Un pot de départ a viré au drame à cause de l’alcool en octobre 2021, à Fronton. Une salariée, mère de famille de 56 ans, est morte écrasée par un collègue ivre. Le tribunal correctionnel de Toulouse a condamné deux anciens employés à des peines de prison avec sursis.
Comment un pot de départ s’est-il mué en tragédie ? Le 8 octobre 2021 fut pourtant une journée riche en émotions pour Isabelle. Il s’agissait, en effet, pour la propriétaire d’un supermarché de Fronton de plier le tablier après plusieurs décennies de bons et loyaux services.
Isabelle venait de vendre sa grande surface et, pour l’occasion, la quadragénaire avait convié l’ensemble de ses quarante salariés. L’ambiance était conviviale, on se remémorait des souvenirs non sans une certaine nostalgie très méridionale. Toutefois, certains invités avaient des velléités d’enivrement qu’ils comptaient bien assouvir. « Un petit groupe d’une dizaine de personnes se détache et va prendre des bouteilles d’alcool, ils vont vite être très ivres », relate la présidente du tribunal correctionnel de Toulouse lors de l’audience fin mai.
« Pas un jour sans penser à Véro… »
Parmi ce groupe, deux individus se trouvent au cœur du drame qui est sur le point de se nouer : Marc et Véronique, mère et jeune grand-mère de 56 ans. Vers 1 h 30, dans la nuit, cette dernière quitte le supermarché mais, du fait de l’alcool, elle s’allonge sur le sol. « Les analyses montrent un taux d’alcoolémie à 1,81 g/L d’alcool dans le sang », précise la magistrate.
Une vingtaine de minutes plus tard, Marc décide à son tour de rentrer à son domicile en voiture. « La vidéo de vous titubant montre à quel point vous n’étiez pas en état », tance la présidente. Celui qui est aujourd’hui prévenu d’homicide involontaire aurait dû, en effet, s’abstenir de prendre le volant. Sans la voir, ni même la sentir, il écrase sa collègue.
La voix vacillante, le corps entier secoué de tremblements, Marc saisit la barre du tribunal et parvient à s’exprimer. « Cela fait presque trois ans, et il n’y a pas un jour qui passe sans que je pense à Véro », bredouille l’homme de 42 ans. Mais le drame ne s’est pas arrêté là. C’est au tour d’Isabelle d’être soumise aux questions du tribunal : « Pourquoi n’avoir pas dit aux pompiers que Véronique s’était fait rouler dessus ? », pourfend la magistrate. « J’ai fait un déni de la situation. À partir du moment où les pompiers étaient là, je me suis dit que ça irait. » Une réponse que paraphrase Marc.
La victime aurait dû être sauvée
Seulement, un rapport d’expertise accable les coprévenus : si les secours avaient su de quoi Véronique avait été réellement victime, son décès aurait été une éventualité faiblement probable : 16 %. « À 6 h 30, les médecins se sont rendus compte qu’elle faisait une hémorragie interne, il était déjà trop tard. Si vous les aviez prévenus, elle serait peut-être parmi nous », reproche la présidente.
En partie civile, Me Nicolas Raynaud s’emploie à donner corps à la souffrance des proches de Véronique. Dans son sillage, le procureur requiert dix-huit mois de prison avec sursis pour Marc et six mois de prison avec sursis pour Isabelle. En défense, Mes Amélie Villageon-Saboya et Élodie Cipière tâchent de mettre en perspective cette soirée tragique tout en faisant œuvre d’empathie avec l’autre côté de la barre.
Après délibéré, le tribunal condamne Marc à vingt-quatre mois de prison avec sursis pour homicide involontaire et Isabelle à un an de prison avec sursis pour non-assistance à personne en danger.













