La mairie de Toulouse lance une expérimentation contre le moustique tigre au cimetière de Terre-Cabade. Chaque semaine, 200 000 moustiques mâles stériles seront relâchés pour tenter de réduire la population d’insectes dans le secteur et ses alentours.
Une nouvelle méthode pour lutter contre le moustique tigre est en phase de test à Toulouse. Depuis ce mardi 26 mai, des moustiques mâles rendus stériles sont lâchés au cimetière de Terre-Cabade dans le cadre d’une expérimentation menée avec la société Terratis, basée à Montpellier.
La technique de l’insecte stérile employée ici repose entièrement sur le cycle de reproduction de l’espèce. Les nuisibles passent par un rayon X qui les rend inaptes à la reproduction.
« Les moustiques vont se disperser tout seuls, aller chercher les femelles sauvages et s’accoupler avec elles », explique Clelia Oliva, présidente et cofondatrice de Terratis. « Elles ne pondront que des œufs vides. Il n’y aura pas de descendance. Nous pourrons ainsi bloquer la prolifération des moustiques tigres. »
Terratis développe sa méthode depuis 14 ans. Elle est déjà appliquée sur des sites de Montpellier (Hérault) et Brive-la-Gaillarde (Corrèze).
Des lâchers de 200 000 moustiques chaque semaine
Au cimetière de Terre-Cabade, les équipes d’Altopictus, qui assurent la partie opérationnelle, prévoient de lâcher 200 000 mâles stériles par semaine, de mai à octobre. Attention : les moustiques mâles envoyés sur le terrain ne piquent pas les humains. Ce sont les femelles qui le font.
Les insectes seront libérés sur 30 points différents. Étant donné qu’un moustique a un rayon d’action d’environ 150 mètres, la zone traitée s’étend sur un total de 50 hectares, incluant le cimetière et ses abords.
Cette méthode pourrait permettre une baisse de 50 à 60% de la population de moustiques dès la première année, selon l’entreprise. Une réduction pouvant atteindre 80% est espérée la deuxième année.
- Pourquoi le site de Terre-Cabade a-t-il été choisi ? Celui-ci a été retenu car il constitue un terrain favorable au développement des moustiques tigres. « Il y a de l’ombre, et surtout beaucoup de pots de fleurs qui récupèrent l’eau stagnante », fait remarquer Clelia Oliva. « Les cimetières sont vraiment une source de production de moustiques. »
L’arsenal complet de la municipalité
« Il n’y a aucun dommage collatéral à cette technique sur la biodiversité », assure Annamaria Tripicchio-Rogier, conseillère municipale déléguée à l’animal dans la ville. « Tous nos papillons, nos libellules et tous les pollinisateurs ne seront pas impactés. »
Cette expérimentation s’ajoute à plusieurs dispositifs déjà déployés par la ville. Les autorités locales mettent en avant le choix de ne pas recourir aux pulvérisations d’insecticides utilisées dans certaines communes.
La municipalité mène la lutte contre le moustique tigre avec plusieurs outils :
- 65 bornes anti-moustiques installées dans différents sites ;
- 118 poubellariums déployés dans des écoles, crèches, cimetières et serres municipales ;
- 434 pièges-pondoirs répartis dans la ville ;
- des campagnes de sensibilisation ;
- des diagnostics des toits plats pour limiter les eaux stagnantes.
Selon la mairie, 168 écoles, soit 78% des établissements toulousains, sont équipées de pièges-pondoirs. Des crèches municipales et associatives sont également concernées.
Le rôle crucial des habitants
Tous les quartiers de Toulouse sont désormais concernés par la présence du moustique tigre. Implanté dans la région depuis une dizaine d’années, d’abord dans les zones méditerranéennes, l’insecte s’est progressivement étendu.
L’action municipale reste cependant limitée aux espaces publics. « L’espace vert géré par la mairie ne représente qu’environ 20% du total. Tout le reste est entre les mains des Toulousains », souligne Annamaria Tripicchio-Rogier. « Toute action municipale, aussi active qu’elle puisse être, n’est rien sans une action responsable des citoyens. »
Les habitants sont donc invités à éviter les eaux stagnantes dans les jardins, balcons et cours privés. C’est l’action la plus efficace au niveau de chacun.














