Les Assises départementales de lutte contre les actes antireligieux se sont tenues mercredi 24 juin à Toulouse. En Haute-Garonne, 19 atteintes à caractère antireligieux ont déjà été recensées entre janvier et mai 2026. La préfecture veut renforcer la prévention, la sécurité des lieux de culte et l’accompagnement des victimes.
La Haute-Garonne veut mieux lutter contre les actes antireligieux. Mercredi 24 juin, la préfecture a réuni à Toulouse les représentants des cultes, les forces de sécurité, les services de renseignement, la justice, l’Éducation nationale, des élus locaux et des associations dans le cadre des Assises départementales de lutte contre les actes antireligieux.
Ce rendez-vous s’inscrit dans une mobilisation nationale voulue par le président de la République. Mais en Haute-Garonne, le sujet prend une résonance particulière. Le département reste marqué par des actes visant des personnes, des lieux de culte ou des symboles religieux. Pour l’État, ces faits portent atteinte à la liberté de conscience, à la liberté de culte et à la cohésion républicaine. Pierre-André Durand, préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, rappelle que cette mobilisation associe la préfecture, la police, la gendarmerie, les services de renseignement, le parquet, les collectivités et les responsables des cultes.
Déjà 19 atteintes recensées en 2026
Entre janvier et mai 2026, 19 atteintes à caractère antireligieux ont déjà été recensées en Haute-Garonne, en additionnant les données communiquées par la police et la gendarmerie. Ce total comprend 7 faits relevés en zone gendarmerie et 12 faits recensés en zone police. Dans le détail, la gendarmerie comptabilise 6 atteintes aux biens et une atteinte aux personnes dans des lieux de culte depuis le début de l’année.
En zone police, les faits sont comptabilisés par culte. Entre janvier et mai 2026, 2 atteintes visant la religion catholique ont été recensées, aucune atteinte visant la religion musulmane, et 10 atteintes visant la religion juive. Ces chiffres doivent toutefois être lus avec prudence, car la police et la gendarmerie ne comptabilisent pas les actes selon la même méthode.
81 atteintes aux personnes en 2025 en zone gendarmerie
Les données présentées lors des Assises montrent aussi que les actes antireligieux se maintiennent à un niveau élevé dans le département. En zone gendarmerie, les atteintes aux personnes dans des lieux de culte sont passées de 59 faits en 2024 à 81 en 2025. Les atteintes aux biens, toujours en zone gendarmerie, ont également augmenté, passant de 9 faits en 2024 à 12 en 2025.
Ces atteintes peuvent prendre plusieurs formes : insultes, menaces, provocations, violences, dégradations, vols, inscriptions, incendies ou encore actes visant directement des lieux de culte. Pour les autorités, ces faits ne relèvent pas seulement de la délinquance ordinaire. Ils fragilisent le vivre-ensemble et nourrissent un climat de rejet incompatible avec les valeurs républicaines.
La communauté juive particulièrement visée en zone police
En zone police, les atteintes visant la religion juive restent particulièrement surveillées. Elles sont passées de 13 faits recensés en 2024 à 15 en 2025, puis déjà 10 entre janvier et mai 2026. Les atteintes visant la religion catholique sont passées de 6 faits en 2024 à 4 en 2025, puis 2 sur les cinq premiers mois de 2026.
Les atteintes visant la religion musulmane sont passées de 3 faits en 2024 à 5 en 2025. Aucun fait n’a été recensé en zone police entre janvier et mai 2026. Selon l’analyse des services de l’État, la recrudescence des actes visant la communauté juive s’inscrit notamment dans un contexte international marqué par les tensions au Moyen-Orient.
Toulouse et sa métropole plus exposées
Les autorités soulignent que les actes antireligieux s’installent durablement dans la délinquance du quotidien en Haute-Garonne. Les insultes, menaces et provocations restent les formes les plus fréquentes. Elles traduisent un climat de tension diffus mais persistant.
