Selon Chantal Fabre, déléguée régionale FF3C, l’augmentation des prix à la pompe est due à la volatilité du marché international face à la guerre au Moyen-Orient et à l’effet de la TVA, et non à une volonté des distributeurs de se faire des marges.
La hausse des prix à la pompe est-elle justifiée, en si peu de temps ? Alors que les automobilistes se ruent dans les stations-services ces derniers jours, par crainte d’une pénurie liée à la guerre au Moyen-Orient, Chantal Fabre essaie d’expliquer le mécanisme. La déléguée régionale de la FF3C (Fédération Française des Combustibles, Carburant et Chauffage) était l’invitée ce jeudi matin d’ICI Occitanie.
ICI Occitanie : A quel point la demande de carburants a explosé ces derniers jours ? Vous dirigez vous-même une société de distribution dans l’Aude, à Lézignan-Corbières…
Chantal Fabre : Pour vous donner un ordre d’idée, suite aux informations que notre clientèle a entendu dans les médias dans le week-end, lundi, dans la matinée, nous avons pris autant de commandes que dans les quinze jours précédents.
C’est la peur de manquer ?
Oui, et le peur de la hausse des prix, qui est de fait immédiate, puisque nos stocks sont limités et que quand on les vend en deux heures, effectivement, l’affolement de la clientèle fait que la répercussion tarifaire est immédiate. C’est un effet boule de neige.
Est-ce qu’il y a un manque aujourd’hui pour répondre à cette demande de carburant ?
Absolument pas, aujourd’hui les stocks dans les dépôts primaires, c’est-à-dire de nos fournisseurs, sont pleins. Donc il y a le produit, et en France nous avons des stocks de réserve qui correspondent à 10% de nos mises à la consommation annuelle. Donc il y a quand même de quoi subvenir à la demande. Ce qui crée de la tension aujourd’hui c’est toute la logistique de la filière.
L’afflux de demandes provoque des besoins qui sont plus importants, donc une logistique qui est sous tension, avec des délais d’attente qui sont énormes dans les dépôts de chargement. C’est ce qui fait qu’on peut peut-être avoir des ruptures ponctuelles dans les stations du fait que la clientèle, qui prend la marchandise avant qu’on ait le temps de le se réapprovisionner.
Rappelez-nous la cartographie régionale, où sont les dépôts pétroliers ?
En Occitanie, on est quand même très très bien achalandés puisqu’on a le dépôt de Toulouse (à Lespinasse) et on a aussi les dépôts de Méditerranée. Un gros dépôt à Port-la-Nouvelle, un gros dépôt à Frontignan (au sud de Montpellier), et nous sommes seulement à quatre heures de route des raffineries et des dépôts de Fos-sur-Mer près de Marseille.
Et il y a du stock ?
Il y a du stock, les dépôts sont pleins, il n’y a pas de problème. Encore une fois, ce qui crée la tension, c’est les rotations de camions pour venir nous approvisionner, car on ne peut pas multiplier les camions et les chauffeurs.
Il y a aussi les contraintes horaires sur les circulations des véhicules. Les chauffeurs ne peuvent pas faire plus d’amplitude horaire que ce que permet la loi, et la chose qu’il faut savoir aussi, c’est que quand nous achetons du produit, dans notre profession, nous ne pouvons acheter que ce que nous avons de capacité à l’enlever le lendemain. C’est-à-dire que le lundi, quand les commandes explosent, je n’ai pas capacité à dire : « je vais commander 20 camions et je vais m’approvisionner de 20 camions dans la semaine ». Quand je commande le lundi, il faut que je puisse aller le chercher dans les dépôts le lendemain, ce qui limite notre capacité de réassort.
Comment expliquer que les prix ont bondi autant en 48 heures ? Avec un litre de gazole qui bondit de plus de 20 centimes… Certaines stations-services en profitent, non ?
Il y a un régulateur unique, c’est la concurrence. Dans les grandes surfaces, c’est deux centimes de marge. Chez les indépendants, on est à 5-10 centimes.
Donc aujourd’hui, rien n’empêcherait effectivement un gérant, puisque nous sommes libres, d’augmenter ces prix. Mais à ce moment-là, les clients iraient ailleurs. Donc je ne crois absolument pas qu’un chef d’entreprise raisonnable prendrait le risque de perdre sa clientèle dans une situation aussi tendue.
S’il y a une marge qui augmente, c’est la TVA. Parce que la TVA c’est un pourcentage : 20% de 2, c’est le double que 20% de 1. Donc à mon avis, celui qui augmente ses marges actuellement c’est l’État.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555























