Dans un département déjà confronté aux difficultés d’accès aux soins et au recul de certaines industries, l’avenir de l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens est devenu un enjeu majeur pour tout le territoire. Ce mercredi 17 juin, le tribunal de commerce de Toulouse examine le dossier du groupe, placé en redressement judiciaire. En jeu : 670 emplois, la survie des deux dernières usines françaises de pâte à papier et une filière stratégique pour l’économie nationale.
À Saint-Gaudens, l’inquiétude grandit. Depuis plusieurs semaines, les machines sont à l’arrêt et les salariés vivent suspendus à une décision de justice qui pourrait bouleverser l’avenir industriel du Comminges. Ce mercredi 17 juin, le tribunal de commerce de Toulouse se penche sur le dossier de Fibre Excellence. Placé en redressement judiciaire depuis le 27 avril, le groupe exploite les deux dernières usines françaises de pâte à papier, à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, et à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône.
Au total, 670 emplois directs sont menacés, dont 270 à Saint-Gaudens. À cela s’ajoutent les 80 salariés de la Société d’exploitation des bois du Sud-Ouest (SEBSO), chargée d’approvisionner le site en bois. L’entreprise produit à elle seule environ les trois quarts de la pâte à papier utilisée en France pour fabriquer des emballages, des mouchoirs ou encore des cahiers.
Une seule offre de reprise sur la table
Depuis le retrait de l’actionnaire indonésien Jackson Wijaya, dont la famille contrôle le géant Asia Pulp and Paper, le groupe peine à trouver un repreneur. À ce stade, une seule offre a été déposée : celle portée par l’équipe dirigeante actuelle. Une proposition qui ne convainc pas le gouvernement.
Le 10 juin dernier, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le ministre chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, déclarait : « À l’heure à laquelle nous parlons, malheureusement, dans le projet tel qu’il est proposé, je n’ai pas de réel investisseur industriel. » Selon son entourage, cité par l’AFP dans des propos relayés par France 3, cette offre « ne présente pas le sérieux et les garanties financières nécessaires » et serait même jugée « irréaliste ».
Régions et syndicats demandent un geste de l’État
Face à cette menace, les soutiens se multiplient. Les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Métropole Rouen Normandie ainsi que les syndicats CFDT, CGT et Force ouvrière ont adressé un courrier au Premier ministre, Sébastien Lecornu. Leur objectif : obtenir une intervention rapide de l’État afin d’éviter une liquidation. Dans cette lettre, les signataires avertissent : « Sans intervention rapide des pouvoirs publics, le risque d’une liquidation judiciaire est imminent. »
Ils demandent notamment un soutien financier au projet de reprise, une sécurisation de l’approvisionnement en bois via l’Office national des forêts (ONF) et une évolution du contrat liant l’entreprise à EDF pour le rachat de l’électricité produite sur ses sites. Le projet de reprise bénéficie déjà d’un soutien de huit millions d’euros de la part des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur ainsi que de plusieurs partenaires institutionnels et industriels.
Une question de « souveraineté industrielle »
Vendredi dernier, à Saint-Gaudens, la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, et la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, ont affiché un front commun. Pour Carole Delga, le dossier dépasse largement le cadre local : « C’est une question de souveraineté industrielle. » La présidente de région a annoncé vouloir saisir directement Emmanuel Macron dans les prochains jours.
De son côté, Sophie Binet dénonce : « L’opacité la plus totale » autour de la procédure de reprise. La responsable syndicale fait notamment référence à une lettre d’intention déposée par le groupe SPB, dont le contenu n’a pas été rendu public. Elle s’interroge ouvertement sur ses intentions : « SPB est un ferrailleur associé à un papetier canadien, donc un concurrent dont on peut douter des réelles motivations. » Selon elle, cette société aurait déjà repris puis démantelé d’autres papeteries françaises.
Un territoire suspendu à la décision du tribunal
À Saint-Gaudens, l’arrêt prolongé de l’usine commence déjà à peser sur l’économie locale. Car Fibre Excellence ne représente pas seulement plusieurs centaines d’emplois directs. Le groupe irrigue une vaste filière forestière et industrielle qui s’étend sur plusieurs régions. Les élus locaux redoutent un effet domino sur les entreprises sous-traitantes, les transporteurs et les exploitants forestiers.
Le président du conseil départemental de la Haute-Garonne, Sébastien Vincini, s’est lui aussi alarmé de la situation : « Je ne comprends pas que le ministre de l’Industrie ne prenne pas de mesures contre les fossoyeurs de cette industrie. Il y a des solutions, il est possible d’agir. »
Le compte à rebours est lancé pour Fibre Excellence
L’audience prévue ce mercredi 17 juin constitue donc une étape cruciale. Le tribunal pourrait accorder un délai supplémentaire pour permettre à la reprise d’aboutir ou, au contraire, engager le groupe vers une liquidation judiciaire.
La décision définitive devrait être rendue le 24 juin. D’ici là, salariés, élus et syndicats espèrent encore éviter la disparition d’un acteur historique de l’industrie française, dont l’avenir se joue désormais à Toulouse.















