L’Insee le confirmera dans les prochains mois. Toulouse deviendra officiellement la 3e ville de France. Ces dernières décennies, la Ville rose a la croissance démographique la plus élevée en France avec Montpellier pour les grandes métropoles françaises. « C’est la commune de France qui gagne le plus d’habitants entre 2017 et 2023 (+35 266 habitants). La population y augmente de 1,2 % par an alors qu’elle diminue à Paris, est quasiment stable à Lyon et augmente modérément à Marseille », indiquait l’Insee en décembre 2025.Une croissance qui n’est pas prêt de s’arrêter. Comment loger ses nouveaux habitants ? En densifiant Toulouse ? En répartissant les nouveaux venus dans toutes les communes de l’agglomération ? Les objectifs actuels, formalisés dans le Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUi-H), voté fin 2025, sont très clairs : Toulouse Métropole prévoit la construction de 7 400 logements chaque année jusqu’en 2035. La moitié des constructions concernera Toulouse. S’ils sont élus, les candidats aux municipales poursuivront-ils dans cette direction ? Veulent-ils continuer à densifier Toulouse ? Nous avons sollicité les dix listes qui se sont lancées dans la course aux élections municipales à Toulouse. Voici leurs propositions…
Jean-Luc Moudenc : « pas favorable à une densification uniforme »
Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, dont la majorité a travaillé sur l’actuel PLUi-H va poursuivre la densification de Toulouse s’il est réélu. Dans la continuité de ces dernières années, le maire-candidat porte le projet urbain d’une densification adaptée à l’identité de chaque quartier. Il précise :
« Non, je ne suis pas favorable à une densification uniforme sur la ville. Le projet urbain Toulousain et les cahiers Toulousains qui ont été concertés avec les habitants prévoient les formes urbaines et la hauteur de construction pour une insertion harmonieuse avec le bâti existant.
Il est hors de question d’autoriser la construction d’une tour de 10 étages dans un quartier pavillonnaire, à l’inverse sur une friche comme à Grand Matabiau Quai d’Oc, nous pouvons construire très haut et dégager au sol des espaces verts qualitatifs
Pour cette nouvelle mandature, le candidat s’engage à « produire 20 000 logements abordables locatifs ou en accession à la propriété » en six ans, et « envisage de nouvelles zones d’aménagement concerté pour maîtriser le foncier pour atteindre cet objectif ». « Nous continuerons accompagner la rénovation des copropriétés », assure-t-il.
François Briançon : « construire sans étaler la ville »
Le candidat de la Gauche Unie, François Briançon, s’engage également sur une densification de la ville, notamment près de la future 3e ligne de métro, mais explique vouloir jouer sur d’autres leviers pour répondre à la demande de logements croissante sur Toulouse et son agglomération, tout en aérant la Ville avec la création d’une étoile verte.
Pour répondre à ces défis, le candidat estime que « la clé, c’est de construire sans étaler la ville ce qui veut dire créer une cohérence entre urbanisme et transport, notamment le long de la 3e ligne de métro ce qui aurait dû être traduit, et non pas caché, dans le nouveau PLU-I-H ».
Pour lui, « il faut sortir des postures simplistes et arrêter d’opposer la construction et la qualité de vie. La question centrale c’est la qualité urbaine, c’est la qualité des logements construits et leur insertion dans l’environnement urbain ».
Le candidat s’engage à être « exigeant avec les promoteurs », à « construire du logement abordable et remettre sur le marché des logements vacants. Cela veut dire, dès que le dispositif législatif sera en place, mettre en place l’encadrement des loyers ».
Il s’engage également à lancer ou livrer 15 000 logements à loyer modéré sur le mandat (logements à destination des personnes précaires, des classes moyennes, des étudiants, des jeunes actifs…).
François Piquemal : « Pour une politique de densification maîtrisée »
Pour François Piquemal, le candidat LFI, « Toulouse doit mener une politique de densification maîtrisée en limitant l’artificialisation ».
Le candidat annonce « vouloir stopper tous les gros projets de bétonisation spéculative des promoteurs, l’artificialisation à outrance et vouloir organiser des moratoires sur l’étalement urbain ».
