Dans la vallée du Célé, à Corn, une grotte connue des spéléologues depuis 2009 n’avait jamais fait l’objet d’aucune étude scientifique. Ses parois portent pourtant des chevaux gravés et peints datant du Paléolithique supérieur. En septembre 2025, une équipe du CNRS menée par l’un des plus grands spécialistes mondiaux de l’art pariétal est entrée dans la cavité pour la première fois avec du matériel d’analyse.
Ce que ces chercheurs ont trouvé pourrait changer la carte préhistorique du Quercy.
Une cavité connue depuis 2009, mais jamais analysée
C’est en septembre 2009 que le spéléologue professionnel Jean-Luc Guinot repère quelque chose d’inhabituel en explorant une grotte de la commune de Corn, dans la vallée du Célé, à une vingtaine de kilomètres de Figeac. En cherchant à prolonger une galerie principale, il scrute minutieusement les parois et remarque sur une voûte un trait gravé et peint. Il escalade deux mètres de paroi calcaire et découvre un cheval. Puis un deuxième. Puis un troisième.
La grotte du Pech d’Arsou renferme en réalité trois représentations de chevaux : deux gravés dans la roche, un troisième gravé et recouvert de pigment noir. S’y ajoutent la patte d’un animal non identifié et de larges traits gravés dont la signification reste à déterminer. L’ensemble est regroupé dans un espace que Guinot baptise lui-même la “coupole des chevaux”, nichée à deux mètres cinquante du sol au plafond d’une galerie d’environ quatre-vingt mètres de long. Pendant seize ans, personne ne reviendra analyser ces œuvres.
Le CNRS entre en scène en septembre 2025
Le 3 septembre 2025, la grotte du Pech d’Arsou s’ouvre enfin à la science. Michel Lorblanchet, directeur de recherche honoraire au CNRS et l’un des préhistoriens les plus reconnus au monde pour l’étude des grottes ornées du Quercy, mène une expédition d’une journée dans la cavité. Il est accompagné de douze géomètres-experts du Lot et du Tarn-et-Garonne, dont la précision des relevés topographiques est indispensable pour cartographier avec exactitude la position des œuvres dans l’espace.
L’objectif de cette première campagne d’analyse est de produire un relevé complet du panneau pariétal et d’entamer une étude stylistique des figures. En comparant les traits, les proportions et les techniques utilisées avec d’autres sites du Quercy, les chercheurs peuvent estimer une période d’exécution. Les premières observations, fondées sur des critères régionaux, situent ces représentations dans le Magdalénien, entre 15 000 et 22 000 ans avant notre ère. Une datation au carbone 14 doit confirmer ou affiner cette fourchette. La grotte demeure fermée au public, et son accès strictement réservé à un usage scientifique.
Un territoire qui n’a pas fini de livrer ses secrets
Le Lot est l’un des départements les plus riches d’Europe en matière d’art pariétal préhistorique. Le territoire du Quercy, au cœur du Géoparc mondial UNESCO des Causses du Quercy, compte une vingtaine de grottes ornées. Les plus célèbres, le Pech Merle à Cabrerets et les grottes de Cougnac à Payrignac, sont ouvertes aux visiteurs et accueillent des milliers de curieux chaque année. Mais l’essentiel des sites reste fermé, protégé, étudié en silence par des équipes comme celle de Lorblanchet.
Le Pech d’Arsou s’inscrit dans cette tradition de découvertes tardives. La vallée du Célé, encaissée entre des falaises calcaires, concentre à elle seule une douzaine de grottes ornées dans un rayon de dix kilomètres. La proximité stylistique entre les chevaux de Pech d’Arsou et ceux du Pech Merle, situé à quelques kilomètres de là, ne manque pas d’intriguer les spécialistes. Des similitudes de technique, notamment dans l’utilisation du pigment noir pour remplir l’avant-train des chevaux, pourraient indiquer un lien entre les deux sites ou une même tradition artistique locale.
Des empreintes d’ours des cavernes ont également été relevées dans la grotte, témoignant d’une occupation animale antérieure à celle des hommes préhistoriques, ou contemporaine de leurs passages.
Ce que la datation pourrait changer
Tant que les résultats du carbone 14 ne sont pas publiés, la question reste ouverte. Si les chevaux du Pech d’Arsou se révèlent remonter à la limite haute des estimations actuelles, ils pourraient rejoindre le cercle très restreint des sites lotois datés de plus de 20 000 ans, aux côtés de Cougnac et de Pech Merle.
Une perspective qui transformerait une grotte inconnue en référence pour la recherche préhistorique en Occitanie. Ces prochains mois, et les résultats des analyses en laboratoire, diront si la coupole des chevaux de Corn mérite une place dans les manuels.










