Une mère de famille de 44 ans a été condamnée, ce jeudi 18 juin, par le tribunal correctionnel de Toulouse, après l’intrusion violente survenue au collège Clémence-Isaure. Elle écope d’un an de prison, dont six mois fermes, sous bracelet électronique.
Fatma paraît presque effacée. Tunique marron, voile assorti, grandes lunettes carrées sur le visage, mine embarrassée et épaules étroites. Ce jeudi, au tribunal correctionnel de Toulouse, la mère de famille de 44 ans comparaît libre. Un mois plus tôt, elle était en prison. Son irruption avait profondément secoué le collège Clémence-Isaure, dans le quartier Saint-Cyprien. Le 13 mai, peu avant midi, cette femme, pourtant si discrète devant les juges, avait « les yeux de la haine », selon plusieurs témoins.
Elle était entrée dans l’établissement avec plusieurs de ses enfants. L’un d’eux était muni d’un couteau, d’après des témoignages. Très vite, la situation dégénère. Les membres de la famille menacent des élèves et des personnels. Deux collégiens sont frappés. Fatma aurait lancé à l’un de ses enfants : « Vas-y, plante-le, défonce-le. » La prévenue conteste avoir prononcé ces mots.
À l’origine de cette intrusion armée, il y a le récit du plus jeune fils de la famille, scolarisé en sixième au collège depuis le mois de mars. L’enfant affirme être harcelé depuis plusieurs semaines. Il évoque des insultes, des violences, des propos à caractère sexuel. « Deux garçons l’ont harcelé, ils lui ont dit : ‘Je vais te violer’, ‘baisse ton pantalon’, ils l’ont frappé », souffle sa mère à la barre.
Ce jour-là, Fatma dit avoir appris que son fils venait d’être agressé. Elle affirme être entrée dans le collège pour récupérer sa fille. « J’étais mal garée. Je le dépose, je n’ai pas le temps de repartir, Y. frappe mon fils », tente-t-elle de justifier. La famille se serait jetée sur un élève de 14 ans, désigné comme l’un des harceleurs supposés. Celui-ci n’a pas souhaité déposer plainte, par peur de représailles. Un autre collégien, intervenu dans la confusion, a également été victime de violences.
« Je l’ai trouvée enragée… »
Dans la rixe, une assistante de prévention et de sécurité, Mme B., s’interpose. Elle est bousculée. À la barre, elle dit avoir d’abord minimisé le choc. Puis les nuits se sont dégradées. Le sommeil a disparu. « J’ai eu le temps d’analyser la situation. Je ne dors plus. Je croise des familles d’élèves qui me parlent de cette affaire. J’ai eu peur de recroiser la famille », confie-t-elle, prise dans les sanglots. « Je l’ai trouvée enragée. Ce regard des personnes qui vivent une injustice… Je ne cautionne pas la violence dont elle a fait preuve. »
Après l’interpellation de la famille près du collège, les policiers fouillent le véhicule. Ils y découvrent une bombe lacrymogène, un couteau de chef, un couteau de pâtissier, des lames de 22 et 30 centimètres. Au total, cinq armes blanches sont retrouvées. Lors de la perquisition au domicile, les enquêteurs mettent aussi la main sur un pistolet, une cartouche à blanc de 9 mm, du gaz lacrymogène et des munitions pour carabine.
« Comment expliquez-vous cet arsenal d’armes blanches retrouvé dans votre voiture ? », interroge le président. « J’étais en plein déménagement », répond la prévenue.
À la barre, la principale du collège Clémence-Isaure mesure les dégâts laissés dans l’établissement. Cheveux gris bouclés, ton ferme, elle décrit un collège déjà engagé dans un travail patient sur son climat scolaire. « C’est compliqué pour l’établissement. Sa réputation a pris un sacré coup », explique-t-elle.
Pour Me Jocelyn Momasso Momasso, avocat de Mme B., cette affaire dépasse le simple dérapage familial. Il y voit un symptôme : « la perte de respect envers les institutions scolaires et ceux qui les incarnent ». « Je constate aussi la facilité avec laquelle les gens sortent une arme blanche », plaide-t-il, la voix encore tranchante malgré l’heure tardive. « Aujourd’hui, j’attendais de la reconnaissance, un début d’excuse. Nous n’avons rien eu. C’est une famille en difficulté, en souffrance. Mais l’école, c’est un sanctuaire. En continuant comme ça, vos enfants seront devant une cour d’assises ou en prison. »
« Le harcèlement fait des morts… »
Nommée par l’administrateur ad hoc pour représenter les deux élèves agressés, Me Nolwenn Jaffré insiste sur l’incompréhension des adolescents. « Tous les deux ne comprennent pas pourquoi elle a demandé à ses enfants de les attaquer. C’est une maman », relève l’avocate. Elle réclame 1 000 euros au titre du préjudice moral pour chacun.
Dans ses réquisitions, le procureur de la République, David Charmatz, frappe plus fort encore. Il rappelle l’actualité récente des violences scolaires. « On a la mémoire courte. Le 10 juin 2025, une même Mme B. mourait sous les coups de couteau d’un élève, à Nogent. Elle aurait pu être la deuxième assistante morte », lance-t-il, en s’adressant à la prévenue. Pour le magistrat, Fatma n’était peut-être pas directement armée, mais elle aurait fourni l’élan, la colère, l’impulsion. « Son bras armé, c’est son fils. » Il requiert quinze mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans.
La défense, elle, tente de replacer les faits dans un autre décor : celui d’une mère dépassée, convaincue que son fils était victime de harcèlement. « Le harcèlement, c’est une réalité qui fait des morts », tonne Me Ismaël Meziti. Il conteste l’idée d’une mère ayant armé ses enfants ou ordonné une attaque. « Elle n’avait pas de couteau. Elle n’a pas dit : ‘Plante-le' », insiste-t-il.
Le tribunal ne suit pas cette lecture. Après délibéré, Fatma est déclarée coupable. Le président retient une attitude vindicative, une participation à la rixe et une forme d’incitation dans les violences commises devant l’établissement. La mère de famille est condamnée à un an de prison, dont six mois ferme, exécutés sous bracelet électronique. Le tribunal veut, dit son président, « marquer la gravité des faits ». Fatma a interdiction d’entrer en contact avec les victimes et de paraître aux abords du collège Clémence-Isaure. Elle devra également indemniser les parties civiles : 1 000 euros pour chacun des deux élèves agressés, et 1 500 euros pour Mme B.














