« Ce n’était pas mon heure », souffle Muhammed. Il y a un mois jour pour jour, le dimanche 18 janvier 2026, ce Toulousain de 35 ans a été victime d’une tentative d’assassinat orchestrée par sa belle-sœur. Pour 40 000 euros, des tueurs à gages lui ont tendu un piège, devant chez lui, avant de lui tirer dessus à au moins douze reprises. Plusieurs balles ont touché leur cible.« Ils sont venus pour me tuer, pour m’achever, pas juste pour me faire peur », tranche Muhammed, allongé dans un petit lit une place, le visage crispé par la douleur. Miraculeusement, alors que les balles pleuvaient à quelques centimètres de son visage, il s’en est sorti. Aujourd’hui, il raconte son calvaire à Actu Toulouse et réclame la sortie de détention de son épouse, soupçonnée d’être l’un des cerveaux de la tentative d’assassinat. Témoignage.
Le jour du drame
Le 18 janvier, c’est un dimanche pluvieux et les rues sont désertes à Ondes, petite commune de 900 habitants située au nord de Toulouse.
8 heures du matin n’a pas sonné et Muhammed, sa femme et leurs cinq enfants – âgés de 5 à 15 ans et issus de leur mariage ou d’unions précédentes – dorment paisiblement dans leur pavillon. « C’est la sonnerie à la porte qui me réveille », se souvient le père de famille. Sa femme se lève, entrouvre la porte et aperçoit un jeune homme encapuchonné, qui dit avoir « accroché » le camion conduit par Muhammed. « Ma femme voulait aller voir, mais comme elle n’était pas bien habillée j’ai dit que j’y allais à sa place. »
Il l’a regardé dans les yeux
Le camion est garé juste devant la maison ; Muhammed suit le jeune homme. Arrivé devant le véhicule, ce dernier pointe le phare arrière prétendument embouti. Le père de famille se souvient :
Je me retourne pour regarder le camion et d’un coup, il se recule de deux pas en arrière. Il regarde à gauche. Là, je sens que quelque chose ne va pas… Je me retourne et je vois quelqu’un qui me regarde dans les yeux, avec un pistolet tendu vers moi.
« Ting, ting »
Les mots jaillissent de la bouche de Muhammed en un flot de paroles incontrôlable. Sa carrure massive tranche avec les tremblements de sa voix. « La première balle est passée juste à côté de ma tête », lâche-t-il en désignant son oreille droite. Il raconte la chaleur de l’ogive qui fuse à côté de son visage, et puis le bruit, « ting, ting », et la panique totale.
« J’ai couru à droite, à gauche, et lui me tirait dessus mais il ne s’attendait pas à ce que je bouge autant. » Le père de famille est touché plusieurs fois aux jambes. Par réflexe de survie, il se jette alors sous le camion.
Son arme s’enraye
« Il continuait de me tirer dessus… les balles touchaient le sol à côté de ma tête. Il a essayé trois ou quatre fois de me tirer dans la tête mais il n’a pas réussi. » En se protégeant avec son bras, une balle l’atteint et lui transperce le biceps et l’avant-bras. À court de balles, le tireur, âgé de seulement 26 ans, tente de recharger son arme. Mais elle s’enraye, il tire dans le vide. C’est là que le jeune homme et son complice prennent la fuite.
Ensuite, la femme de Muhammed – « qui hurlait devant la maison » mais ne le voyait pas sous le camion – accourt pour lui porter secours. Les gendarmes mettent du temps à arriver : c’est elle qui lui « sauve la vie » grâce à plusieurs garrots, assure Muhammed. Transféré à l’hôpital entre la vie et la mort, il passera plusieurs jours en réanimation.
Les tueurs à gage tentent de finir le travail à l’hôpital
Très vite, les tueurs à gage tentent de « finir le travail ». Alors que Muhammed est encore à l’hôpital, ils louent un Airbnb non loin de là, sur l’avenue Jean Rieux.
