À Roquefort-sur-Garonne, Jacques-Claude est une figure. Dans les tribunes du Stade toulousain, tout le monde le connaît : moustaches, costume cousu main par sa femme, il incarne « Obélix » depuis près de vingt ans. Derrière ce personnage haut en couleur, un passionné de rugby, père de sept enfants, pour qui ce sport est bien plus qu’un jeu : une histoire de famille et de vie. Portrait.
Jacques-Claude n’a rien d’un supporter ordinaire. Installé en Haute-Garonne depuis 1990, cet ancien joueur a consacré l’essentiel de son existence au ballon ovale. « J’ai joué de 1991 à 2007 », précise-t-il. Fidèle à son club local, il a foulé les terrains jusqu’à l’âge de 50 ans, principalement avec l’équipe réserve.
Il découvre le rugby en Normandie dès 1988, c’est pourtant sur les terres d’Ovalie, lors de son installation dans le Sud-Ouest, que sa passion s’est véritablement enracinée. « Il y avait un petit club à côté de chez moi, j’y suis allé… et je n’en suis jamais parti. »
Depuis, le rugby rythme son quotidien : joueur, dirigeant, arbitre capacitaire et même arbitre de football. Mais aujourd’hui, le constat est sans appel : « Le rugby, c’est au-dessus de tout. »
Une affaire de famille
Dans la famille de Jacques-Claude, le rugby est une aventure collective. Père de sept enfants et grand-père de quatre petits-enfants, il a transmis ce virus à toute sa tribu. Ici, le ballon ovale ne fait pas de distinction : les sept enfants, filles comme garçons, ont tous porté le maillot. Parmi eux, sa fille aînée occupe une place particulière. « On est inséparables. Elle m’emmène partout. » Ensemble, ils parcourent les routes, enchaînant les matchs et les déplacements dominicaux. À l’inverse, son épouse observe cette ferveur avec distance. « Elle n’aime pas ça. Elle n’est jamais venue. » Un contraste que le couple vit sereinement : « Elle me laisse vivre ma passion. »
Obélix, une seconde identité
Difficile d’évoquer Jacques-Claude sans mentionner son alter ego : Obélix. Le personnage naît à la fin des années 1990. « Je suis normand, je me suis dit : le Gaulois, ça me correspond. » D’abord limité à un simple casque, son costume s’est étoffé grâce aux talents de couturière de sa femme. Aujourd’hui, la panoplie est iconique : pantalon rayé, Idéfix au bras, moustaches gauloises et équipements dédicacés par les joueurs. Depuis son abonnement au Stade Toulousain en 2009, il ne rate aucune rencontre sous les traits du héros de BD. « Que ce soit à domicile ou à l’extérieur, je suis toujours en Obélix. » Une célébrité de tribune qu’il savoure avec la bonhomie naturelle du Gaulois qu’il incarne. « Les enfants disent : Regarde maman, c’est Obélix !«
Des kilomètres et des souvenirs
Pour Jacques-Claude, soutenir son équipe est synonyme de voyage. Il garde un souvenir ému des épopées à Twickenham ou Cardiff. « On a fait presque 40 heures de bus aller-retour », se rappelle-t-il. Malgré la fatigue, ces trajets restent gravés. Chaque saison, il multiplie les déplacements, visitant Marseille, Bordeaux ou Paris. Au-delà du score, il défend les valeurs du sport. « Le respect, c’est la base. » Pour lui, la fraternité des tribunes est sacrée : que le score soit clément ou cruel, l’amitié survit toujours au coup de sifflet final.
Malgré les années et les aléas de santé, Jacques-Claude reste fidèle au poste. Sa présence est devenue un rituel, salué par les joueurs eux-mêmes qui n’hésitent pas à échanger avec lui à la Bodega. Son ultime souhait ? « Être un jour dans les vestiaires avec l’équipe. »
« Je partirai avec mon costume »
À la question de savoir s’il changerait quelque chose à son parcours, la réponse fuse : « Bien sûr que non. » Sa dévotion est telle qu’elle défie le temps. « À ma mort, ils m’enterreront avec mon habit d’Obélix », confie-t-il avec une certitude tranquille. Dans les travées du Stade Toulousain, Jacques-Claude est bien plus qu’un spectateur ; il est le visage d’un rugby populaire, généreux et profondément humain. Par Toutatis !