Il a commencé la saison comme un anonyme et est aujourd’hui l’un des joueurs majeurs du groupe Toulousain. Âgé d’à peine 21 ans, Kalvin Gourgues est la révélation de la saison en Top 14. Il revient en longueur sur son ascension fulgurante.
En septembre, vous veniez de disputer vos premières minutes de la saison lorsque vous racontiez à La Dépêche vos graves pépins de santé qui vous ont handicapé lors des saisons précédentes. Est-ce que vous l’auriez cru si on vous avait annoncé où vous en seriez huit mois plus tard ?
Non, pas du tout ! On ne peut pas s’imaginer que ça se passe aussi bien. Surtout à ce niveau-là, c’est très dur. Et on sait qu’on n’est pas épargné par les blessures. Et je suis très content de la tournure que ça a pris. Maintenant, j’espère que ça continuera comme ça.
Vous réalisez le chemin parcouru depuis septembre, entre l’équipe de France, les 21 matchs disputés avec le Stade…
Ah oui, je réalise quand je repense aux matchs vécus, à tous ces entraînements, mais après, c’est vrai que c’est encore tout nouveau, tout neuf. Et je pense que je n’arrive pas encore à mesurer l’impact que ça a pu avoir sur moi ou sur ma vie. Mais je ne me prends pas la tête. Je suis très heureux de continuer à prendre du plaisir sur le terrain.
Sur quoi pensez-vous avoir progressé cette saison ? Qu’est-ce qui vous a fait passer un cap ?
C’est un peu compliqué parce que… En tout cas, moi, je regarde vachement ce sur quoi je dois progresser. En fait, on n’est jamais parfait partout. Et c’est vrai que même sur mes points forts ou sur les points que j’essaie d’améliorer, je ne dirais jamais que c’est parfait. Je suis très perfectionniste en plus. En fait, de match en match, on peut vite se faire remettre en question… Un week-end, on est très bon en défense, un autre week-end, on passe complètement à côté. Au final, on se dit, non, je n’ai pas progressé, il faut que j’y retourne. Donc, je n’ai pas vraiment de secteur qui me vient en tête, mais je sais juste que c’est plutôt de la remise en question permanente qui fait qu’on essaie d’élever les curseurs.
Quand vous dites qu’il y a des domaines sur lesquels vous devez progresser, à quoi pensez-vous ?
Je pense à ma lecture défensive, à mon efficacité au plaquage. Physiquement, continuer à bien me renforcer, tout ce qui est articulation, tout ce qui est musculaire pour éviter de se blesser et de rater des échéances. Après, c’est toute une harmonie à trouver entre la récupération, l’hygiène de vie, etc. Ceci dit, on est très bien suivi par les staffs. On communique beaucoup là-dessus et ils sont quand même vachement à notre écoute pour arriver à travailler certains aspects où on a un peu de mal ou aussi à savoir quand nous faire récupérer ou quand nous faire renforcer des points sur lesquels on peut être un peu fragile.
Ce suivi très méticuleux vous change par rapport à ce que vous aviez connu en espoirs ?
J’ai la chance d’avoir été suivi par le staff médical pro durant ma convalescence l’an dernier et même pendant un an et demi donc, ça ne me change pas trop. Depuis le début, j’ai été super bien suivi, que ce soit ici ou par les instances qu’on a contactées suite à mon problème. Et ça continue. On est vraiment très bien accompagnés là-dessus et c’est une force aussi du club.
Depuis que vous êtes chez les pros, avez-vous changé quelque chose dans votre style de jeu ?
Non, pas vraiment. J’essaie de ne pas me focaliser sur ma manière de jouer individuellement. J’essaie de plutôt me concentrer sur le secteur dans lequel je dois être utile. Ça dépend des séquences de jeu, mais il y a des séquences où il va falloir faire que des rucks et il va falloir se donner, des séquences où il va falloir bien se placer pour proposer des solutions à nos leaders de jeu, à nos maîtres à jouer. C’est plutôt de l’adaptation et arriver à être impactant et à pouvoir déstabiliser la défense ou aider l’équipe à n’importe quel moment et avec n’importe quel rôle. Que soit un mec qui touche le ballon, que ce soit l’efficacité dans les rucks, très bon en défense, une bonne lecture, une bonne communication, c’est un tout sur lequel j’essaie de me concentrer.
Et dans votre vie de tous les jours, qu’est-ce qui a changé avec votre nouveau statut ?
Le seul truc qui a un peu changé, on va dire, c’est qu’il y a de plus en plus de regards insistants quand je me balade, tranquille dans la rue ou quand je vais faire mes courses. Mais je ne me focalise pas là-dessus. Des fois, ça m’arrive de croiser des regards et comprendre que les gens m’ont reconnu. Mais bon, je n’y prête pas plus d’attention que ça. Après, ça n’a pas changé grand-chose. Je vis ma vie tranquillement.
Vous êtes devenue une personnalité publique, notamment après votre passage en équipe de France (2 sélections)…
Je suis assez pudique dans la vie, donc c’est sûr que ça a un peu changé ma façon… (Il réfléchit) Moi, ça ne m’a pas changé, mais c’est vrai que quand je me balade en ville, je sens qu’il y a plus de regards sur moi, et je ne suis pas très à l’aise… On n’est pas préparé à ce que ça change du jour au lendemain. Mais c’est toujours un plaisir quand je croise des gens qui me félicitent pour ce que je fais ou qui supportent le Stade. C’est cool d’être suivi et d’être encouragé. C’est une force pour nous et puis c’est bienveillant. Je n’ai pas de souvenirs d’avoir été accosté par quelqu’un de très lourd.
