Une tension croissante pour accéder au logement social dans l’agglomération de Toulouse (Haute-Garonne) malgré des efforts pour en construire davantage et une situation plus difficile pour les ménages les plus modestes : c’est ce qui ressort d’une enquête menée par la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie sur le contrôle des 5 établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) du Grand Toulouse, regroupant 114 communes et 1,1 million d’habitants.
Les quatre bailleurs sociaux les plus importants en nombre de logements gérés, à savoir OPH Toulouse Métropole Habitat, SA des Chalets, Patrimoine SA Languedocienne et SA Promologis, ont été contrôlés, sur la période 2019 à 2024.
Un territoire très attractif
Territoire attractif avec près de 12 000 habitants supplémentaires par an, l’agglomération toulousaine a connu une hausse de la demande de logement social de plus de 31 % depuis 2019. Près de 55 000 ménages ont demandé un logement social en 2024. « Il y a une attribution pour 5 demandes en 2023 contre 3 demandes en 2019, détaille Olivier Pages, président de la première section de la CRC Occitanie. Toulouse est placée en zone A, c’est-à-dire la plus tendue en France, après la région parisienne. 31 % des demandes correspondent à des personnes seules et 41 % à des personnes seules avec enfant. Toulouse était sous-dotée en logement social et, malgré un effort de rattrapage ces dernières années, cela reste insuffisant par rapport au dynamisme de l’agglomération. »
Entre 2000 et 2008, environ 1 000 logements étaient ainsi construits chaque année. Un chiffre multiplié par trois puisque les EPCI ont intégré dans leurs programmes locaux de l’habitat (PLH) des objectifs de production à hauteur de 3 000 logements locatifs sociaux par an et privilégié une offre destinée aux ménages les plus modestes. Mais depuis 2020, le nombre de projets de construction a baissé à cause de l’augmentation du prix de l’énergie, de celui du foncier et des taux d’intérêt. La réalisation de logements destinés aux ménages de condition modeste a, par exemple, été inférieure de dix points aux objectifs.
Moins de rotations, pénurie de T2
Par ailleurs, le taux de rotation des ménages dans le logement social est passé de 8 % à 6,5 % en un an. Il faut désormais 16 mois de délai entre le dépôt de la demande et l’entrée dans le logement contre 13 mois en 2019. « Toulouse compte beaucoup de quartiers prioritaires et on constate que les gens restent plus longtemps qu’avant dans le logement social, il y a moins de rotations, donc les difficultés d’accès au logement social ont touché plus fortement les publics les plus fragiles, précise Olivier Pages. Ces publics n’ont bénéficié que de 26 % des attributions, proportion inférieure à l’objectif départemental, et les délais d’attribution les concernant se sont dégradés. » Chaque année, 9 300 entrées sont recensées dans les 86 227 logements sociaux de l’agglomération.
L’enquête pointe aussi une pénurie de logements T2, accentuant la tension entre l’offre et la demande. Les bailleurs sociaux, soumis à des contraintes financières fortes, font parfois le choix, en fin de période de livraison, de logements intermédiaires destinés aux classes moyennes. « Les bailleurs ont leur propre contingent, près de la moitié des attributions, pour lesquelles ils vont retenir les ménages les plus solvables afin d’assurer l’équilibre financier et social de leurs résidences, développe Marjorie Merliaud-Hubert, première conseillère à la CRC Occitanie. Ils doivent remplir des objectifs contradictoires comme avoir de la mixité sociale et aussi répondre à la rentabilité économique. Les EPCI, les bailleurs et l’État doivent ainsi mieux dialoguer pour ajuster leur politique de logement social. »














