L’inquiétude monte parmi les riverains de l’avenue des Pyrénées à Muret (Haute-Garonne), qui ont découvert un projet immobilier de 17 logements à l’affichage. C’est le panneau déposé mi-mai sur la grille d’une des maisons du XIXe siècle, qui font la renommée de la rue, qui a informé les voisins du projet. Deux recours vont être déposés auprès du tribunal administratif de Toulouse afin de faire annuler le permis de construire. Permis qui, en 2023, avait été refusé par la municipalité, ensuite déboutée. En 2026, une association du patrimoine et les riverains s’inquiètent de voir un précédent se créer, amenant peu à peu les particularités historiques et environnementales de la rue à disparaître.
Vent de fronde avenue des Pyrénées à Muret. Des riverains, épaulés par la Société du patrimoine du Muretain, déposent des recours auprès du tribunal administratif de Toulouse contre un projet de 17 logements (T2 et T3). Si le dossier date de 2023, les habitants ne l’ont appris qu’à la mi-mai, lors de l’affichage du permis sur la maison vendue au promoteur toulousain ADN Patrimoine.
Sur cette longue artère, le paysage change radicalement de physionomie. Après les commerces et petits immeubles, la hauteur baisse pour laisser place à des domaines arborés de la fin du XIXe siècle aux arbres multiséculaires. Un « poumon vert » aujourd’hui menacé, d’après les riverains. La municipalité y était d’ailleurs opposée à l’époque. « C’est dommage d’avoir un projet aussi défigurant », déplore le maire André Mandement, qui avait refusé le permis de construire demandé. Saisi par le promoteur, le tribunal administratif a donné raison à ce dernier au strict regard des règles d’urbanisme, sans intégrer l’aspect patrimonial et paysager.
La peur d’un « précédent »
Face à l’urgence – la date limite des recours est fixée dans un délai de deux mois à compter de l’affichage, ici le 13 mai -, la résistance s’organise. Christophe Marquez, président de la Société du patrimoine, redoute que ce projet de trois étages ne crée un précédent et n’incite d’autres propriétaires à vendre à des promoteurs.
Un sentiment partagé par Jean-Michel Bigarré, voisin direct. Ce natif de Muret est un amoureux de longue date de ces maisons du XIXe siècle. Un jour, il en achète une qu’il retape à l’aide de gros travaux. « L’objectif était de maintenir un patrimoine muretain, confie-t-il. J’ai d’ailleurs dit à mes enfants de garder cette maison, de la préserver ».
Aujourd’hui, il s’inquiète des plans prévoyant un mur de 17 mètres de long et jusqu’à 13 mètres de haut par endroits, jouxtant sa propriété. « J’ai planté des arbres qui attirent des chouettes, écureuils et hérissons. Je n’ai rien contre les gens qui habiteraient ici. Mais un immeuble destiné à accueillir une quarantaine de personnes va forcément amener des perturbations sonores, visuelles et une perte d’intimité », déplore-t-il.
Une pétition en ligne
Jean-Michel Bigarré regrette aussi l’absence de concertation avec le voisinage. Lorsque, derrière sa maison, un promoteur différent avait voulu construire un immeuble, il avait pu les rencontrer et tomber d’accord sur la manière de cohabiter. Aujourd’hui, le projet prévoit d’abattre près d’une vingtaine d’arbres. Et les riverains craignent la perte progressive d’îlots de fraîcheur en plein centre-ville.
En parallèle de l’action en justice, les riverains ont lancé une pétition pour sauver leur rue, qui a déjà récolté plus de trois cents signatures en quelques jours.
La société ADN Patrimoine n’a pas répondu à nos sollicitations à l’heure de l’écriture de ces lignes.














