Jugé pour homicide routier après la mort de deux de ses amis dans un accident de voiture en novembre 2025 à Mauzac, au sud de Toulouse, Théo C. a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulouse à sept ans de prison, ce jeudi. Il a été maintenu en détention devant deux familles écrasées par la douleur.
Serré entre ses parents, il a pleuré, séché ses larmes, avant de trouver la force de s’accrocher à la barre du tribunal correctionnel de Toulouse. Hugo essaie de parler, se plie en deux, pleure encore et se baisse comme s’il priait. Son conseil approche, mais aucun mot ne sort de la bouche de ce garçon. « Parfois le silence a plus de poids que les mots », prévient son avocat, Me Pierre Le Bonjour.
Le soir du vendredi 7 novembre, ce garçon aujourd’hui âgé de 22 ans se trouvait à l’arrière de la DS3 qui fonçait dans la nuit. Quand la voiture a plongé dans le lac de Mauzac, Hugo a réussi à s’extraire malgré plusieurs fractures. Mais son frère, Thomas, 20 ans, et son ami Nino, 23 ans, sont morts après cette sortie de route. « La chronique d’un drame annoncé », dénonce la procureure Delphine Arrighi.
À 120 km/h sous la pluie avec deux pneus lisses
Accablé par les souvenirs et la douleur qui les accompagne, Hugo ne le voit pas, mais Théo C., 20 ans, le regarde, le visage fermé. Lui se trouvait au volant dans des conditions que détaille le président Fabrice Rives. Son permis suspendu, sa consommation de cannabis « juste avant de prendre le volant », ce contrôle des gendarmes où il préfère accélérer que s’arrêter, cette vitesse folle – « 120 km selon l’expertise », prévient le magistrat – sous la pluie et « avec une voiture aux deux pneus avant lisses, sans aucune adhérence… »
Le conducteur, enfance compliquée, parle « d’une situation délicate à l’époque ». Le président l’interroge, les réponses peu audibles restent vagues. En revanche, il finit par admettre ses erreurs. « Oui, j’ai menti », dit-il à propos de l’accélération folle qui aurait été soufflée par Nino. Cet aveu est accompagné d’un profond soulagement des proches de la victime, enfin débarrassés d’un poids. Et oui, il a fumé du cannabis, avant. Pas seul. « Tous sont positifs », indique le président à propos de ses amis. Et oui, il avait repéré sur Waze la présence des gendarmes au centre de Mauzac, devant l’église. Il a préféré foncer que s’arrêter.
« Une roulette russe ! »
« Il se dit condamné à y penser tous les jours. Et nous ? Il a plongé deux familles dans la douleur d’une peine à perpétuité », dénonce Mélissa, sœur courage de Nino « et presque mère parce que je l’ai élevé ». Le père de Thomas, écrasé par le chagrin, ne dit pas autre chose : « Perdre un fils, rien de plus insupportable… »
Ce procès, où la douleur affleure dans chaque souvenir, chaque détail et chaque erreur, concentre tous les comportements que la loi et la sécurité routière condamnent. « Une addition de tout ce qui n’aurait pas dû se passer », reproche Me Pierre Le Bonjour avec cette formule choc : « Cette sortie, c’est une roulette russe ! »
Forcément cela va mal finir. Quand ? À Mauzac. Trop de vitesse, de risque, de folie. « Vous êtes le responsable, prévient la procureure Delphine Arrighi. « Votre permis est suspendu. Vous le savez. Suspendu parce que vous conduisiez déjà sous les effets des stupéfiants. Pourtant vous refumez, et vous prenez le volant. Et vous roulez vite, trop vite… »
« Théo reconnaît ses fautes »
Une vidéo tournée peu avant le drame « montre le compteur de vitesse à 120 – 130 km/h. Et vos amis fument, pas des cigarettes », reproche le président Rives. Ébranlé, Théo demande juste : « Pardon, pardon, pardon ». La procureure requiert 7 ans de prison « avec maintien en détention parce que vous devez prendre conscience de vos responsabilités ». Elle demande aussi l’annulation du permis et l’interdiction de conduire pendant dix ans.
La défense marche sur un fil. Me Julien Aubry « veut avant tout respecter la douleur des familles ». « Même s’il l’a peut-être mal dit, mal expliqué, Théo reconnaît ses fautes. Je sais que, pour vous, les familles, c’est important. Pour lui, c’est un pas essentiel sur le chemin de la rédemption et, aussi, de la réinsertion. »
Le tribunal, après une heure de délibéré, condamne Théo C., 20 ans, à sept ans de prison dont deux ans avec sursis probatoire. Il devra indemniser les victimes, travailler ou se former. Son permis est annulé, avec interdiction de le repasser pendant cinq ans.
Théo a disparu entre deux gardiens de l’administration pénitentiaire. La salle s’est vidée. Les larmes ont séché. Les souvenirs, et la douleur, eux, demeurent.















