presque marché dessus. Ça a dû l’effrayer Je l’ai vu baisser la tête et me foncer dessus », raconte Frank, encore « flagada » de son propre aveu, deux heures tout juste après sa mésaventure.
Ce qu’il prend tout d’abord pour un cerf serait au final un chevreuil. « Il faisait 1,5 m de haut, j’ai failli prendre ses deux cornes pointues dans le ventre. Je l’ai évité de justesse ». L’animal affolé tente de s’extraire du piège dans lequel il est entré par mégarde. Une bande de terrain de quatre mètres sur dix. « Il mettait des grands coups de tête dans le mur en face, j’ai cru qu’il allait s’assommer sur les grilles ». Il finit par passer par le portail ouvert.
Photo ratée !
Le chauffeur pense un temps ne pas pouvoir travailler. « J’ai eu une pointe au cœur. Et je me suis repris. J’ai relativisé en pensant aux gens qui se font agresser, des choses plus graves. Ce mort, le week-end dernier, aux Izards ». Il avise sa hiérarchie. « Ma directrice a dit que c’est une période où les cervidés mangent des bourgeons qui les rendent comme ivres ou drogués et qu’après, ils font n’importe quoi ».
Frank tente de dégainer son téléphone pour immortaliser l’animal après avoir échappé à sa charge. Trop tard. « Il n’y a rien sur ma photo », s’amuse-t-il. « Un collègue mécano m’a dit que l’un d’eux s’était tué il n’y a pas longtemps en tapant contre le grillage », soupire-t-il.
Un petit coup de tondeuse ?
Vers 21 h 30, pendant sa tournée, il reçoit un message rassurant. « Le chevreuil a pu être évacué du parking syndicat. Portail refermé ». Frank estime qu’un petit coup de tondeuse ne serait pas de trop. « Il était caché dans les herbes hautes. Peut-être venait-il manger ? Enfin, tu ne t’attends pas à ça en venant au boulot… ».

















