Les anomalies comptables d’un gros syndic toulousain, MN Gestion, font l’objet d’une plainte et d’une enquête confiées à la division financière de la police judiciaire. Frédéric Fonta, son dirigeant, est également attaqué devant le tribunal de commerce par deux de ses anciens associés qui lui réclament près de 700 000 euros. Un argent qui aurait été détourné entre diverses sociétés. Les nombreuses copropriétés gérées par le syndic, aujourd’hui devenu Solpatrim, s’inquiètent.
Le château de cartes va-t-il s’effondrer d’un simple claquement de doigts ? C’est la question angoissée que se posent quelque 130 conseils syndicaux toulousains dont les copropriétés étaient gérées jusqu’en début d’année par un gros syndic de la Ville rose, MN Gestion. Un petit empire bâti par Frédéric Fonta, qui a commencé à vaciller en décembre dernier, quand la société, sise au 24, rue Saint-Rome, a perdu sa garantie financière auprès de Galian SMABTP et donc son autorisation professionnelle d’exercer. Une difficulté contournée aussitôt dans un tour de passe-passe pas vraiment légal par Frédéric Fonta, qui a créé illico une nouvelle structure, la Solpatrim, pour récupérer une assurance auprès de Lloyd’s en mai dernier. Sauf qu’aucune des copropriétés n’a été informée dans les temps de ce changement « d’enseigne » en location-gérance, qui a fini par intriguer quelques représentants de conseils syndicaux, comme nous l’avons déjà raconté dans nos colonnes. Avec quelques curieuses découvertes financières à la clef. Ainsi de ce témoignage livré par un lanceur d’alerte.
Les dénégations d’un syndic empêtré dans ses contradictions
« En analysant les relevés de notre copropriété, j’ai identifié un virement de 15 000 euros vers une société, Stea Fit, satellite de MN Gestion, qui a pour fonction de gérer des baux commerciaux pour des résidences services, note un propriétaire toulousain. Il n’y a donc aucun rapport avec notre copropriété et aucune facture de ce montant n’existe dans les comptes de la copropriété… Autre irrégularité détectée, le livret destiné à recueillir les fonds Alur n’est pas alimenté, alors même que nous versons ces sommes en réglant nos charges. » Dans le même temps, le tribunal judiciaire de Toulouse a nommé un administrateur provisoire pour gérer une copropriété de Ramonville en lieu et place de MN Gestion et de la Solpatrim. Pour s’assurer, entre autres, de la « désignation régulière d’un syndic ». Alors que les comptes bancaires de MN Gestion ont été bloqués par le Crédit mutuel, la Société générale et la Banque Palatine… Et que les copropriétés ont dû faire avec un nouvel organisme bancaire, en l’occurrence le Crédit lyonnais.
Face à ces « anomalies », Frédéric Fonta, qui ne veut plus parler que par l’intermédiaire de son avocat, se défend de « tout détournement de fonds ou d’irrégularités pénales », même s’il a concédé quelques erreurs « réparées » lors d’une réunion d’un conseil syndical accusateur. Des assemblées générales de copropriété qu’il a abreuvées de documents pour justifier de sa bonne foi et de la qualité de ses prestations. En dénonçant aussi des tissus de ragots contre lesquels il a d’ailleurs porté plainte pour diffamation. Ce que confirme son conseil, Me Frédéric Douchez, qui ne veut pas en dire plus sur le fond de l’affaire. « Il s’agit d’un litige de nature privée et je n’ai rien à dire. Je m’en tiens au secret professionnel », nous a-t-il répondu.
Un procès et une enquête judiciaire
Reste le rapport accablant de l’assureur Galian SMABTP, à l’origine de la perte de garantie financière de MN Gestion. Un rapport dont Frédéric Fonta refuse de parler, qui a pourtant pointé des mouvements suspects et des questions autour d’une somme de 536 000 euros évaporée des comptes des copropriétés… Un système de cavalerie a-t-il été mis en place entre les différents comptes des quelque 130 résidences gérées par MN Gestion ? C’est la piste à laquelle s’intéresse la division financière de la police judiciaire, qui a récupéré la plainte de deux anciens associés de Frédéric Fonta, qui l’ont aussi attaqué devant le tribunal de commerce. Les deux sociétés, Stea Fit et LB Invest, demandent près de 700 000 euros de créances à MN Gestion. En première instance, le tribunal a renvoyé tout le monde dos à dos, en février, constatant « qu’aucune des parties n’apportait les preuves utiles aux fins de voir leurs réclamations reconnues ». Les anciens associés ont fait appel de cette décision, appel dont l’audience s’est tenue ce mardi 23 juin. Avec un délibéré promis pour le mois d’octobre. D’ici là, peut-être que l’enquête judiciaire sur les pratiques de MN Gestion aura avancé et que les langues se seront déliées.