À trois reprises, ils essaient de finir le contrat, pour empocher les 40 000 euros qui leur étaient promis. Un homme se poste devant l’hôpital, un autre arpente les couloirs à la recherche de sa chambre. « Mais j’ai été hospitalisé dans un service sous protection, donc ils ne pouvaient pas me trouver », explique le père de famille.
Une maladresse confond les criminels
C’est une maladresse qui mènera les gendarmes jusqu’aux criminels : « en tentant de nettoyer l’arme dans le Airbnb, une balle est partie et s’est logée dans le mur du voisin », raconte Muhammed. Les occupants du logement – trois jeunes de 17, 22 et 26 ans, et la belle-sœur de la victime âgée de 29 ans – y seront retrouvés entourés d’armes… y compris de celle utilisée lors de la tentative d’assassinat à Ondes.
Durant l’enquête menée en un temps record, les gendarmes et la police découvrent que la belle-soeur de la victime – la femme de son frère, prénommée Isabelle et âgée de 29 ans – est le cerveau de la tentative d’assassinat. Et les premiers éléments leur laissent penser que la femme de Muhammed pourrait également avoir participé à l’élaboration du crime. Mais pour quels motifs ?
Les motifs du crime
En bref, le petit frère de la victime a récemment été incarcéré pour violences conjugales commises sur Isabelle. Et Muhammed pourrait avoir été lui-même auteur de violences sur sa compagne, « ce qui pourrait expliquer l’adhésion des deux belles-sœurs à un projet commun », supposait le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz.
Mais Muhammed nie fermement ces accusations, appuyant sur le fait qu’il n’a jamais été condamné pour violences conjugales. Et il ne peut se résoudre à croire que sa femme, qui partage sa vie depuis 15 ans, ait pu commanditer la tentative d’assassinat. Elle est pourtant derrière les barreaux en détention provisoire, depuis sa mise en examen aux côtés de sa belle-soeur et des trois hommes retrouvés dans le Airbnb – c’est-à-dire le tireur âgé de 26 ans, le jeune qui a frappé à la porte, âgé de 17 ans, et un intermédiaire, âgé de 22 ans.
« Libérez ma femme »
« À l’hopital, pendant une semaine, ma femme était chaque jour à mes côtés. Je sais qu’elle ne m’a pas trahi, c’est grâce à elle que je suis vivant ! Ils n’ont aucune preuve, ils l’ont uniquement soupçonnée car Isabelle a dit que c’était elle… Tout ce que je demande, c’est : libérez ma femme ! », tonne Muhammed.
Pourtant, lors d’une audience à la chambre d’instruction de la cour d’appel de Toulouse, l’avocat général a requis son maintien en détention provisoire, ce mardi 17 février. Il faut dire qu’un point reste à éclaircir. Muhammed venait à peine de revenir vivre auprès d’elle à Ondes : comment le tireur était-il au courant ? Par ailleurs, la justice s’inquiète que l’épouse de la victime finisse par s’enfuir en Turquie, son pays d’origine. La décision finale est toujours en délibéré. En attendant, Muhammed vit dans l’espoir. Et dans la peur.
« Je ne dors plus »
« Depuis un mois je ne dors plus, je fais tout le temps des cauchemars avec des gens qui me tirent dessus. J’ai peur qu’ils reviennent, personne ne me protège. L’autre jour au feu rouge, un jeune avec une capuche m’a demandé sa route, j’ai complètement paniqué et j’ai protégé ma tête avec mes bras… », souffle ce colosse, traumatisé, qui tient à peine assis sur son petit lit.
Aux séquelles psychologiques vient s’ajouter la douleur physique, lancinante. « Je suis blessé de partout », lâche Muhammed, en montrant ses plaies : sa jambe droite en est couverte de haut en bas, son mollet gauche aussi, et puis son bras, transpercé par une balle. « Et en plus, ma femme n’est pas à mes côtés. » Plus que la peur, plus que la douleur, c’est sur ce point que la victime de tentative d’assassinat ne cesse d’insister. Il devrait être fixé ce vendredi 20 février, quant à sa sortie potentielle de détention provisoire.
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