Carole Delga s’est rendue ce jeudi 21 mai à Carcassonne. L’objectif : discuter de la décision du maire Rassemblement National de Carcassonne, Christophe Barthès, de priver plusieurs syndicats de leurs locaux municipaux. Une affaire qui dépasse désormais les frontières de l’Aude et agite jusqu’au gouvernement.

Tout commence le 30 avril dernier, lors du conseil municipal de Carcassonne. En fin de séance, le maire Christophe Barthès (Rassemblement National) lâche une annonce qui va faire l’effet d’une bombe : il met fin à la mise à disposition gratuite de locaux communaux pour plusieurs syndicats. Motif invoqué ? Ces organisations se sont opposées à son élection lors des Municipales.
Ils avaient notamment participé à une manifestation organisée la veille, le 29 avril 2026. Le maire de Carcassonne s’explique : « Ces syndicats nationaux ont profité trop longtemps des largesses des contribuables carcassonnais. »
Sont directement visées la CGT, la CFDT, Sud Solidaires et la FSU. La CGT, qui occupe la Bourse du travail de Carcassonne depuis 89 ans, est directement visée. C’est le maire Albert Tomey, radical-socialiste, qui avait accordée un bail gracieux en 1937. Christophe Barthès n’est pas dans cette ligne. Il évoque un « bâtiment évalué à 285 000 € pour lequel la CGT ne verse pas un centime ». Le maire RN exige ainsi la restitution des locaux dès la semaine prochaine. Il confie : « Je n’ai rien contre les syndicats communaux, mais ici, il s’agit de syndicats départementaux et nationaux, ils ont largement les moyens. » Il joint les paroles aux actes, et le 4 mai, un courrier officiel tombe : le maire enclenche formellement la procédure d’expulsion, rappelant que l’occupation d’un bien communal est « précaire et révocable ».
Sophie Trochet, secrétaire générale CGT, nous confirme avoir reçu une lettre : « Nous sommes pour l’instant les seuls à l’avoir reçue, nous avons jusqu’au 1ᵉʳ juin pour quitter les locaux. » Contacté, le maire, Christophe Barthès, confirme et raille : « Ils doivent déménager… et je peux leur fournir les cartons. »
Les trois autres syndicats n’ont donc toujours pas reçu de courrier d’expulsion. Pas concernés, Force ouvrière et l’UNSA se sont pourtant joints au front commun. Une pétition en ligne est lancée et réunit plus de 13 330 signatures (jeudi 21 mai, 16h).
200 syndicalistes dans la rue
Le 13 mai, environ 200 syndicalistes se rassemblent devant la Bourse du travail, pour dénoncer « la remise en cause de l’exercice normal de l’activité syndicale ». La mobilisation prend alors une dimension nationale. Dans un courrier commun, adressé aux ministres de l’Intérieur et du Travail, les secrétaires généraux de la CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, CFE-CGC et Solidaires contestent la décision.
Les syndicats annoncent également leur intention d‘attaquer la mesure devant les tribunaux. Christophe Barthès ne semble pas affecté, puisqu’il déclare : « Je suis déterminé. Ils peuvent manifester, j’en ai rien à faire ! »
Des retentissements nationaux
C’est dans ce contexte que le sénateur socialiste de l’Aude, Sébastien Pla, a interpellé solennellement le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou ce mercredi 20 mai au Sénat, lui demandant d’intervenir « afin que soit garanti le respect des libertés syndicales et des principes républicains ».
La réponse du ministre ne s’est pas fait attendre. Jean-Pierre Farandou a reconnu que le sujet dépasse largement le cadre local et a évoqué une « défiance vis-à-vis des corps intermédiaires ». Une mission gouvernementale a été lancée pour dresser un état des lieux des bourses du travail en France. Pour Sophie Trochet, cette prise de parole a de quoi « satisfaire ». Elle confie « espérer une multiplication des prises de position », avec des « actes concrets de la part de l’Assemblée nationale ».
Jeudi 21 mai, la direction de la CGT carcassonnaise a rencontré Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, qui promet : « Les syndicats sont un pilier de la République. S’y attaquer, c’est s’attaquer à nos libertés fondamentales. À la prochaine assemblée plénière, la Région prendra un acte officiel pour protéger ces libertés. »
Le maire de Carcassonne, lui, ne mâche pas ses mots : « J’aurais pensé que Carole Delga se déplace pour sauver les salariés du site de conditionnement de vin Uccoar qui mettent la clé sous la porte, mais non, elle vient essayer de sauver le bâtiment que squattent les syndicats. »
Une série de polémiques depuis l’élection de Christophe Barthès
L’affaire des syndicats n’est pas un cas isolé. Depuis son arrivée à la mairie, Christophe Barthès a multiplié les décisions controversées : retrait du drapeau européen de la façade de la mairie, suppression de la subvention à la Ligue des droits de l’Homme après qu’elle a contesté en justice un arrêté anti-mendicité, mise à l’écart de journalistes de la presse locale accusés de « manquer de neutralité »…













