Le Gers est le département français où l’attente pour obtenir un rendez-vous chez un cardiologue est la plus longue du pays : 164 jours en moyenne, soit plus de cinq mois. C’est ce que révèle la deuxième édition des “Cartes de France de l’accès aux soins“, publiée le 19 mai 2026 par Doctolib et la Fondation Jean Jaurès, à partir de 234 millions de consultations réalisées en 2025.
Un chiffre vertigineux, qui dit à lui seul l’étendue de la fracture sanitaire qui traverse le département.
Le Gers, champion national du délai d’attente
164 jours pour décrocher un rendez-vous avec un cardiologue dans le Gers. À Paris, il en faut 16. Le rapport est de 1 à 10 entre les deux territoires, pour une spécialité qui ne souffre aucun retard : les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité en France.
Ce n’est pas la seule discipline où le Gers décroche la palme du plus mauvais délai national. En ophtalmologie, le département affiche 153 jours d’attente. En Seine-Saint-Denis, le même rendez-vous s’obtient en cinq jours. Soit un rapport de 1 à 30. Aucun autre département français ne concentre deux records nationaux de ce type de manière simultanée.
Ce tableau n’est pas le fruit du hasard. Entre 2023 et 2025, le Gers a enregistré une dégradation de 106 jours supplémentaires pour la cardiologie. En deux ans, l’accès à cette spécialité a pratiquement doublé en termes de délai. Une aggravation sans équivalent dans le reste du pays.
Un arc de désertification qui s’étend sur toute la région
Le Gers n’est pas seul dans cet état. L’étude dessine un arc de désertification qui part du piémont pyrénéen et remonte jusqu’au sud du Massif central, formant une continuité géographique préoccupante. En cardiologie, l’Ariège affiche 100 jours d’attente, l’Aude 96 jours, le Lot 90 jours. L’Aveyron, lui, a subi une dégradation de 48 jours supplémentaires sur la même période.
La géographie de la santé en Occitanie ne se résume pas à l’opposition classique entre villes et campagnes. L’étude le rappelle : chaque spécialité possède sa propre carte de tensions, et ces cartes ne se superposent pas. La cardiologie souffre particulièrement dans cet arc Occitanie-vallée du Rhône, quand l’ophtalmologie et la pédiatrie peinent davantage dans le Grand Ouest, et la dermatologie dans le Nord et le Centre-Est.
Ce qui reste constant, en revanche, c’est que l’Île-de-France conserve les délais les plus courts pour la quasi-totalité des spécialités. La géographie reste, en 2026, le premier déterminant de l’accès aux soins en France.
Renoncer aux soins, une habitude qui s’installe
Derrière les chiffres de délais se cache une réalité encore plus préoccupante : de nombreux patients ne cherchent plus. L’enquête menée auprès de 8 000 patients révèle que 63 % d’entre eux ont déjà renoncé à chercher un rendez-vous médical. Ce phénomène ne se cantonne pas aux publics précaires ni aux territoires ruraux. Il progresse partout, silencieusement, dans toutes les catégories sociales.
En Occitanie, ce renoncement est particulièrement ancré. Selon le baromètre FHF de mars 2026, 76 % des habitants de la région déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soin sur les cinq dernières années. Un taux parmi les plus élevés de France.
Les statistiques classiques ne capturent qu’une partie du problème : elles mesurent les délais des rendez-vous obtenus. Elles ne comptabilisent pas ceux qui, fatigués d’attendre, ont renoncé à appeler.
Ce que l’État promet d’ici 2027
Face à cette situation, le gouvernement Bayrou a présenté en avril 2025 un pacte de lutte contre les déserts médicaux, avec la création de 151 zones rouges dites “ultra-prioritaires” devant bénéficier du renfort ponctuel de médecins installés dans des zones mieux dotées. Depuis 2025, chaque médecin doit consacrer jusqu’à deux jours par mois aux zones en urgence médicale, selon les Agences régionales de santé.
Le gouvernement vise également la création d’un réseau de 5 000 structures de soins d’ici 2027, garantissant un accès à moins de trente minutes du domicile. À la rentrée 2026, chaque département devra proposer une première année d’études de santé, avec l’objectif d’une hausse de 20 % des étudiants dans ce secteur d’ici 2030.
Nuance de taille : la Cour des comptes a estimé, dans une communication de novembre 2025, que les zonages déterminant les priorités et les aides restaient inadéquats. Pour un habitant du Gers qui attend aujourd’hui son rendez-vous de cardiologie, les effets de ces réformes ne se feront pas sentir avant plusieurs années au moins.
















