EXCLUSIF. L’affaire de l’Ehpad de Lherm vacille après l’annulation de l’expertise clé pour vice de procédure. Sept ans après la mort de cinq résidents, les familles redoutent que la justice referme définitivement le dossier.
C’est un séisme. Sept ans après la mort de cinq pensionnaires de l’Ehpad La Chêneraie à Lherm, au sud de Toulouse, l’expertise clé du dossier a été annulée par la chambre de l’instruction ce jeudi 7 mai 2026.
Le 31 mars 2019, cinq pensionnaires de l’Ehpad La Chêneraie, à Lherm, avaient perdu la vie après avoir consommé une salade périgourdine. Ils avaient été pris de vomissements et d’autres symptômes inquiétants. Après s’être enlisé, le dossier s’effondre sur un détail de procédure : l’oubli de la prestation de serment du « sapiteur ». Ce technicien avait été sollicité par l’expert judiciaire pour identifier l’origine de l’intoxication. C’est lui qui avait mis le doigt sur les failles fatales : une rupture de la chaîne du chaud liée à un chauffe-plat défectueux et une cellule de refroidissement mal refermée. Cette expertise est le cœur de l’affaire. La décision de justice pourrait définitivement enterrer l’espoir des familles de voir cette procédure aboutir.
Qui est responsable ? L’incapacité du juge d’instruction à mener ce dossier à terme soulève l’indignation des familles de victimes qui ont l’impression d’être totalement « oubliées » par la justice.
Car cette annulation risque de rouvrir des plaies déjà gangrenées par une instruction fleuve n’ayant jamais conduit à la mise en examen des propriétaires de cette structure gérée par le groupe Oméga puis Korian.
Un tableau très éloigné des déclarations de la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui, à l’époque, promettait une enquête rapide et efficace. Tout le contraire de ce qui s’est réellement passé.
Les avocats sous le choc
« Je suis sous le choc. C’est une immense déception de voir la forme renversée par le fond de ce dossier. Après tant d’années, une impasse totale est inconcevable. Si les choses avaient été traitées dès le départ, on aurait pu les rattraper mais là, le dossier est très vieux », réagit Me Nicolas Raynaud de Lage, l’avocat de la famille Courvoisier, dont une retraitée est décédée.
« Nous sommes atterrés par cette décision qui signe un abandon des victimes par la justice. Comment comprendre que ni le magistrat instructeur ni la cour n’aient entrepris de recherches pour retrouver cet expert et élucider le mystère de cette pièce qui a disparu ? Pour le reste, le combat continue et bon nombre d’éléments démontrent l’indigence de la gestion sanitaire de cet établissement qui a entraîné la mort de toutes ces personnes qui avaient accordé à cet Ehpad leur entière confiance », abondent Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin, qui représentent d’autres parties civiles. « Nous demandons dès aujourd’hui une nouvelle expertise. Le frigo, l’armoire chauffante et le lave-vaisselle ont été placés sous scellés. Il suffit qu’un expert soit de nouveau désigné pour constater les dysfonctionnements », poursuit Me Alexandre Martin, qui veut continuer à se battre. Me David Nabet-Martin se joint à la requête. « Le naufrage continue. Cela aurait pu être la première affaire révélatrice des dysfonctionnements des Ehpad mais le fiasco continue », poursuit Me Pierre Lebonjour.
Comme le cabinet L’Immeuble…
D’après nos informations, l’expert avait été reçu dès le mois d’avril 2019 par la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse. Entendu en 2019, l’intervenant ne pouvait certifier avoir paraphé ce document crucial, noyé parmi de nombreuses pièces administratives. Cet intervenant, alors employé par le bureau Veritas, devait-il réellement prêter serment avant les actes ou sa société, considérée comme experte dans le monde entier, suffisait-elle à justifier ses actes et sa neutralité ?
La justice estime que non. Mais elle ne remet pas en cause la mise en examen de trois suspects dont la responsable du site ainsi que celle du cuisinier. Les poursuites seront probablement fragilisées, tout comme une partie des auditions menées par les gendarmes.
À ce stade des investigations, nul ne sait si ce document n’a jamais existé ou s’il a été égaré. Ce couac rappelle celui du dossier très médiatique du cabinet L’Immeuble. Là encore, dans une affaire d’escroquerie à plus de 27 millions d’euros, des pièces de procédure ont mystérieusement disparu et des avocats ont soulevé des nullités de procédure. Une série qui interroge.













