Face aux fortes chaleurs à Toulouse, l’opposition municipale accuse Jean-Luc Moudenc de ne pas agir assez vite pour adapter la ville au dérèglement climatique. Parcs, îlots de fraîcheur, piscines, Garonne : les élus de Demain Toulouse réclament des mesures plus ambitieuses pour rafraîchir la Ville rose.
Il fait chaud à Toulouse ! Très chaud ! Et pour l’opposition municipale, le maire de la Ville rose n’en fait pas assez pour permettre aux habitants de se rafraîchir. « La question ne figure même pas à l’ordre du jour du prochain conseil municipal qui aura lieu ce vendredi 19 juin, alors même que les températures sont déjà étouffantes », note Agathe Roby, coprésidente du groupe d’opposition “Demain Toulouse”.
Une observation partagée par sa collègue Victoria Scampa, qui estime que « Jean-Luc Moudenc fait beaucoup de communication, mais que les mesures réellement mises en place ne sont que superficielles ». Son groupe demande une véritable planification solide. « Il doit d’abord acter le dérèglement climatique », réclame-t-elle, considérant que la majorité ne va pas assez vite en la matière.
Une prise de conscience nécessaire
« Ce n’est pas en multipliant les affiches dans la rue et les vidéos sur les réseaux sociaux que les élus agiront pour le rafraichissement des Toulousains », scande Agathe Roby, qui exige des actes forts et l’utilisation des budgets de communication pour des projets efficaces. « Car, dans 10 ans, notre ville ne sera plus vivable en l’état actuel des choses. Et 10 ans, c’est demain ! » s’agace-t-elle, s’interrogeant sur la manière d’accélérer le rythme : « Faut-il couper la climatisation dans les bureaux des élus ? » Car, c’est sans que vivent les habitants ayant besoin de la Municipalité pour se rafraîchir.
Pour le groupe “Demain Toulouse”, cela commencerait par ne pas attendre les alertes canicule pour « étendre les horaires d’ouverture des parcs après 20h30. Même si les périodes de fortes chaleurs commencent en mai », précise Victoria Scampa. Des parcs, ou autres espaces verts, desquels aucun habitant de la ville ne devrait se trouver à plus de 15 minutes. L’idée étant de pouvoir se rafraîchir à l’extérieur.
Moins de minéral, plus de végétal
Pour ce faire, les élus de La France Insoumise, du NPA l’Anticapitaliste et de l’Assemblée des quartiers proposent d‘installer des jeux d’eau sur des places très minéralisées comme celle des Maourines, de recenser et surtout rendre gratuits les zones de fraîcheur comme les lieux culturels, et de débitumiser, plus largement. Déjà, Jean-Luc Moudenc annonçait lors de la présentation des nouvelles mesures du plan “Toulouse + Fraîche”, vouloir « débitumer 50 000 m2 au total en 2026 ». 36 lieux seront concernés, ce qui permettra de franchir le cap de 26 hectares dégoudronnés. « Depuis 2020, nous avons débitumé 264 000 m2 sur le territoire de la ville, c’est-à-dire l’équivalent de 38 terrains de rugby », précisait le maire. Pas assez pour l’opposition, qui déplore par ailleurs que la plupart des projets de ce type soient proposés par les habitants, via le programme “Mes idées pour mon quartier” et non par la majorité.
Trop peu, et trop lentement, aux yeux des élus “Demain Toulouse”. Victoria Scampa cite notamment en exemple la cadence à laquelle sont aménagées les cours oasis dans les écoles, et installés les brasseurs d’air dans les classes, et regrette « que la Mairie soit plus rapide pour déployer des caméras vidéo ». Pourtant, de son côté, Jean-Luc Moudenc affirmait en mai dernier, que les 1 506 classes des écoles maternelles et élémentaires étaient toutes équipées de brasseurs d’air depuis ce printemps, que 133 cours oasis avaient été réalisées dans les établissements scolaires (Toulouse compte 213 écoles), que 70% des crèches municipales disposaient d’une cour végétalisée et que des pièces fraîcheurs avaient été aménagées dans 100% d’entre elles et 76 écoles.
Se baigner dans la Garonne ?
Parmi les pistes explorées par l’opposition pour permettre aux Toulousains de se rafraîchir, la Garonne. Ou plus précisément sa “baignabilité”. « Pourquoi ne pourrait-on pas se baigner dans la Garonne alors que l’on peut le faire dans la Seine à Paris, fleuve qui est beaucoup plus pollué », se questionne Agathe Roby, pour qui il s’agirait là d’une mesure sociale, « tout le monde n’ayant pas une piscine privée ! » Selon l’élue, la Mairie ne voudrait même pas étudier cette possibilité.
Cette dernière a cependant lancé, en 2023, une étude concernant la définition d’un programme d’aménagement à la prairie des filtres. Mais elle se montrait pessimiste eu égard au coût d’une telle opération, à la complexité environnementale (la Garonne est classée Natura 2000), et au risque sanitaire et sécuritaire : « La Garonne présente un risque sanitaire et un caractère dangereux, en raison d’un courant potentiellement fort, de détritus et/ou embâcles (accumulation de végétaux, bois, terre…, NDLR) et du niveau parfois bas du fleuve », précisait la Ville au lancement de l’étude.
Mais les arguments ne convainquent pas l’opposition. D’une part, parce que trois ans après, les résultats ne sont toujours pas connus. Et d’autre part, parce que « il s’agit d’un projet qui serait exploité par une entreprise privée », précise Agathe Roby. Elle, évoque une initiative de plus grande ampleur, accessible à tous, « dont il faudrait discuter avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne, le Département et Toulouse Métropole pour lancer des études… sérieuses ».
L’accès à l’eau pour tous
Si l’on ne peut toujours pas se baigner dans la Garonne, restent les piscines municipales. Mais là aussi, “Demain Toulouse” dénonce un plan de rénovation trop peu ambitieux : « Toulouse, troisième ville de France, n’y investit que 30 millions d’euros, tandis que Strasbourg en est à 100 millions », constate la coprésidente du groupe, pour qui il n’est question que de volonté politique. Et ne lui parlez pas du projet de la Cité de la natation, « projet privé, réservé aux classes socioprofessionnelles les plus aisées ».
« Ce dont les Toulousains ont besoin, c’est d’un accès à l’eau pour tous », résume Agathe Roby. Et selon l’élue, ce n’est pas le cas, citant pour exemple la création récente du bassin nordique de la piscine Toulouse-Lautrec : « Cet équipement est prévu pour nager, il n’y a pas pied, ce qui exclue d’emblée tous ceux qui ne savent pas nager ou qui se rendent à la piscine pour barboter, pas pour faire des longueurs », précise-t-elle pour illustrer « le décalage entre les besoins des habitants et l’offre qui leur est faite. »












