Pour cette Coupe du monde 2026, les bars, pizzerias et bureaux de tabac sont en première ligne des retombées économiques, pourtant les effets ne se font pas ressentir pour le début de cet événement sportif. Entre décalage horaire et manque de moyens, les commerçants locaux attendent patiemment l’avancée de la compétition. Nous avons interrogé les professionnels et syndicats d’artisans locaux pour mesurer l’évolution réelle de leur chiffre d’affaires et de leurs stocks.
À Toulouse, le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 passe pour le moment inaperçu dans les tiroirs-caisses des commerçants de proximité. En cause : un décalage horaire de six à neuf heures avec les stades du continent américain, mais aussi une ville aux rendez-vous sportifs rythmée par les terrasses déjà bondées.
Sur la place Saint-Pierre, haut lieu de la vie nocturne toulousaine, les terrasses affichent leur fréquentation habituelle. Ni plus, ni moins. La cérémonie d’ouverture n’a pas changé grand-chose à l’ambiance. Le gérant du Bar Basque tempère pourtant les inquiétudes : « C’est à partir des quarts de finale qu’on aura beaucoup plus de monde. » Un avis partagé par l’ensemble des professionnels du secteur, qui préfèrent attendre que la compétition monte en température avant de tirer des conclusions.
À quelques encablures, Mathilde Casanova, responsable du bar Le Péry, confirme ce calme relatif pour la cérémonie d’ouverture et le premier match du Mexique : « C’est la première année que je suis là pour la Coupe du monde, mais à chaque fois qu’il y a des événements sportifs : le foot, le Top 14, les Jeux olympiques, on a vachement plus de passages », reconnaît-elle. L’établissement a pourtant activé son extension de terrasse d’une cinquantaine de places, réservée aux grands événements, et prévoit de doubler sa clientèle les soirs de match de l’équipe de France. En attendant, le stock de bière a été revu à la hausse. Lors de ces grandes soirées, sept fûts par jour peuvent alors être écoulés, contrairement à deux en temps normal.
Le décalage horaire et le numérique changent les habitudes des buralistes
Chez les buralistes, une hausse est attendue. « La FDJ vise clairement une progression », assure Frédéric Pailhe, président des buralistes de Haute-Garonne. Pourtant, pour les bureaux de tabac du centre-ville, le constat est plus amer. Alexia, employée dans l’un d’eux, résume la situation sans détour : « Les gros parieurs préfèrent des établissements capables de traiter des mises à plusieurs centaines d’euros, et les paris de dernière minute », pourtant très fréquents, qui ne collent pas avec des matchs disputés en pleine nuit française. C’est justement ce décalage horaire qui favorise largement les paris en ligne. Les applications mobiles ont capté une large part du marché des paris sportifs, permettant de jouer jusqu’au coup d’envoi, voire en cours de match. Les rideaux de fer des commerces de quartier, eux, sont depuis longtemps fermés à ces heures-là.
Dans les pizzerias : « Pour nous, pas de changement »
Du côté de la restauration rapide, même silence radio. Les gérants de pizzerias locales n’enregistrent aucun pic de commande les soirs de match, avec une activité calquée sur un jour ordinaire. L’heure de diffusion, trop tardive ou trop décalée par rapport aux habitudes de consommation, ne pousse pas les supporters à passer commande. « Les services se passent comme d’habitude. C’est presque plus calme », expose un pizzaiolo de la chaîne Marcello, place Saint-Georges.
Sandrine Rossignol, directrice de la Fédération des associations de commerçants et artisans de Toulouse, développe : « Le public de supporters n’est pas un consommateur de restaurant traditionnel, ce sont les établissements proposant des formules simples et conviviales qui font le plein de leurs terrasses, c’est plus l’esprit apéro tapas qui fonctionne. »
Là où il n’y avait pas d’écran, il y en aura désormais. Un passage obligatoire pour attirer une clientèle friande d’événements sportifs. La mairie a en effet émis un arrêté autorisant la retransmission des matchs en terrasse. « Sur la place du Capitole, normalement ils n’ont pas de télé pour retransmettre, mais là, ça a été autorisé », précise-t-elle.
L’espoir bleu
Les professionnels toulousains s’accordent sur un point : tout pourrait basculer si l’équipe de France se hisse dans le dernier carré. « Quand Toulouse est en finale du Top 14, tous les bars se mettent en mode buvette, ils sortent à l’extérieur et bénéficient de l’affluence de la place du Capitole », rappelle Sandrine Rossignol. Il ne manque qu’un détonateur tricolore. La nette victoire des Bleus hier soir sera-t-elle le déclencheur ?