Il indique vouloir respecter « l’identité des quartiers » tout en produisant 24 000 nouveaux logements sur le mandat :
« Les hauteurs du nouveau bâti et leur architecture respecteront les identités des quartiers, comme le demandent les Comités de quartier. Le PLUI sera revu, avec une large implication des habitant·e·s : les bénéfices d’opérations immobilières iront à la qualité des constructions et à leur accessibilité financière (vente ou location) au lieu d’aller au capital.Les porteurs de projet devront organiser une concertation préalable à l’acte de construire pour les projets de logements à partir de 1 000m2 de surface de plancher. Nous visons l’atteinte du Zéro Artificialisation Nette à l’horizon 2040 (la loi dit 2050) : en logeant mieux dans l’existant, sans exclure, sans bétonner davantage.
Il l’assure :
« Lors de démolitions, une grande partie de la surface libérée doit être dé-artificialisée.Nous désartificialiserons et débitumerons 50 hectares soit 500 000 m2 de surface durant le mandat ».
En amont, François Piquemal prône « la coopération pour une meilleure répartition de l’accueil démographique avec les villes moyennes et les bourgs proches. Nous reverrons en ce sens les hypothèses démographiques du Plan Local d’Urbanisme et d’Habitat (PLUIH) ».
Il veut aussi jouer sur un autre levier en réquisitionnant les logements vacants.
Julien Leonardelli : « mettre fin à la densification anarchique »
Pour le candidat du Rassemblement National, Julien Leonardelli, « la question n’est pas de savoir s’il faut densifier ou non Toulouse, mais comment la ville se développe et dans quelles conditions ».
Pour lui, à Toulouse, « la densification s’est faite de manière souvent brutale, mal anticipée et mal acceptée par les habitants. Dans de nombreux quartiers, des maisons ont été remplacées par des immeubles sans que les infrastructures, les transports, les écoles ou les stationnements ne suivent. Cette urbanisation subie a dégradé le cadre de vie et profondément modifié l’identité de certains quartiers ».
Il résume : « ma ligne est claire : mettre fin à la densification anarchique et retrouver une urbanisation maîtrisée, cohérente et respectueuse des Toulousains ».
Julien Leonardelli s’engage à « réviser le PLUi-H afin de mieux maîtriser la densification et de préserver l’identité des quartiers », à « mettre fin au remplacement systématique des maisons individuelles par des immeubles, notamment dans les quartiers pavillonnaires où cela crée des tensions fortes », à « planifier la construction autour des infrastructures existantes ou à venir, en particulier les transports en commun, afin d’éviter l’engorgement routier et les quartiers-dortoirs, à réintroduire une exigence architecturale et esthétique dans les projets urbains, afin de construire une ville plus belle et plus harmonieuse et à assurer un équilibre entre logements, équipements publics, espaces verts et commerces, afin de préserver une véritable qualité de vie. »

Arthur Cottrel : « Construire, oui. Défigurer, non ».
Pour le candidat Reconquête, « notre ville continue d’attirer des habitants, et il est normal qu’elle se développe. Donc selon moi la question n’est pas de savoir s’il faut ou non construire à Toulouse. La question est comment on construit et où on construit ».
Pour le candidat « beaucoup de Toulousains réalisent que la densification est brutale et mal maîtrisée : des maisons remplacées par des immeubles sans cohérence architecturale, des rues pavillonnaires transformées du jour au lendemain, des quartiers qui perdent leur tranquillité et leur identité. Cette façon de faire crée des tensions et dégrade le cadre de vie ».
Il assure : « Toulouse doit continuer à construire, mais pas à n’importe quel prix : on ne remplacera plus des maisons par des immeubles qui défigurent des rues entières. Construire oui, défigurer non ».
Il s’engage, s’il est élu, « à mettre fin à la densification brutale dans les quartiers pavillonnaires en protégeant leur identité. « C’est le sens de la charte architecturale “Toulouse, ville de brique”, qui fixera des règles claires pour que les nouvelles constructions et rénovations s’intègrent réellement dans le paysage urbain de la Ville oose, y compris et surtout quand il s’agit des promoteurs ».