Le grand espoir du cyclisme français, Paul Seixas, vient d’annoncer qu’il allait participer au Tour de France, vous êtes d’accord si on dit que vous avez un peu la même trajectoire que lui ?
Je ne suis pas trop le vélo. J’ai entendu parler de Paul Seixas, qu’il se battait avec Pogacar mais je n’ai pas plus suivi que ça. Mais wow, à 19 ans, c’est très fort ! Je ne sais pas si on a la même trajectoire mais c’est cool de pouvoir avoir des Français qui s’imposent dans leur sport, et d’autant plus quand ils sont jeunes. Donc c’est cool, j’espère pour lui qu’il gagnera le tour. Ça serait très grand. C’est comme ça qu’on marque l’histoire du sport.
Vous avez marqué 12 essais cette saison, il y en a un qui vous reste en mémoire plus que les autres ?
Il y a forcément celui de Bordeaux qui a beaucoup fait parler, et à titre personnel, c’est celui qui m’a peut-être le plus énervé ou le plus frustré (le 22 mars dernier, il avait inscrit un essai de 80m en fin de match. Ce soir-là, le Stade Toulousain s’était incliné face à l’UBB, 44-20) parce qu’on avait perdu. Après, je repense à une action qu’on a jouée à domicile sur la dernière journée de Champions Cup (face à Sale, 77-7), Ce n’est pas moi qui ai marqué, mais j’ai contribué à l’essai. C’est l’essai qu’on marque de 100 mètres sur un renvoi d’un but. Et derrière, c’est Antoine (Dupont) qui finit. Celui-là me reste en tête parce que l’action est « parfaite ». On joue tous bien le coup. On prend du plaisir à se faire des passes, à accélérer ensemble et à se faire marquer. J’ai vraiment pris du plaisir sur cet essai-là. C’est celui qui me revient le plus en tête à l’instant.
« Franchement, mon poste préféré, je dirai centre »
Vous pouvez jouer à tous les postes de la ligne de trois quarts, mais quelle est votre position préférée ?
Je dirais au centre. C’est le poste auquel j’ai le plus joué, pour l’instant. En 12, on est quand même plus à l’impact, on est plus proche de la défense et on a un peu moins d’espace. 13, on en a un peu plus. C’est vrai que je commençais à pas mal m’habituer au poste de 13 ces derniers temps. Je n’ai pas de préférence entre ces deux positions mais je préfère quand même centre à demi d’ouverture ou arrière. C’est-à-dire que pour l’instant, j’ai moins d’expérience et ce sont des postes sur lesquels il faut arriver à être vraiment en confiance. Et arriver à rassurer les autres aussi parce qu’il faut arriver à organiser le jeu et être impeccable pour simplifier le boulot des autres. Bref, je dirais que mon poste préféré c’est au centre. Mais j’aime bien jouer 10 ou 15 quand je dois être aligné à ces postes-là. Et après ailier, je n’y ai jamais joué mais on me dit que je peux y jouer par rapport à mes qualités de vitesse, mais bon, ce n’est pas le poste sur lequel je me dis que j’ai envie d’être essayé ou de tester. Ceci dit, si je dois dépanner pour X raisons, je le ferai et j’essaierai de faire du mieux possible.
Y a-t-il un joueur qui vous a plus impressionné que les autres parmi ceux que vous avez affrontés ?
Non, il n’y a pas un joueur qui me vient vraiment en tête comme ça, un nom en particulier qui se sort des autres, mais on sent que toutes les équipes prennent du niveau et qu’il y a des joueurs qui émergent dans chaque équipe, dans chaque écurie du Top 14 ou même à l’international. C’est bien pour le rugby et c’est super bien pour nous aussi de se confronter à des joueurs qui sont très complets et qui sont déjà arrivés depuis longtemps, des joueurs qui émergent et qui ont un sacré niveau. Ça nous permet de s’évaluer aussi et de jouer contre ce qui se fait de mieux. Je dirais qu’il n’y a pas un joueur qui m’a impressionné plus qu’un autre, beaucoup ont été très impressionnants cette saison. C’est le niveau global qui s’est vachement haussé, et puis on peut le voir aussi sur la course à la qualification qui est quand même méga serrée, du 1er au 9e. Ce n’est pas lors de toutes les saisons qu’on a l’habitude de voir ça.
Justement ce sera la première saison que vous vivez dans son intégralité, ça donne encore plus envie de goûter à ces phases finales. ?
Bien sûr, les saisons sont longues. On a envie de se qualifier avec la manière et d’aller remporter le maximum de matchs qu’on peut sur les quatre dernières journées. Et après, le but, c’est forcément, nous, en tant que joueurs, individuellement, d’y être pour apporter l’équipe et aller chercher un nouveau bouclier ensemble et voilà je pense que c’est l’état d’esprit de chaque mec. Et pour moi, à titre personnel, c’est un truc de ouf et j’ai surtout envie d’y être de pouvoir apporter et soulever le bouclier à la fin !
















