Depuis plusieurs mois, les syndicats de Fibre Excellence sont mobilisés pour tenter de sauver leur activité. Ce vendredi 6 mars au matin, au départ de la Bourse du travail de Toulouse, environ 300 salariés des deux sites français étaient réunis pour une manifestation jusqu’à la préfecture de Haute-Garonne, afin « d’alerter une nouvelle fois l’État » sur la situation du groupe, indique Cédric, gilet jaune sur le dos et 18 ans de boîte derrière lui. « C’est la première fois que les salariés des deux usines se rencontrent. Ce n’est pas rien », souligne celui qui participe au Conseil interministériel de restructuration industrielle (Ciri) avec les syndicats.
Les deux usines de pâte à papier de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et Tarascon (Bouches-du-Rhône) sont en effet menacées de fermeture dès la mi-mars, fragilisées par la hausse du prix du bois et un prix de revente de l’électricité produite plus faible que son coût de production. Une perte évaluée par le groupe à 35 millions d’euros en 2025 alors que Fibre Excellence assure que l’activité pâte à papier est à l’équilibre.
L’État s’est dit prêt à mettre 150 millions d’euros sur la table pour assurer la continuité de l’activité. « C’est une aide en deux tranches. Une pour restructurer la dette et apporter une avance de trésorerie, une autre pour des investissements futurs, à plus long terme », indique-t-on chez Fibre Excellence. « Mais il reste à résoudre la situation pour trouver une solution concrète au rachat d’électricité et approvisionnement bois. »
Une « grande bataille de reconquête industrielle »
Assurant ne pas vouloir « revivre la Sam et la disparition de 300 emplois dans l’indifférence générale », la présidente de région Carole Delga est venue apporter son soutien aux salariés, comme de nombreux autres élus locaux. Elle invite l’État à prendre « des mesures fortes ». « Aujourd’hui, Tarascon ne fonctionne plus. Dans quelques jours, ce sera le cas de Saint-Gaudens si rien n’est fait. Mais on va se battre », assure-t-elle, appelant à une revalorisation du prix de l’électricité produite sur place et à une meilleure structuration de la filière bois.
Venu soutenir le candidat PS à la mairie de Toulouse la veille, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale Boris Vallaud a tenu à être présent. Député des Landes, il s’est battu « pour sauver les papeteries de Tartas et Mimizan ». Évoquant une « grande bataille de reconquête industrielle », il dresse un constat sans appel : « Quand un site comme cela ferme, il ne rouvre pas. » Camille, salariés de Fibre Excellence Saint-Gaudens depuis 11 ans, est à Toulouse « pour montrer que nous voulons garder notre usine et continuer à produire de la pâte à papier ». « Nous sommes les derniers en France à fabriquer de la pâte à papier blanchie », rappelle-t-elle.
Des discussions sont toujours en cours entre Fibre Excellence, l’État et EDF notamment, et les échanges sont réguliers avec le ministère de l’Industrie. Le 11 mars, une nouvelle réunion de l’intersyndicale est prévue avec le Ciri. « Il faut trouver une solution robuste et juste, qui réponde à la problématique pour contrer les effets néfastes du contrat actuel », estime-t-on du côté du groupe, assurant que l’actionnaire prendra alors ses engagements puisque « l’offre de l’État apporte de bonnes perspectives pour relancer l’activité ».




















