Au lendemain de la mort d’un jeune homme âgé de 22 ans, connu pour jouer les « choufs » sur le point de deal des Izards, au nord de Toulouse, la police spécialisée poursuit ses investigations. La piste d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants ne fait guère de doute.
Les constatations menées par les spécialistes de la police judiciaire ont duré une bonne partie de la nuit. Un garçon qui serait âgé de 22 ans a été abattu samedi soir peu avant 23 heures. Plusieurs coups de feu ont été tirés avec une arme de poing automatique. Ces quatre tirs n’ont laissé aucune chance à la victime, un homme qui, ce dimanche matin, restait classé sous « X ». « C’est un clandestin à l’identité non établie », confirme une source proche du dossier.
Un homme « connu » des policiers de terrain qui veillent sur ce quartier jour et nuit. Ce qui n’a malheureusement pas empêché ce nouveau meurtre. Par qui ? Pour quoi ? Les questions restent pour l’instant sans réponse, mais chez les policiers spécialisés, personne n’imagine sérieusement une autre raison que le trafic de drogue.
Guetteur sur le point de deal
Déjà parce que la victime est identifiée comme un « chouf », ces garçons qui surveillent les allées et venues pour sécuriser les points de deal et qui hurlent les alertes, notamment quand les voitures sérigraphiées des forces de l’ordre arrivent dans le secteur. Pourtant, le point de deal dit de la Poste toute proche, qui, voilà quelques années, rapportait plus de 40 000 euros par jour, n’a plus grand-chose à offrir.
« C’est bien le problème, admet un enquêteur. Ce point de deal n’existe pratiquement plus depuis cinq ans. Les patrouilles de terrain ne cessent de le répéter. La vente de stups a migré vers Borderouge, un peu plus au nord, ou surtout via les réseaux sociaux. Et malgré ça, on tue encore. »
L’incarcération mi-avril de plusieurs figures proches du clan « historique » qui régnait sur ce quartier du nord de Toulouse, notamment le frère du chef désigné Mohamed Zerrouki, incite-t-elle certains à vouloir mettre la main sur le point de deal ? L’hypothèse « sera forcément étudiée », sourit une membre de la division de la criminalité organisée et spécialisée, saisie de l’enquête pour « assassinat » par le parquet.
Déjà deux morts et d’autres tirs samedi soir à Bellefontaine
Et même si, à force d’investigations, la police spécialisée a mis hors d’état de nuire le clan historique et leurs adversaires, « la prison n’a jamais empêché les stupeux de continuer à travailler », prévient un observateur avisé. D’ailleurs, parmi les cadres de la police toulousaine, après les arrestations récentes, on craignait de nouveaux soubresauts violents.
En tout cas, ce jeune homme est déjà la deuxième victime de l’année qui meurt sur fond de narcotrafic. En janvier, à Bagatelle, de l’autre côté de Toulouse, un garçon âgé de 20 ans a été tué sur un autre point de vente de drogues. Et samedi soir, une heure avant l’assassinat des Izards, de nouveaux coups de feu ont encore résonné à Bellefontaine, une autre cité du Mirail où les incidents se succèdent depuis plusieurs semaines toujours sur fond de maîtrise d’un point de vente de drogues.
Un quartier transformé, marqué par le deal et la mort
L’homme mort samedi soir a été abattu où sont tombés, en août 2020, deux autres victimes. Le premier, un coiffeur, se trouvait là « par hasard », quand des rafales ont balayé la place. Le deuxième, Djilali, exécuté au même endroit 14 jours plus tard jouait les guetteurs pour arrondir ses fins de mois que les livraisons sur son vélo finançaient difficilement.
Place Micouleau, à la sortie du métro, à deux pas de la Poste, on est au cœur de ce quartier profondément transformés depuis deux décennies. Des immeubles modernes ont remplacé les HLM fermés sur eux-mêmes, qui offraient la tranquillité aux mauvais garçons. Mais depuis plus de dix ans, la liste des morts n’arrête pas de grossir. Hier des enfants du quartier, aujourd’hui des »clandos » recrutés à moindres frais. Triste constat d’échec devant une Maison de la justice et du droit fermée « définitivement », faute de crédits.














