Un an après l’effondrement survenu près du chantier de la future station de ligne C Bonnefoy à Toulouse, les habitants évacués vivent toujours loin de chez eux. Alors que les expertises se poursuivent pour déterminer l’avenir des bâtiments touchés, les riverains disent manquer de visibilité.
C’était il y a presque un an. Le 20 juin 2025, le plancher de la maison du 6 rue Louis Massé s’effondrait à proximité du chantier de la future station de la ligne C Bonnefoy à Toulouse. En cause : un fontis, « probablement provoqué par la présence d’une poche de sable ou d’une cavité préexistante fragilisée par le passage du tunnelier à 15 mètres en dessous », indiquait alors Tisséo Ingénierie. Deux mois avant, le 10 avril, des fissures avaient été constatées par les habitants des 4, 6 et 8 rue Louis Massé. « Des experts se sont succédé pour nous assurer que nous ne courions aucun danger », rapporte Rodolphe Arthaud du collectif “Fêlés de Bonnefoy” et propriétaire du 8 rue Louis Massé. Ils seront finalement évacués après l’effondrement. Tout comme plusieurs habitants rue Béteille, dont l’immeuble du 4 rue Louis Massé est relié au leur par un escalier commun.
« Dès l’événement du 20 juin 2025, Tisséo a déployé immédiatement plusieurs dispositifs », assure le gestionnaire des transports avant de citer « le lancement des premières expertises techniques dès le jour même et la mise en place de mesures conservatoires : injections, comblements, étaiements et surveillance renforcée », « des ressources pour accompagner les habitants relogés et informer les riverains de proximité » et la « mise en sécurité et évacuation immédiate des habitants, avec relogements d’urgence ». En tout, 17 foyers sont « relogés au frais de l’assurance de Tisséo » depuis, indique Rodolphe Arthaud. « Après la mise en place d’un relogement d’urgence, Tisséo a travaillé sur la mise en place de solutions plus pérennes de longue durée », précise le gestionnaire de transports. Ainsi, il a « fait des propositions de relogement, tout en laissant aussi, à ceux qui le souhaitent, la possibilité de rechercher eux-mêmes un logement ». « Aujourd’hui, 100% des personnes concernées disposent d’une solution de relogement ».
Quand vont-ils pouvoir retrouver leur logement ?
Cela fait donc un an qu’ils n’ont pas pu regagner leur habitation. « Nous n’avons jamais pu y rentrer depuis », souligne Rodolphe Arthaud qui poursuit : « Mon épouse donnait des ateliers pour les personnes âgées et les enfants au sein de notre domicile. Elle a perdu son matériel et son activité. Une habitante n’a plus accès à ses œuvres qu’elle vendait ». Quant à celle du 6, elle ne pourra jamais retrouver la sienne puisqu’elle va être démolie. Mais ce qui est le plus dur à vivre pour le propriétaire du 8 rue Louis Massé, c’est de n’avoir « aucune visibilité ». « Nous ne savons pas si les maisons vont être détruites ou réparées, pour quel coût et quand, si elles sont même réparables, si nous allons pouvoir récupérer nos affaires et à combien vont s’élever les indemnisations », révèle-t-il, regrettant « l’absence de négociations » et « un manque d’engagement ». De son côté, Tisséo affirme avoir « comme priorité absolue la sécurité et transparence vis-à-vis des riverains ».
Pour le moment, des expertises sont en cours. Leur objectif : « Garantir la stabilité des sols et des bâtiments, sachant qu’aucune réintégration ne sera autorisée sans validation des experts ». « Les travaux sont conçus pour prévenir tout risque résiduel et le retour ne se fera que dans des conditions pleinement garanties », assure Tisséo. Mais Rodolphe Arthaud est mitigé : « Nous ne savons pas encore si nous voulons y retourner. Nous n’avons plus confiance. Et si nous ne voulons pas y revivre, pourrons-nous vendre nos maisons qui ont été fissurées et sont passées à la télé ? » Le gestionnaire de transports devrait bientôt se voir remettre « les premières préconisations pour la suite des sécurisations et remises en état des bâtiments ». En effet, certaines investigations sont « en cours d’achèvement ». « Les résultats sont attendus dans les prochaines semaines, et permettront d’affiner les solutions de consolidation à mettre en œuvre », annonce Tisséo.
L’expertise judiciaire toujours en cours
Ainsi, le gestionnaire de transports prévoit pour cet été : les résultats des investigations géotechniques « en phase de finalisation », la validation des mesures complémentaires de sécurisation, l’organisation des déménagements / récupération des biens, la finalisation de l’étude de faisabilité pour la démolition du 6 rue Béteille à la mi-juillet et l’élaboration d’un calendrier prévisionnel global. Il reste donc encore beaucoup à faire un an après l’effondrement. « Cela nous inquiète », confie Rodolphe Arthaud qui déplore « l’extrême lenteur des investigations pour des raisons juridiques ». « Nous n’en voyons pas le bout. À cause des différends juridico-financiers entre les parties prenantes, il n’est question que de qui savait quoi et de qui aurait dû faire quoi. Il n’est à peu près jamais question de nous, mais de démontrer qui sont les coupables », note-t-il.
Pour rappel, une expertise judiciaire indépendante est en cours depuis juillet. « Elle pilote l’ensemble des investigations techniques et les campagnes approfondies (forages, tomographie) », informe Tisséo qui « aide à l’organisation » de celles-ci « pour revenir à une situation normale ». Pour autant, Rodolphe Arthaud fait savoir que les sondages du sol n’ont eu lieu que « courant avril 2026 ». « Ils ont mis plus d’un an à faire un trou qu’ils auraient dû faire dès le 11 avril ». Tisséo précise que ces investigations « ne pouvaient être mises en œuvre qu’une fois la définition précise des investigations à mener a été faite, que la sécurisation du site est assurée et que tous les propriétaires ont signé les autorisations par conventions autorisant à pénétrer sur les parcelles ». « L’objectif est de garantir un diagnostic fiable, complet et sécurisé, sans risquer d’aggraver la situation ». En attendant, les “Fêlés de Bonnefoy” préparent un goûter d’anniversaire au jardin Michelet le samedi 19 septembre « en espérant que ce soit le dernier ».









