Après une violente altercation au lycée Jules-Guesde de Montpellier en avril dernier, une mobilisation des syndicats il y a 15 jours devant le rectorat pour dénoncer le manque de moyens humains, les professeurs de lycée décrivent une insécurité devenue « multifactorielle ».
Le 20 mai dernier, les professeurs de lycée se sont rassemblés devant le rectorat de Montpellier pour réclamer des moyens d’urgence face à un sentiment d’insécurité grandissant. De son côté, le rectorat tente d’éteindre l’incendie et assure qu’un « travail étroit est mis en place avec l’ensemble des établissements pour assurer l’adéquation entre les moyens et les besoins », promettant des réponses « ajustées et équitables ».
A Montpellier, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est tombée au lycée Jules-Guesde. Le 10 avril dernier, une violente altercation physique et verbale y éclatait entre un enseignant et des élèves, capturée par les smartphones de la classe. Un séisme local, auquel s’ajoute un ras-le-bol général face au manque de moyens humains, notamment de surveillants.
En réponse, le rectorat rappelle que la sécurité et le respect dus aux enseignants constituent le « socle inaliénable de l’École ». À la suite d’une « enquête flash » diligentée au lycée Jules-Guesde, Aymeric Meiss, le directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN) de l’Hérault, a réaffirmé « qu’aucune forme de violence, qu’elle soit verbale ou physique, n’est tolérée ».
Manque de moyens financiers et humains
Pour Cyril Garcia, professeur de mathématiques syndiqué au SNES-FSU de l’académie de Montpellier, l’Éducation nationale ne mesure pas l’ampleur du problème d’insécurité dans les établissements scolaires du second degré. Selon lui, l’origine de cette tension grandissante est avant tout budgétaire. « Les restrictions financières entraînent une érosion des moyens humains. Et le manque de personnel pour surveiller, guider et orienter les élèves, conduit rapidement à l’instauration d’un climat instable », déplore l’enseignant héraultais.
Lorsqu’un élève est exclu d’un cours pour indiscipline, la faiblesse des effectifs d’assistants d’éducation rend la prise en charge administrative et la surveillance des bâtiments extrêmement complexes. « Parfois, une conseillère principale d’éducation (CPE) se retrouve seule pour assurer la sécurité d’un bâtiment entier », alerte le syndicaliste.
À ce manque de personnel et à la gestion de classes d’une trentaine d’élèves s’ajoute le rôle des familles dans l’accompagnement de leurs enfants. « C’est parfois les parents qui viennent en confrontation avec les professeurs », raconte Cyril Garcia. « Je me souviens de cas où l’équipe de direction et les collègues ont dû s’interposer physiquement entre un enseignant et la famille d’élèves. »
Une fracture générationnelle
Pourtant, ce « sentiment d’insécurité » ne se résume pas à la peur des agressions physiques, qui restent minoritaires. Le malaise est plus insidieux, exacerbé par les réformes successives du lycée et du Baccalauréat, impulsées par l’ex-ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Avec le contrôle continu et l’algorithme Parcoursup, la pression s’exerce dès la classe de seconde : « De formateurs, nous avons été transformés en évaluateurs permanents », regrette l’enseignant de mathématiques. Les rapports se tendent pour un demi-point de moins, plongeant certains élèves dans une véritable détresse psychologique et poussant les familles à faire pression sur les professeurs par le biais d’applications de gestion comme Pronote.
À cette pression s’ajoute celle du choc générationnel : « TikTok, Google, ChatGPT… Les élèves, et leurs familles, habitués désormais à l’immédiateté, veulent des réponses rapides ». Sans compter que l’irruption massive de l’intelligence artificielle a installé une culture de la suspicion. Les enseignants se muent en policiers anti-triche, traquant faux devoirs, oreillettes et montres connectées, ce qui génère une forte « insécurité professionnelle ».
Enfin, la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux complique la gestion des conflits en classe, où le moindre recadrage vire à « une scène dramatique » ou est filmé à des fins de glorification en ligne. Face aux vagues de haine ou de harcèlement numérique visant les professeurs, le syndicat SNES-FSU déplore l’absence de bouclier institutionnel : « Le rectorat répond au cas par cas. Les collègues sont souvent laissés seuls lorsqu’ils sont ciblés sur les réseaux par des élèves ».
Rétablir l’unité des personnels de l’établissement
Pour les personnels mobilisés, la réponse ne passera pas par un “flicage” des élèves, mais par le retour des espaces d’échange entre tous les acteurs de la communauté éducative. Professeurs, assistants d’éducation ou encore agents d’entretien : « Ces interactions sont aujourd’hui presque inexistantes durant l’année ». L’urgence est désormais « d’offrir un cadre protecteur aux enseignants sans rompre le dialogue avec les élèves », afin de redonner du sens à un métier aujourd’hui essentiel.
Arnaud Turounet