Le candidat veut aussi « répondre à la pression immobilière » :
« La première priorité est de remettre sur le marché les logements aujourd’hui vacants, en sécurisant les propriétaires face aux risques de squat ou aux procédures complexes. Nous améliorerons également la coordination des projets urbains, et nous veillerons à ce que les transformations de la ville préservent la vie de quartier, les commerces et le confort urbain du quotidien ».

Révolution permanente : la réquisition de 46 000 logements vides
« Au-delà de la densification de la ville, il faut questionner le fait que des milliers de familles et de personnes vivent en situation de précarité en matière de logement tandis que des groupes de spéculation foncière et les grands groupes du BTP s’enrichissent toujours plus », estime la liste Révolution permanente, menée par Vanessa Pedinotti, qui met en avant une mesure.
« Nous défendons la réquisition des 46 000 logements vides : ils doivent être attribués en urgence aux sans-abri, aux mineur.e.s et aux mères isolées, aux personnes handicapées, aux femmes, aux enfants et jeunes LGBT victimes de violences dans leurs foyers ».
Cette liste défend également « la baisse immédiate des loyers et des charges locatives et un plafonnement pour qu’aucun loyer ne soit supérieur à 5€/m² et veut lancer « un grand plan de rénovation et construction de logements sociaux et de résidences universitaires à la hauteur des besoins ».
Révolution Permanente veut enfin réquisitionner l’ancien cinéma UGC racheté, démoli (sauf la façade) et actuellement reconstruit par la foncière Caso Patrimoine : « les Soeurs Monné veulent faire un nouveau centre commercial, faisons en un centre social et culturel ouvert à toutes et tous ! ».
Lutte Ouvrière : « Densifier ou pas ? ça devrait être à la population de décider »
Pour la candidate de Lutte Ouvrière, Malena Adrada, c’est à la population de densifier, ou pas, la ville.
Si elle est élue, elle défendra « toutes les mobilisations contre la destruction de logements sociaux, contre les expulsions locatives et pour la réquisition de logements vides »
« Il est inadmissible que tant de logements restent vides tandis que des familles ouvrières peinent à trouver un toit décent. Le droit fondamental au logement doit primer sur la rentabilité des propriétaires et des investisseurs ».
Elle l’assure :
« Nous, les travailleurs, nous n’avons pas besoin de politiciens pour nous représenter ou qui décident à notre place. Nous faisons tout dans la société, nous sommes à la base de la création des toutes les richesses, nous devrions pouvoir décider comment on produit, et à quel coût environnemental et humain. Mais aujourd’hui, quand nous sommes consultés, c’est « cause toujours », car le logement est considéré comme une marchandise, un produit financier, et qu’il n’est pas question de toucher au sacro-saint droit de propriété ».
Nathanaëlle Loubet pour le NPA : « porter des mesures d’urgence »
Pour le NPA, « Toulouse est une ville qui suit le même parcours que de nombreuses métropoles ».
« Les maires développent les centres villes pour “faire rayonner” leurs villes, mais cela à évidemment un impact sur les prix et force les déplacements des populations les plus précaires vers les quartiers délaissés de la périphérie de la ville. L’accès à un logement décent, que ce soit en location ou à l’achat, devient impossible pour la majorité des habitants qui se retrouvent à vivre de plus en plus loin de leur lieu de travail et de plus en plus loin des infrastructures sportives, culturelles, etc, disponibles en centre ville », détaille Nathanaëlle Loubet, numéro 2 sur la liste du NPA.
Il poursuit :
« Il nous semble que la densification de Toulouse amène pour beaucoup à une contradiction : densifier et bétonner Toulouse pour répondre aux besoins de l’industrie aéronautique et augmenter le rayonnement de la métropole d’un côté, ou voir la ville comme un lieu de vie dont l’aménagement pourrait répondre aux enjeux climatiques ».
Dans ce cadre, le NPA propose des mesures d’urgence : la réquisition des logements vacants à Toulouse et le développement des transports en commun.
Les listes du Parti ouvrier indépendant démocratique et de Nouvel Air n’ont pas répondu à notre sollicitation.
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