La présidente de la fédération Les Républicains de Haute-Garonne, Christine Gennaro-Saint, annonce sa démission après l’investiture nationale accordée à la liste conduite par le sénateur sortant Pierre Médevielle. Elle dénonce une liste construite sans la fédération locale et trop ouverte, selon elle, au centre et à Renaissance.
La droite haut-garonnaise entre en zone de turbulences à trois mois des élections sénatoriales. La Commission nationale d’investiture des Républicains a accordé son soutien à la liste conduite par Pierre Médevielle, sénateur sortant Horizons, pour le scrutin de septembre en Haute-Garonne. Une liste d’union de la droite et du centre, soutenue localement par Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse.
Mais cette décision provoque une crise ouverte chez Les Républicains de Haute-Garonne. Dans un communiqué diffusé mercredi 24 juin, Christine Gennaro-Saint annonce qu’elle quitte la présidence de la fédération LR31. Elle dit prendre acte de l’investiture nationale, mais refuse de « la cautionner ». Son départ intervient seulement quelques jours après sa réélection à la tête de la fédération départementale.
Une liste « construite sans la fédération », selon Christine Gennaro-Saint
Christine Gennaro-Saint reproche d’abord à la direction nationale des Républicains une méthode qu’elle juge inacceptable. Selon elle, la liste investie a été construite « sans la Fédération Les Républicains de Haute-Garonne, sans ses instances, sans ses cadres, sans ses militants ». La présidente démissionnaire estime avoir alerté, proposé une autre solution et demandé que la fédération locale soit respectée. « Nous n’avons pas été entendus », écrit ainsi la femme politique.
Elle conteste également les conditions du vote au sein de la Commission nationale d’investiture. Selon Christine Gennaro-Saint, sur environ 120 membres de la CNI, seuls 30 étaient présents, 10 n’ont pas pris part au vote, et l’investiture aurait donc été accordée par 20 voix seulement. « Vingt voix pour engager l’avenir de LR31 », dénonce-t-elle.
Une contestation politique contre une liste jugée trop centriste
Au-delà de la méthode, Christine Gennaro-Saint critique aussi le fond politique de cette investiture. En 2020, Les Républicains comptaient deux sénateurs en Haute-Garonne. Avec la liste investie aujourd’hui, elle estime que LR recule et perd une représentation plus claire. La liste conduite par Pierre Médevielle rassemble plusieurs sensibilités de la droite et du centre. Pierre Médevielle, sénateur sortant, appartient à Horizons. Brigitte Micouleau, sénatrice sortante LR, y figure également.
Vincent Terrail-Novès, maire de Balma et membre de Renaissance, occupe aussi une place importante sur cette liste. Jennifer Courtois-Périssé représente le Parti radical. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, y figure en position non éligible, comme soutien. C’est précisément cet équilibre que conteste Christine Gennaro-Saint. Elle dénonce une liste qui accorde, selon elle, une « place centrale à Renaissance » et organise « l’effacement de LR » au profit d’un accord centriste et « macron-compatible ».
« Je ne quitte pas la droite »
Dans son communiqué, Christine Gennaro-Saint insiste sur un point : sa démission de la présidence de LR31 ne signifie pas qu’elle quitte sa famille politique. « Je ne quitte pas mes convictions. Je ne quitte pas la droite. Je ne quitte pas les militants, les adhérents, les élus locaux et les grands électeurs », écrit-elle.
La femme politique affirme quitter une fonction qu’elle ne peut plus exercer « dignement » lorsque la fédération qu’elle préside est, selon elle, ignorée localement et insuffisamment défendue nationalement. Son message est aussi adressé à la direction nationale des Républicains. Elle l’accuse de tenir à Paris un discours de reconstruction d’une droite claire, tout en validant localement une stratégie d’alliance qu’elle juge contraire à cette ligne. « On ne peut pas vouloir renverser la table à Paris et accepter, sur le terrain, que Les Républicains deviennent une force d’appoint », affirme-t-elle.
Une campagne sénatoriale déjà tendue
Cette démission intervient dans un contexte politique déjà animé en Haute-Garonne. Les sénatoriales de septembre se jouent au scrutin indirect, avec les grands électeurs, notamment les élus municipaux. Les listes cherchent donc à convaincre les maires, adjoints et conseillers municipaux du département. La liste d’union de la droite et du centre avait été présentée au printemps autour de Pierre Médevielle et Brigitte Micouleau, avec l’objectif d’afficher un rassemblement territorial. Jean-Luc Moudenc avait alors justifié sa présence comme un soutien politique, et non comme une candidature destinée à être élu.
Mais cette stratégie d’union ne fait pas l’unanimité. Christine Gennaro-Saint et Pierre Lattard avaient porté une contre-proposition, finalement refusée par la direction nationale. Dans le même temps, une autre liste dissidente a aussi émergé autour de Dominique Faure, ancienne ministre et maire de Saint-Orens. À gauche, le scrutin s’organise également. Thierry Suaud doit conduire une liste associant le Parti socialiste et d’autres forces, tandis que les écologistes et La France insoumise pourraient aussi présenter leurs propres listes.
Une fracture entre ligne nationale et terrain local
L’épisode révèle une tension plus large au sein de la droite haut-garonnaise : faut-il privilégier l’union électorale avec le centre et les anciens partenaires de la majorité présidentielle, ou reconstruire une ligne LR plus indépendante ? Pour Christine Gennaro-Saint, la réponse est claire. Elle dit vouloir continuer à défendre en Haute-Garonne « une droite claire, libre, enracinée, fidèle aux territoires et indépendante du macronisme ».
Sa démission ne met pas fin à la campagne sénatoriale. Mais elle installe un malaise dans une droite locale qui voulait afficher son unité. À quelques mois du vote, l’investiture nationale de la liste Médevielle donne donc un cadre officiel à la droite et au centre. Mais elle ouvre aussi une fracture politique chez Les Républicains de Haute-Garonne.