Le phénomène touche particulièrement la métropole toulousaine. Les services de l’État relèvent aussi une vulnérabilité accrue des personnes étrangères ou perçues comme telles. La préfecture note par ailleurs que les débats liés à la dernière campagne des élections municipales ont été marqués par une augmentation des injures à caractère religieux, des inscriptions et des dégradations.
Des chiffres probablement sous-estimés
La préfecture insiste sur une limite importante : les chiffres ne reflètent pas toute la réalité. Tous les faits ne sont pas signalés et toutes les victimes ne déposent pas plainte. Cette sous-déclaration peut s’expliquer par plusieurs raisons : banalisation des propos ou des gestes, peur des représailles, sentiment de résignation, difficulté à engager une procédure ou crainte d’attirer davantage l’attention sur une communauté.
Les actes commis en ligne sont également difficiles à mesurer. Les propos haineux, menaces ou appels à la violence publiés sur les réseaux sociaux ne sont comptabilisés que lorsqu’ils sont signalés ou repérés par les forces de sécurité. Les autorités rappellent que ces contenus peuvent être signalés sur la plateforme Pharos. Les victimes peuvent aussi être accompagnées via le site ou l’application Ma Sécurité, qui permettent d’entrer en contact avec la police ou la gendarmerie.
Des lieux de culte davantage surveillés
En Haute-Garonne, la protection des lieux de culte a été renforcée. Selon la préfecture, la surveillance des lieux de culte a augmenté de plus de 20 % entre 2024 et 2025. Cette sécurisation peut prendre plusieurs formes : passages réguliers des forces de police ou de gendarmerie, présence renforcée lors des fêtes religieuses, gardes statiques dans certains cas exceptionnels ou appui des militaires de l’opération Sentinelle en cas de menace accrue.
Les forces de sécurité travaillent aussi avec les responsables religieux et les élus locaux pour améliorer la prévention. En 2025, trois séances de formation et de sensibilisation aux enjeux de sûreté ont été organisées en Haute-Garonne, à Toulouse, Saint-Gaudens et Muret. Tous les cultes y étaient représentés. Ces formations doivent se poursuivre en 2026.
Près de 145 000 euros pour sécuriser des lieux de culte en Haute-Garonne
L’État finance également des dispositifs de protection des sites cultuels. Le programme de sécurisation des sites cultuels permet d’aider à installer des caméras, des dispositifs anti-intrusion, des portes sécurisées, des interphones ou encore des équipements de protection à l’intérieur des bâtiments.
En Haute-Garonne, près de 145 000 euros ont été consacrés en 2025 à la sécurisation de lieux de culte. Au niveau national, l’État indique avoir mobilisé plus de 47,8 millions d’euros depuis 2015 pour protéger près d’un millier de sites cultuels. En 2025, 89 projets ont été financés en France, pour un montant total de 3,7 millions d’euros.
Une réponse commune entre cultes, justice et sécurité
Les Assises départementales du 24 juin doivent permettre de mieux coordonner la réponse locale. Elles font suite à des groupes de travail organisés dès le 10 juin en Haute-Garonne. La séance plénière a permis de dresser un état des lieux des actes antireligieux dans le département en 2024, 2025 et au début de l’année 2026. Les procureurs de Toulouse et de Saint-Gaudens devaient aussi présenter les suites judiciaires données à ces faits.
Les échanges doivent aboutir à des priorités et à des préconisations locales. Elles seront ensuite étudiées dans le cadre d’une commission nationale prévue à la fin de l’année 2026. Pour les autorités, l’objectif est clair : mieux prévenir les passages à l’acte, mieux protéger les lieux de culte, mieux accompagner les victimes et mieux sanctionner les auteurs. En Haute-Garonne, la lutte contre les actes antireligieux est désormais traitée comme un enjeu de sécurité, mais aussi comme un sujet de cohésion républicaine.

















